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CHAPITRE IX

DIÈTE d'aUGSBOURG. TENTATIVES DE PACIFICATION DE l'eMPERF.UR (^1530]. —FERDINAND ÉLU ROI DES ROMAINS (1S31).

Le 15 juin 1530, lEmpereur lit son entrée à Augsbourg. L'Électeur de Mayence prononça le discours de bienvenue.« Tout le temps qu'il parla] Sa Majesté Impériale est restée tête nue, les Électeurs et les princes se sont à peine inclinés, au lieu que Sa Majesté Impériale sest très profondément inclinée *. » Le lendemain, jour de la Fête- Dieu, l'Empereur, pour donner un témoignage public de sa foi, suivit à pied la procession solennelle du Saint Sacrement. « Sa Majesté Impériale a suivi le dais, » dit une relation contemporaine, « ainsi que le roi Ferdinand et beaucoup d'autres princes et seigneurs. Un grand nombre de comtes et de gentilshommes de la suite de Sa Majesté marchaient devant le Saint Sacrement, portant des cierges allumés. Ensuite venaient les joueurs d'instruments. L'archevêque de Mayence, Électeur, portait le Saint Sacrement sous le dais : à-sa droite se tenait Sa Majesté le roi de Hongrie, à sa gauche, le margrave Joachim, Électeur. Le dais était porté par six princes. Sa Majesté lEmpereur le suivait, à pied, vêtu d'un pourpoint de velours brun, et tenant à la main un cierge allumé; venaient ensuite quantité de princes, de seigneurs et une grande foule de peuple 2. »

Charles avait invité les princes protestants à suivre comme lui la procession « afin de rendre leurs hommages à la divine majesté» ; mais ceux-ci n'eurent aucun égard à sa demande, prétendant que cette « cérémonie » n'avait été prescrite ni parles livres prophétiques ni parles Apôtres. Tous les esprits "sensés, tous les gens instruits savaient parfaitement que le Fondateur de la religion chrétienne n'avait

1 Voy. cette relation dans Schirrmacher, Briefe und Acten, p. 35.

2 Von kayserl icher Majestät Einreiten auf dem Reichstag gen Atigspurg Augsbourg, lo30. Voy. cette relation dans May, t. Il, p. 136-158, et la relation de Juste Jonas, dans Kolde, p. 134-136. -Le légat Campeggio faitle plus grand éloge de l'attitude et de la conduitede l'Empereur pendant celte journée. LeUiedu löjuin, voy. Laemmer, Mon. Val., p. 40.

182 OrVERTlRi: I»K LA DIÈTE d'aUGSBOURG. 1530.

mille part autorisé l'usage de présenter aux fidèles le sacrement de son Corps mutilé et incomplet ; « porter solennellement une partie sculomcnt du sacrement, le Corps, était contraire au commandement (lu Christ ; c'était un acte impie, une hardiesse inouïe, c'était mettre au-dessus de la parole de Dieu ce que les hommes avaient, imaginé. Pour eux, ils n'étaient point d'humeur à sanctionner par leur présence une pareille comédie ; semblahles inventions humaines devaient être totalement retranchées de l'Église de Dieu ^ »

Les princes protestants ne voulurent jamais convenir qu'un tel langage lût des plus injurieux à l'Empereur et aux princes catholifjues, leurs collègues.

Ils refusèrent aussi d'accéder au désir de l'Empereur, qui leur avait demandé^dinterdire la chaire à leurs prédicants pendant toute la durée de la Diète. Charles-Quint insistant sur ce point, le margrave Georges de Brandebourg-Cuimbach s'écria « qu'il était prêta donner sa tête plutôt que de renier son Dieu » ; sur quoi l'Empereur reprit doucement : « Cher prince, point de tête coupée! point de tête coupée 2! »

L'Empereur prescrivit alors à tous les prédicateurs, protestants ou catholiques, d'avoir à s'abstenir durant la Diète de tout discours public, ordonnant que ceux-là seuls à qui il en donnerait l'autorisation annonceraient la parole de Dieu, mais à la condition de garder un profond silence sur toutes les questions controversées 3.

