PIERRE FISCHER
fection. « Pierre Fischer, écrit Neudörfer, était affable envers tout le monde et très-expérimenté dans les ouvrages profanes (pour parler comme un laïque). Il avait une si grande réputation que lorsqu'un prince ou un grand personnage visitait la ville, il était rare qu'il négligeât d'aller voir Fischer dans sa fonderie, où il se rendait et travaillait tous les jours. » Fischer et ses deux illustres amis, le tailleur de pierre Adam Krafft et le chaudronnier Sébastien Lindenast, semblaient n'avoir qu'un même cœur. Tous trois étaient également désintéressés, simples, avides d'apprendre toujours davantage, et cela jusqu'à l'âge le plus avancé. « Ils étaient comme des frères, dit Neudörfer; tous les vendredis, même lorsqu'ils furent devenus vieux, ils se réunissaient et s'exerçaient ensemble comme des apprentis, ainsi que nous le prouvent les dessins qu'ils exécutaient dans leurs réunions. Us se séparaient ensuite amicalement, mais sans avoir ni bu ni mangé ensemble *. » Fischer s'est représenté lui-même dans le plus beau de ses chefs-d'œuvre, le tombeau de saint Sébald s; nous voyons en lui un petit homme trapu, à la barbe épaisse, revêtu de son tablier de travail, coiffé d'un bonnet, et tenant à la main son marteau. Il travailla au tombeau de saint Sébald de 1508 à 1519, secondé par ses cinq fils, et grava cette inscription en lettres coulées sur le socle du monument : « Ceci a été exécuté à la louange unique du Dieu tout-puissant et en l'honneur du prince du ciel saint Sébald, à l'aide des aumônes données par les dévotes gens. » Ce monument pèse cent cinquante-neuf quintaux cent vingt-neuf livres; pour la perfection avec laquelle le bronze est coulé, la noblesse du sentiment, la richesse d'imagination, cet admirable ouvrage n'a qu'un unique équivalent dans les chefs-d'œuvre du quinzième siècle : ce sont les grandes portes de bronze exécutées par Ghiberti à Florence. Sur le tombeau d'argent du saint, l'artiste a élevé un temple; les motifs si variés de la sculpture permettent diverses interprétations; mais il parait cependant certain que le maître a voulu exprimer l'hommage que toute la terre rend au Sauveur, et comment toute créature tire de lui son origine, se rapporte à lui et le glorifie. La nature et toutes ses productions, le paganisme avec ses actions héroïques et ses vertus naturelles, l'Ancien Testament avec ses prophètes, le Nouveau avec ses apôtres et ses saints, tout apporte son hommage à l'Enfant .Jésus, assis sur un trône au sommet de la tour du milieu; il tient le globe du monde entre ses mains, et semble marquer le commencement et le terme du développement historique de l'humanité. Les statues des apôtres, pleines de caractère et d'expression, n'ont
1 NEi;nötiFF.i\, éd. de I.ochner, p. 21-37. — LOCHNBR, p. 21-31, 37-48. - Dans l'église de Saint-Sébald, à Nuremberg.
peut-être pas été surpassées. Beaucoup d'entre elles, dans leurs formes mouvementées, sortent tout à fait du calme solennel, de l'immobilité béate de l'ancien art plastique, et sont comme le symbole de l'animation, de l'ardeur qui se manifestaient à cette époque dans la vie religieuse '.
Parmi les autres œuvres du même maître que nous possédons encore, les plus justement célèbres par In perfection de leur travail sont les tombeaux de l'évêque Henri de Bamberg et celui de Marguerite Tücher, représentant la résurrection de Lazare (cathédrale de Batisbonne). Pour le grandiose monument funèbre que l'empereur Maxi milieu se faisait élever à Inspruck, Fischer exécuta la statue du roi Artus d'Angleterre, remarquable par la calme et simple beauté, la perfection et la délicatesse de l'exécution. Quant aux grandes compositions en bronze de Fischer qui, s'il faut en croire Neudörfer, « remplissaient la Pologne, la Bohème, la Hongrie, et les demeures des princes dans tout le saint-empire romain », nous n'en possédons plus aucune.
Les plus belles compositions de son ami Sébastien Lindenast, qui exécutait avec tant d'art statuettes, hanaps, agrafes, fermoirs et quantité d'autres joyaux en cuivre, « comme s'ils eussent été d'or et d'argent », ont également disparu. C'est à Lindenast qu'on devait les figures en cuivre repoussé qui ornaient l'horloge d'art construite par le maître serrurier Georges Heuss dans l'église Notre-Dame, à Nurem berg (1506-1509). On y voyait l'empereur Charles IV assis sur un trône; devant lui se tenait un héraut. Au coup de l'heure, sonnée par la Mort, deux joueurs de trompette, placés de chaque côté de la porte, embouchaient leurs instruments : les sept princes électeurs entraient alors, défilaient devant l'Empereur en s'inclinant, et sor taient par une autre porte 2.
Au nord de l'Allemagne, les fonderies les plus importantes étaient celles de Brunswick, Dortmund, Erfurt, Magdebourg, Zwickau et Leipzig. Une des plus belles œuvres de ces fonderies, c'est le tabernacle, haut de trente pieds, de l'église Sainte-Marie, à Lübeck. L'orfèvre Nicolas Bughesee et le fondeur Nicolas Gruden l'exécutèrent ensemble (1479) 3.
Les innombrables tombes en cuivre encastrées dans le dallage ou
1 Baader, Pièces jusi., t. I, p. 53. — Sur l'œuvre elle-même, voy. Sighart, p. 560- 562. — Otte, p. 517. — Rettberg, p. 148-106. — Voy. aussi Beugau, Grenzbolen, 1873 a., p 53-62.
1 Voy. Otte, p. 264-719. — Pour plus de détails sur ce chef-d'œuvre, voy. Baader, t. i, p. 73, 99-111. — [.es statues furent, en grande partie vendues plus tard comme ■ vieux cuivre ». L'Empereur et son héraut sont seuls demeurés.
8 Otte, p. 7H. — Les armuriers allemands ne le cédaient en rien, pour l'habileté, aux armuriers d'Italie. Jahrbuch, t, IV, p. 231.