DÉLIBÉRATIONS SLR LA GUERRE COMRE LES TURCS
Majesté était en un appareil si nfiodestc (}iie j'ai peine à croire que le plus humble de ses sujets puisse être plus simple en ses habitudes. Sa ^Jajesté n'avait sur elle qu'un petit justaucorps tout ordinaire; elle était assise sur un escabeau sans coussin; point de meuble ou d'habillement de soie, près ou sur Sa .Majesté. L'Empereur tenait en main un méchant petit éventad on paille de riz, dont il se servait pour chasser les mouches. »Charles informa les députés (ju'il avait eu avis de l'approche des Turcs, il insista sur la nécessité urgente d'agir sans retard ; si l'on mettait des lenteurs, do l'apathie, dans les préparalil's de résistance, il ne lui resterait d'autre ressource, les choses venant à mal tourner, que de protester qu'il n'avait pas tenu à lui, et que ni son zèle, ni son dévouement n'avaient fait défaut à l'Empire.
Le jour suivant, les Etats, les membres du Saint-Empire, à l'exception de l'Electeur de Saxe tt de ses alliés, votèrent les secours demandés. Bien qu'ils n'atteignissent pasà beaucoup près les chiffres posés par Ferdinand, néanmoins quarante mille hommes de pied et huit mille cavaliers étaient garantis pour la défense ^. L'Empereur se déclara satisfait (31 mai); mais il insista pour que la levée des troupes s'effectuât avec ja plus grande célérité, afin que l'armée pût se réunira Ratisbonne au plus tard le 31 juillet. H pria les membres d'Empire présents à la séance de veiller à l'obéissance di) l'Electeur de Saxe et de ceux de son parti, ajoutant qu'il ne doutait point de leur empressement à le satisfaire, ne leur ayant jamais donné aucun sujet de mécontentement-. » Los Etats, le 2 juin, proposèrent Vienne au lieu de Ratisbonne comme point de ralliement des troupes, et il fut décidé que le 15 août l'armée s'y rassemblerait. Quanta la nomination du général en chef, à la question des vivres et autres graves intérêts, les membres d'Empire soumirent à Chirles-Quint des plans détaillés; craignant quel([ue surpiise des Protestants durant la campagne, ils s'efforcèrent de persuader à l'Empereur (jue, si l'on voulait réussir dans la guerre extérieure, il fallait avant tout assurer la paix à l'intérieur. « Sur ce point, »dit le procès-verbal, « les Electeurs, les princes, les villes, tout le monde s'est trouvé d'accord, persuadé que si l'on veut se meltre pour de bon à la besogne, il fallait (jue tous comprissent l'urgente nécessité de la concorde; chacun devait savoir exactement dans
' * Le 1" juin (saiiiciU après le Corporis Ciiristi), l^'ürstenberg mamleà Francfort que le mardi précédent (28 mai) les membres de la Dièle .-e soûl reiulus prés Je l'Einpercur et q.ip, le même jour, l'Empereur a lu sa déclaration; le ccnscntement des b-lals fut donné le jour suivant. Ili^ic/inlafjsacten, t. .\L.\', loi. {'2.
' ' Le 31 mai (vendredi après la Trinité). IxelcksUujaavlcn, t. XLV, fol. 20.
dklibéi\at;oxs sur le ro.vDiTio.Ns de l.\ paix religieuse. 1532. 277
quelle position il se trouvait vis-à-vis de son voisin et, durant la campagne, n'avoir à redouter chez lui aucune agression ^ ».
Des nouvelles sinistres circulaient. Déjà, mandait le député de Francfort le 11 juin, on signale à Belgrade 1 arrivée d'innombrables troupes; environ 40.000 Tartares campent à Bude.« Et cependant, » ajoutait-il avec douleur, « on met une telle lenteur à préparer la d(''l"ense qu'il me semble voir la colère de Dieu, appesantie sur nos têtes, permettre que nous restions aveugles les yeux ouverts. » « Chacun ne songe qu'à retourner à la maison -, »
Au lieu de songer à défendre les frontières, les Etats perdaient le temps à exposer à l'Empereur leurs griefs personnels contre les seigneurs de sa cour, lui reprochant l'extrême lenteur apportée à l'expédition des affaires, les grandes charges données à des étrangers, se plaignant que des fonctions qui n'appartenaient qu'à un maréchal d'Empire, comme par exemp'e la pourvoyance des relais militaires, fussent confiées à des fourriers espagnols. On faisait aussi un crime à Charles-Quint d'avoir exempté beau-^oup de territoires et de principautés, comme le Wurtemberg, Maestricht, Utrecht, etc., des poursu'tes de la Chand)re Impériale. « Et tout cela, » remarque Fürstenberg, « lui est jeté à la tète avec force paroles mordantes. Bien que ces gi'iefs soient en eux-mêmes fondés, il est à craindre que Sa Majesté ne finisse par s'irriter de tant de récriminations, lui qui, pour le bien de l'Empire, a quitié son épouse, ses enfants, sa terre et ses gens; lui, qui ne reçoit rien de l'Empire, joue ici un si grand personnage, et s'ofire à fournir, pour le salut de notre nation allemande, de siimportantssecours ^. »
Pour décider la Saxo et ses alliés à contribuer aux frais de la guerre, pour établir en même temps, autant que possible, dans l'Empire la paix sincèrement souhaitée par les Catholiques, l'Empereur, même après avoir vu ses premières avances repoussées ^ faisait sans cesse agir auprès des membres protestants /lu Saint- Empire les arbitres ((u'il avait élus pour travailler à la concorde, les Electeurs de Mayence et du Palatinat. « La Saxe, la Hesse et leurs alliés, » lit-on dans un mémoire adressé par ces princes à l'Empereur, (( se préparent depuis de longues années à la guerre. Non seulement ils sont déjà pourvus des munitions nécessaires, mais encore ils peuvent compter sur de puissantes alliances, recherchées de longue main. Les princes catholiques, au con-
* * D;m. 2 juin 1532. R^ich^frig^r/cten, t. XLV. fol. 6,
^* Fürstenberg le 11 j lin (mardi après St-Médardi lo32. Reich'^tag'^acten, t. XLV, p. 10.
^ ■ Fürstenberg, le 19 j )in 1532. PieicJistagsacien, XLV, p. 29. ^ Voy. plus haut p. 2ülj.