Le 20 juin, jour de l'ouverture de la Diète, une messe solennelle fut célébrée à la cathédrale. Vincent Pimpinelli, nonce du Pape, accrédité près du roi Ferdinand, prononça un discours sur la nécessité de repousser les Turcs et sur l'unité de la foi, indispensable au bon succès de la guerre. « Il n'a pas prononcé le nom de Luther, » ditune relation protestante, « mais il a dit : « Là où l'on no veut plus honorer Saint Pierre et ses clefs, Saint Paul inlervient avec son glaive, et tranche la question. » « Après les orai-

« Walch, t. XVI, p. 876-878.

- Voy. ScninnuACHER. Briefe und Acten, p. 58-59, et May. Wiirzhiirgiscfum Hcichsiaf/sacfe 1, l. Il, p. 156. LeUre d'André (l.siîindcr du 21 juin ITiSO, voy. KiiAFFT, Uriefe und Docuvirn Ir, p. 67; voyez les variantes de cette anecdote dans KoLDE.p. 138. — L'année suivante It; margrave (ieorj^es, après qu'il se fut entendu avec Ferdinand au sujet de l'afriirc de Hatii)or et d'()p|)eiii, ne se montra plus si ardent pour la nouvelle doctrine. Il écrivait le 2.') août 1531 ;i Luther : « Comme maintenant on ne dit plus de messe quotidienne, les gens deviennent très grossiers. Aussi serais-je assez disposé h larétablir, sans la cnmmunion. >< Lang. lUiireuUi, t. Il, p. 2Ü-2H.

^. Voy. I'astoii, lii'unionsbnslrpbuntjrii. p. IS-ll). C'est ii tort qu'on a prétondu que Charles-Quint, dés le début et avant le refus des princes protestants, avait imposé fiilcnce à tous les prédicateurs, prolestants ou catholiques.

DÉCLARATION DE l'eMPEREUR AUX ÉTATS. Io30. 183

sons. l'Empereur est allé à l'offrande, et l'Éiecteur de Saxe lui a tenu l'épée. Le roi a été ensuite à roiïrandc, ainsi que tous les Électeurs; mais les nôtres y sont allés en riant. Seul, le Landgrave Philippe de Hesse s'est abstenu, bien qu'il ait assisté à la messe*. »

Dans sa déclaration aux Etats, l'Empereur avait exprimi'- le désir de voir traiter en premier lieu la question de l'impôt pour la campagne contre les Turcs.

Mais les Protestants, résolus d'avance à faire dépendre leurs votes des concessions qui leur seraient faites par rapport à la religion, finirent par obtenir que les questions religieuses seraient premièrement débattues.

Alors Charles proposa « que les Électeurs princes et membres du Saint-Empire exposassent par écrit leurs vues, leurs opinions religieuses, en latin et en allemand, afin qu'on pût les examiner plus rapidement et plus aisément. On aviserait ensuite à la réforme des abus; l'ordre spirituel ferait connaître tous ses griefs contre l'ordre temporel ; le temporel en ferait de même pour le spirituel. Il ne resterait plus qu'à prendre des mesures efficaces pour qu'à l'avenir les deux ordres ne violassent plus les lois de l'équité, et que, de cette manière, la paix et la concorde chrétiennes puissent refleurir dans l'Empire 2.

Le24 juin, lelégat Gampeggio adressa aux États un discours plein d'indulgente bonté, les exhortant à ne pas se séparer de l'Eglise universelle à laquelle tous les rois, toutes les puissances chrétiennes devaient obéissance. Il engagea ceux qui avaient été entraînés dans les sectes à réfléchir sur leur conduite, et ceux qui étaient demeurés fidrles à l'Église à persévérer dans cette fidélité, rappelant que, pour avoir fait injure à la religion, beaucoup de royaumes jadis florissants avaient péri, ou perdu toute importance politique ^.

Les princes protestants avaient surtout à cœur de prouver que, loin de se séparer de l'Église universelle, ils n'avaient fait que revenir à la véritable interprétation des Apôtres et des Pères. Aussi, par l'organe du chancelier de Saxe, Brück, déclarèrent-ils en cette même séance « qu'ils savaient assez qu'on les avait calomniés et noircis auprès de l'Empereur; qu'on les accusait d'avoir réveillé d'anciennes hérésies et d'introduire de nouvelles et dangereusfis opinions; aussisuppliaient-ilsI'Erapereur et les princes deleur permettre de présenter 'par écrit à la Diète le résumé de leur doctrine. Là serait expliquée la manière dont ils entendaient la religion et les

' Voy. Schirrmacher, Briefe und Aden, p. 74. ä Voy. FöRSTEMANN, t. I, p. 388 et suiv.

■' Juste Jonas écrivait à Luther que le légat n'avait laissé échapper aucune parole amère ou malveillante contre les Luthériens. Voy. Schirhmacher, p. 3Ö2.

j5^4 (;(iM"rssio.N d'à L(isii(»i lie. 1030.

traditions de rKj,dise: là cliarmi [»oiinail ju^ci' par soi-même de la manière dont llCvanfjÜe était pivclié dans leurs étals et possessions ».

Ka confession de loi des Troleslanls lut lue en présence de l'Empereur et lies États le ^.'i juin lo30. Copie en fut remise en latin et en allemand à Cliarles-Huint. L'Électeur Jean de Saxe, son fds Jean-Fr.'déric, U- n)ar;,Mave (îeor^es de Hrandebourg-Gulnibacli, les ducs Franiz et KiiksI de IJruuswick-Lunébourg, le Landgrave riiilippe de Hesse, le prince NVidl^'ang d"Anliall et les délégués des villes libres de Nuremberg et de lieullingen y avaient apposé leurs signatures.

Cette confession de foi était l'œuvre de Mélanclithon et avait reçu l'approbation de Lutliei'. Plus tard, sous le nom de Coufi^ssion d'Aii'jsbourg, elle passa pour le symbole autorisé de la foi prolestante *.

' Voy. ExGELHARDT, Die innere Genesis und der Ziisnmmcnhang der Marhurr/i^r Schuahacfierund Torijauer Artikel sowie der Augsli. Confession. — Voy. Nieder, Zfitsclirifl fin-hisior. T/teolof/ie, 1863, p. 513-629. K.vaaki;, LiiUier'sAnlheil uu der Augsburg. Confession, p. 1-30. — LaCûnfe.~sion,clabord appelée Apologie, fut élaborée par .M. ianchihon par tordre de lElecleur de Saxe d"api es différents mémoires et essais préliminaires. Mélaiichllion s'était mis ù l'œuvre avec répugnance. « D'autres théohtqiens, » écrit il à son frère, »s'éltiieiit proposi's pour rédiger la Confession, Plût à Dieu qu'on eût accédé à leur désir! Ils eussent sans doute mieux réussi que moi! Maintenant ils sont mécontents de mon travail et veulent le changer. L'un se récrie ici, l'autre là. Cependant je dois rester fidèle à moi-même et surtout éviter tout ce qui pourraitaigrir davantage les esprits. » NiEMi.VEit, .Mclanc/ithun iin Jahre der Augd, arger Confession (llallp, 18.3(1, p. 22). Voy Sciimiut. .U('/ft;u7////<ui. p.23i — IMus tard, Mélanchthon écrivait au contraire a qu'à Aiig->bourg il avait été obligé de dresser la Confession de l.'i.'JO, jiarce gue pi-rsonne n'ucail voulu se mettre ù la besogne, et que cependant 1 Empereur en avait réclamé une. (Corp. Reform., l. IX, p. 18(1.) Le 11 mai, l't^lecteur soumit le travailde Mélanchthon h l'examen de Luther. et le 13, celui-ci y ilonna son approbation. Jusqu au moment delà remise officielle de cette |)rofe-;siou de foi, plus tard regardée comme le symbole delà foi prote-^tanle, jes passages suivants, extraits des correpondances de ses auteurs, sont dignes d'ôtre étudiés. (Voy. I'astou, lirunionsbpsIrehungen.Y. 20, et son article sur la Confession d'.Augsbourg. dans le Kirclienlesieon de Wetzer et WELTE.deux. rd , I. I, p. Iüi2it'/«'.t.) — Le 22 mai Mélanchthon écrivait \\ Luther : « In Apologia quotidie niulta m itamus. Vellein |)ercurrisses articules fidei, in quibus si nihil pulaveris esse vilii, reliqua ulcunqie Iractabimus Subinde cnim mutandi sunt atque ad occasiones accomniodaïui. » Le 21 mai, les délégués de Nuremberg écrivent dans leurs déj è hes: ■■ Le projet sa.ron est revenu de chez le docteur Luther. Mais le docteur Pruck le chancelier de Saxe) doit encore y retoucher ç.i et là. » Le 28 mai les délégués mindent ai conseil que le chincelier de Saxe leura confi-» que les conseillers et les savants de la cour eleelorale -e réunissaient tous les jours p!)ur reviser la C.onfrssion et y faire des chargements et d<- amelioati-ns. Le 3 juirv, ils envoient l'ouvrage en y ajoutant celle remarque : « 11 manque h la fin un article ou deux, ainsi que la conclusion ; les théologiens de Saxey travaillent encore. Dé que tout sera terminé, on rtXjié. liera ii Vos Honneur-;. (J le h les predicants et les savants de Vos Honneurs, soit dans ce présenl ex|iosé, soit dans le travail qui leur sera cxpéiiié postérieurement, <lésirciit faire quclq les t h;ingemenls ou améliorations, Vos Honneurs voudront bien nois renvoyer le manuscrit. » Kl plus tard, le 8 juin : « Cotnnie la Coufess'îon de Saxe n'est présentée qu'au nom du prince

CONFESSION d'aUGSBOURG. 1o30. 183

Après une préface qui débute par un appel à un concile libre et général dans le cas où il serait impossible de s'entendre sur les points controversés, la Confession résume en vingt et un articles l'ensemble de la d3ctrine de Luther. La seconde partie, divisée en

Electeur et sous la forme de supplique, Vos Honneurs désireraient peut-être, outre la Confession susdite, prendre la responsabilité d'envoyer en leur propre nom un travail particulier à l'Empereur ; ou bien, de concert avec le margrave Georges, elles ne pourraient obtenir de l'Electeur que sa Grâce Electorale ne remette pas la Confession seulement en son nom, mais encore au nom du margrave Georges <le Vos Honneurs et d'autres princes et cités attachés à la bonne cause. » Le chancelier du margrave avait dit eu confidence aux députés de Nuremberg« que les prédicants et jurisconsultes deson maître travaillaient aus^si à l'Exposition et que son maître regrettaitcomme eux qu'elle dut être remise à l'Empereur au seul nom del'Electeur comme eux, il eût approuvé qu'on la présentât au nom de tous les princes et villes d'un même sentiment touchant la foi. attachés à Sa Grâce et h l'Electeur. » Après avoir reçu du conseil de Xure mberg l'ordre de suivre en tout l'Electeur de Saxe elle margrave Georges dans les questions de religion, il- écrivaient le 10 juin << que ces princes étaient tout disposés à agir de concert avecKurembergqvantatix intérêts de la foi ». La Confession, ajoutaient-ils, n'était pas encore terminée :« Philippe Mélanchthon donne à entendre que le travail définitif sera peut-être moins étendu, et qu'on le réduira sans doute à un abrégé plus concis. » Le 21 juin ils écrivent encore : « Sa Grâce l'Electeur, le margrave Georges, les conseillers de Hesse et de Lunébourg. travaillent toujours ensemble aux articles restés en suspens, pour les fixer et les condenser, et ce serait le désir de tous ces princes que le conseil de Nuremberg envoyât promptement ses prédicants et leur enjoignît d'aider à examiner lesdits articles et de conférer avec les t héologiens d'Augsbourg de tous les intérêts de la bonne cause. » Le 2o juin, j our de la remise solennelle de la Confession à l'Empereur, Mélanchthon écrit à Luther : « Hodie primum exhibebuntur nostrse Confessionis articuli .. Brentius assidebat haec scribenti, una lacrymans, » et à un autre ami : « Hic consumitur omne mihi tempus in lacrymis ac luctu. )• Le même jour les délégués de Nuremberg mandent à leur cité : « Aujourd'hui le travail doit être remis à l'Empereur. Selon le bruit général, en ce qui concerne les articles de foi, cetteExposition est presque semblable en son ensemble à celle qui a été envoyée précédemment à Vos Honneurs; à quelques endroit seulement elle a été améliorée, etengénéral adoucie, modérceà touségards, quoique cependant, ànotre avis, rien d'essentiel n'ait été omis. »Le 20 juin Mélanchlhon écrit à Camérarins que la veille la Confession avait été lue à haute voix à l'Assemblée. « Ego mutabam et refingebam pleraquequotidie, plura etiammutaturus, sinostricua^à'Sacjî; permisisseut, ac tautum abest, ut lenius justo scriptum fuisse judicem, ut verear etiam mirum in modum, ne qui sint oCfensi iibertale nostra. » Et le même jourà Luther : « Versamur hic in miserrimiscuris et plane perpetuis lacrymis. Ad has hodie mira consternatio animorum noslror um accessit, lectis Viti lileris, in quibus significat, te nobis ita irasci, ut nostras literas n e legere quidem velis. » o Cœsari es exhibita defensionostra, quam tibi mitto legendam, Satis est meo judicio vehemens- Nam monachos sic satis depexos videbis. » Corp. Ref., t. H, p. 57, 60, (ri, 71' «3-8i. 88, 112, 124, 12.5,126, 12 9. llO-lil.- H. Virck dit au sujet de la Confession d'Augsbourg ; <• Tout esprit impartial doit reconnaître qu'elle était bien plu'ôt un plan politique |)lein de hardiesse que la fidèle expression de la foi et de l'esprit évangéliques ; qu'elle faisait partie d'un nouveau code politique, et se rapportait à un but politique déterminé. » Brieggi:r, Zc//6r/(,-. für Kirchengcsi hi( lue, t. IN, p. 89. — « Luther. Mélanchthon et les Evangéliques de leur temps étaient bien éloignés de prendre la Confession d'Aug^ bcurgpour un credo obligeant la conscience. Chaque nouvelle édition de la Confession était le témoignage d'un progrès vivant,» dit Droysen, 2b, p. 382.

iRC, C.OXFF.SSION 1)"a C T. S li (i T H (;. loI^O.

scf)l cliapilrcs, traite des prétendus « al)us et lois humaines » qui se sont introduits dans l'Eglise. L'usage de communier sous une seule esp'co, lecf'Iibat dos prûlros, les mossos vénales et privées, la confession imposée sous peine do p'clié, les lois du jeûne et de l'abstinence et la juridiction épiscopaic sont au nombre des al)us signalés.

La première partie se termine par ces paroles : « Le fond de celte doctrine reposant sur les textes de la sainte I'>riture. co.nmo l'Eglise clir.'tictiiie , ou si Ton veut romaine, ainsi (ju'on le peut vérilier dans les écrits des Pères, n'y est nullement contredite, nous pensons (jue nos adversaires ne peuvent différer avec nous sur les points i]ue nous venons d'exposer. Par consé^iuent, ceux-là agissent avec précipitation, et contrairement à la concorde et à la cliarité chrétienne, qui nous excluent de lÉglise, nous traitent d"héréti(|ues, nous renient et nous évitent, nous reprennent et nous gourmandent, sans y avoir été autorisés par un commandement spécial de Dieu ou par des textes authentiques de lÉcriturc. Car l'erreur et les disputes ont surtout pour objet quehjues traditions et abus. Or. puisque dans les articles principaux de notre créance on ne peut découvrir ni erreur ni lacune, et que notre Confession est toute divine et chrétienne, il nous semblerait juste (jue les évê(|ues. en admettant même qu'il y eût chez nous (pielque omission regrettable par rapport aux traditions reçues, se montrassent plus accommodants, bien (|ue nous esj)érions convaincre tout le monde des motifs solides que nous avons eus de r('former quehjues abus et usages. »

Mais si l'on eût été réellement persuadé que lÉ-ïlise catholique romaine avait gardé la vraie doctrine dans les articles essentiels de la foi ; si l'on restait daccoi'd avec elle sur les points fondamentaux. j)Ourquoi. demandaient les Catholiques, avoir soulevé tant de tempêtes, pourquoi k's nouveaux croyants s'étaient-ils si fort insurgés, pourquoi la Pai)auté avait-elle été honnie et le Pape traité d'Antéchrist? Pourquoi usnrjier laulorilt' des ('vequos, et se poser en législateurs religi<'ux'.' (Juclles raisons alh'guer pour justilicr la persécution de tous ceux rjui «léclaraient vouloir s'en li-nir àlaloide leurs pères vl au culte de l'i^glise romaine* ? Etaitce simi)li'ment à cause d'usages (|ui s'étaient introduits d'euxmêmes avec le temps, ou bien (|ue la puissance des grands avait imposés à l'Egli.se? I,e> Protestants r.'claniaienl i'(''(|uité et lindiilgence des évêipies dans le cas où, par rapport à la tradition, il se trtMiverait,<laus l'exposition de leur foi, (|uelqueomission regrettable; mais enx. avaient-ils, de leur colé-, montré douceur et indulgence

' Contra l.utlicittnifminn, p. 42.

CONFRSSION DAUr.SBOURG. Io30. 187

j lorsqu'il s'était agi du respect dû à tant d'usages séculaires, ou bien de ces abus du culte extérieur dont ils s'obstinaient à l'aire peser toute la responsabilité sur l'Eglise *?

Mélanchthon essaya de soutenir, en présence même des légats, la parfaite conformité de la nouvelle doctrine avec la foi constante de l'Église catholique (6 juillet), a Nous n'avons point de dogme j différent des vôtres, » leur disait-il. « nous sommes prêts à nous soumettreà l'Eglise romaine, pourvu que, fidèle à la charité (ju'elle a constamment montrée à tous les peuples, elle veuille bien garderie silence ou tolérer ce que nous ne pourrions maintenant changer, même si nous le voulions. Nous avons le plus profond respect pour ; l'autorité du Pape de Rome et pour tout Tensemblc de la constitution ' de l'Église, et nous supplions le Souverain Pontife de ne pas nous repousser. Ce qui, en Allemagne, nous attire le plus de haine, c'est la fermeté avec laquelle nous soutenons les dogmes del'Église romaine. Nous persisterons dans cettefidélité envers le Christ et envers l'Église jusqu'à notre dernier soupir, même si vous refusiez de nous recevoir en grâce 2. »

Ce même jour, Luther, dans son Commentaire du Psaume II, opuscule dirigé contre l'archevêque de Mayence, écrivait au sujet du Pape et des Catholiques: « Je vous prie, mes seigneurs, de vous tenir sur vos gardes, et de ne pas vous imaginer que vous aviez affaire à de simples hommes lorsque vous traitez avec le Pape ou avec les siens; car ce sont de réels démons, et dans tous leurs actes on aperçoit les ruses du diable ; je vous en avertis 3. »

Mélanchthon lui-même, cinq semaines plus tard, dans un mémoire rédigé avec les théologiens de Saxe pour l'Électeur, appelait le Pape « l'Antéchrist ». « Sous son gouvernement, » disait-il, (c il faut nous résigner à vivre à peu près comme les .Juifs vivaient sous Pharaon, et plus tard sous Caïphe; mais à la condition que la vraie doctrine soit laissée libre ^. »

Les novateurs avaient constamment soutenu que la doctrine de Luther et de ses partisans touchant la justification par la foi seule n'avait rien de nouveau, et s'accordait de tous points avec l'enseignement de saint Augustin, le docteur le plus considérable de l'ancienne Église. Dans la Confession d'Augsbourg, Mélanchthon déclare« qu'on peutétablir par saint Augustin que, dans la doctrine de la foi, aucune nouveauté n'a été introduite, saint Augustin ayant traité à fond cette question, et, comme les Protestants, enseigné que

' Voy. Riffel, t. II. p. 390.

^Corp. Reform., t. 11, p. 160-171. ScHinRMACHER, Brirfeund Acten, p 13o-136.

ä Sâmmtl. Werice, t. LIV, p. 167-190.

* Le 15 août 1530. Corp. Reform., 1. 11, p. 284.

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nous ne sommes justifit-s que parla foi eu Jésus-Christ, et non par le mérite de nos bonnes œuvres ».

Mais il ressort d'une lettre confidentielle, écrite à. l'un de ses amis, qu'il se rendait fort bien compte de la contradiction manifeste qui existe entre la doctrine luthérienne et celle de l'évéque d'Hippone. « Augustin s'imagine, » écrit-il (mai lo31), « que nous serons justifiés par l'accomplissement de la loi, (jue le Saint-Esprit opère en nous. Je soutiens moi-même en toute occasion qu'Augustin est pleinement d'accord avec nous, à cause de la haute estime en la(juelle chacun tient ce docteur; mais il est très certain qu'il n'a jamais admis la justification par la foi seule. Crois-moi, ce point demeure obscur et ardu. Tu ne comprendras parfaitement la question qu'en détournant complètement ta pensée de la loi et de tout ce qu'Augustin s'est imaginé sur son accomplissement. Alors ton âme, dégagée de tout préjugé, s'attachera sans trouble à la promesse gratuitement accordée ^ »

Dans l'article de la justification par la foi seule, le mot « seule », sur lequel Luther avait toujours si vivement insisté;, était supprimé.

L'Empereur, au sujet de la Confession, fut d'avis que. la première chose à faire était de demander aux Protestants s'ils admettaient sa compétence en matière de foi, car dans le cas contraire il ne resterait plus à leur proposer pour éclaircir leurs doutes et fixer leurs croyances, que le suprême remède du concile général, à condition, toutefois, qu'ils renonçassent jusqu'à ce concile à toutes les nouveautés contraires à la sainte foi et à l'Eglise, ou consentissent du moins à obéir à ledit de Worms. Quant aux abus, il était de la plus haute importance (jue le Pape et ses légats y remédiassent le plus tôt possible, parce qu'en elle-même la réforme était juste, et que par elle le retour des cin(| princes à l'union serait grandement facilité. Pour décider les princes à adopter l'un de ces deux partis (l'intervention de l'Empereur ou les décisions du concile), Charles proposait d'cutamer avec eux des discussions amicales, d'employer les moyens de persuasion les plus capables de les toucher, de leur parler à la fois avec bienveillance, force et gravité, évitant tout ce qMi pDurrait aigrir les esprits. Ouel que fut le résultat de ces conférences, la Confession d'Augsbourg serait soumise à l'examen de juges compétents, éclairés et sages, capables

' Corp. Heforin , t. II, p. î)01, 502. « Aiiguslin, » écrivait Luther dans son cùmmeiilaire sur la preinièi'e , éi)îlre de Si Jean, « parle peu de la foi; JfTôine, point du tout. Aucun dodeur parmi les anciens n'est certain d'exposer la pure et véritable doctrine de '^ foi. Ils louent très fréquemment los vertus et les bünnns œuvres, mais très rare "ie"t '« foi. » Walcu, t. IX, p. i(l3i. — Voy. notre cinquième volume.

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de signaler aux princes leurs erreurs^ et de spécifier les points sur lesquels on restait d'accord. La vérité devait être prouvée et démontrée par des discours sages et solides, mesurés et civils, comme la sainteté de la question le réclamait, et toute l'affaire devait être conduite avec une telle modération que les Protestants fussent gagnés, et non point découragés et rendus plus opiniâtres. Que si néanmoins ils repoussaient tous les moyens proposés, ct^ malgré toutes les tentatives de conciliation, persistaient dans leurs erreurs, il faudrait essayer de la sévérité, et enfin, s'il ne restait aucun espoir de les ramener à l'unité, s'entendre sur les mesures à prendre pour venir à bout de leur obstination par la force.

Les Etats, par rapport au concile, se rattachèrent à l'opinion de l'Empereur et réclamèrent l'application de l'Edit do Worms pour les nombreuses sectes nouvelles « exécrables et antichrétiennes >) qui s'étaient introduites depuis sa publicatiosi.

Quant à la réfutation de la Confession luthérienne, il était urgent d'en presser la rédaction; il semblait convenable que Charles-Quint, en sa qualité^d'Empereur romain, de protecteur et de tuteur de lu foi chrétienne, la fît lire en présence dés cinq princes dissidents, et attendît ensuite leur réponse. Si, aprèsl'avoir entendue et examinée, les princes refusaient de renoncer à leurs opinions, l'Empereur nommerait une commission au sein de l'Assemblée et chargerait ses membres de conférer amicalement avec eux, afin que, de cette mani^'re et avec le secours de Dieu, on pût remédier aux erreurs et aux dissensions touchant la loi.

L'Empereur goûta fort ce conseil et le déclara dicté par des cœurs loyaux et fidèles. Il exprima 1 espoir de voir la plupart des erreurs nouvelles corrigées grâce à ces sages mesures, ajoutant que s'il restait quelques points douteux à éclaircir, la solution en serait remise au concile.

L'examen et la réfutation de la Confession luthérienne furent confiés à vingt théologiens, tous présents à Augsbourg à cette date, et dont les plus considérables étaient : Eck, Faber, Gochlœus, Barth^îlemi-Arnold de Usingen, Wimpinaet Dietenberger. Dès le 13 juillet, ces docteurs présentèrent leur travail à l'Empereur et aux membres catholiques do la Diète ; mais ils ne l'acceptèrent point, à cause de sa trop granle étendue et de son accent amer et tranchant. Lesthéologiens durent remanier leur travail jusqu'à cinq fois. Enfin, le 3 août, lecture en fut faite en séance générale dans la salle capifulaire du palais épiscopal, où déjà la Conlession luthérienne avait été lue *.

' Pour plus de détails sur ce sujet, voy. Lämmer, Die lorUidenlinisch-kalholische

1<J0 AGITATION A AU GSHÜURG. 1530.

L'Empereur approuva hautement cette « Réponse » plus tard nommée « Gonfutalion » ; il supplia les Protestants de Taccepter, pour qu en vertu des devoirs que lui imposait sa charge de tuteur (le l'Église chrétienne, il ne se vit pas contraint de prendre vis-à-vis d'eux des mesures rigoureuses. Charles, à leur prière, leur remit une copie de la « Réponse » mais refusa d'avance toute nouvelle polémique dont elle pourrait devenir le sujet, demandant que l'écrit restât entre les mains des princes dissidents et ne lut point livré à l'inipiession. Les Protestants rel'usèrent de prendre aucun engagement à cet égard.

« De peur donc que les choses ne vinssent à s'embrouiller, » les membres catholiques de l'assemblée s'interposèrent; ils élurent, le 6 août, une commission composée de seize membres ecclésiastiques et laïques et les chargèrent de conférer à l'amiable avec les nouveaux croyants sur tous les points controversés.

Mais le même jour, Philippe de liesse, sans avoir obtenu le congé de l'Empereur et à l'insu de ses collègues, partit d'Augsbourg à h faveur d'un déguisement. « C'est éveiller dans le peuple toutes sortes de soupçons et prêter à mille médisances, » écrivait le conseiller de Nuremberg -, « c'est déserter l'évangile par dépit, et accréditer la rumeur publi(iue qui dit le Landgrave tout occupé de plans séditieux *. » « On craignait généralement qu'il n'allât rassembler une armée et, prolitant de l'impossibilité où l'Empereur était de se défendre, n'entamât immédiatement les hostilités par l'envahissement des évèchés; on disait de plus qu'il recevait en secret de l'argent de Suisse et de France, et tous ces bruits jetaient dans une grande épouvante Sa Grâce l'Électeur de Mayence et les autres évêqucs -. »

Une agitation cifrayantc régnait à Augsbourg parmi les nouveaux crovanls; on s'atlcndail à voir les paysans se jeter sur les papistes, (\u\ n'étaient venus à la Diète, prétendaient-ils, que pour persécuter la parole de Dieu. La vie de Dietenborg et celle des autres « confuta-

Theolo'j'ic, p. 33- lu. Wiedkuxns, Ec/c, p. 271-276. — Le2Sjuillet 1530, Jean Agiicola écrivait d'Augsbourg à Luther au sujet de la Coulessioii, qu'il appelle encure Apolo'jia fiele i : « Nonduni responderunt adversarii. Varie eniui afficiuiilut veibo^ (luod p<'i' os nosh-um lu(/iulur Dominus! » Voy. Kapi', t. 111, p. 3Ö1. — Daus la <i Coiifutalioii » on ne remontre ni des paroles injurieuses, ni expressions blessantes. Au contraire « l'Apulogie » de Mélanclilhou où la « Confulalion » est réfutée est remplie d'invectives. On y lit par e.vemple : « IJue Dieu confonde ce- Kopliistes impies, qui contournent si iionieuscnuMit la parole divine! »« (!e sont ties sophistes maudit-i, qui par malice dùlestajjle e.\pliqiientrEvungile selon leur fantaisie, » etc. \oy. LAMMi;it, p. î)3. \Vi:uiiWt;u, p. 131-13i\

' Uciiéclie du lu aoùl i.")3() dans V A nz^'i'/cr fur diu KitiuU'ih'r\ih'iil.^vh>'ii VuvzciL, 1>S73, p •îl'O. Hrenz ecriv;iit à prupo.-, du Laiidgrave : « Clam, cum panels equitibiis.alieno liabilu latens, urbem clapsus est. » Curp. Ik'funii.. t. 11. p. 277.

ï* Aufzeichnungen vom Auijsburyer licieksta'j, vo}'. pins haut p. l'J, note l.

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