‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 106 sur 630 · ADAM KRAFFT · texte numérisé non relu

ADAM KRAFFT

les murs des églises sont généralement d'un dessin plein de style, et dignes d'intérêt à tous les points de vue. Elles expriment admirablement la doctrine du christianisme sur la mort.

Dans l'art de la fonderie des cloches, le quinzième siècle n'a pas été surpassé. Les plus grandes cloches de la cathédrale de Cologne ont été fondues en 1448 et 1449 '; celles de l'église Sainte-Marie de Danzig en 1458; celles de la cathédrale d'Halberstadt en 1 4 ö 7 ; celles de Merseburg en 1507; d'Erfurt en 1497; de Sainte-Elisabeth, à Breslau, en 1507. Elles sont au-dessus de tout ce que l'art ancien et moderne a produit en ce genre, par la perfection achevée de leur fonderie, le mélange harmonieux et riche de leurs sons, la beauté de leur poli et le goiït de leur ornementation V

La sculpture sur pierre et sur bois produisit pendant la même période d'admirables chefs-d'œuvre qui peuvent être placés sur le même rang que les plus beaux ouvrages des artistes en métaux, et les surpassent peut-être encore 3.

Le plus illustre et le plus fécond sculpteur de l'époque, c'est l'ami de Pierre Fiscber, Adam K rafft \ Par sa simplicité, sa chaleur de cœur, sa dignité de caractère, il est le fidèle reflet de l'esprit allemand à cette époque; ces qualités lui donnent plus d'un trait de ressemblance avec Albert Durer. Aucun maitre allemand n'a représenté avec plus d'émotion et de profondeur l'histoire de la Passion de Jésus- Christ. Ses principaux ouvrages, exécutés à Nuremberg, datent de 1490 à 1507.

A la plus ancienne de ses œuvres, les sept grandes scènes de la Passion, se rattache un trait qui caractérise admirablement l'esprit de foi et de ferveur de ce siècle. Un bourgeois de Nuremberg, Martin Ketzel, entreprit un pèlerinage à Jérusalem dans le dessein de mesurer exactement la distance qui sépare la maison de Pilate du Calvaire (1477). Revenu dans son pays, il s'aperçut qu'il avait perdu cette mesure, recommença un nouveau pèlerinage, et fit exécuter par Adam Krafft, d'après ses indications, le Calvaire qu'il s'était proposé

1 Sur les fondeurs de cloches de Cologne, voy. En\e\, t. lit, p. 1032-1033. —

NORDHOFE, KünslgeschiehÜichc Beziehungen zwisrhen Rheinland un/1 Westfalen, p. 66- 67, 96-97. — Falk, Zur Beurtheilung des fünf sehnten Jahrhunderts, p. 419-420.

2 ■ Les cloches de l'ancien papisme du moyen âge et celles de la sombre antiquité sont généralement fondues avec le meilleur et le plus pur métal. » IIuin. Campanalogie, p. 90 (Erfurt, 1822).

3 La sculpture sur ivoire avait précédé la sculpture sur bois. Sur ce point et sur la laute estime où nos sculpteurs sur ivoire étaient tenus en Italie, voy. SCHAFER, Hie Denkmäler der El/cnbeinplaslil; des Grossherzogl Museums zu Darmstadl, p. 74-(Darmstadt, 1872).

• \ oy. Neudörfer, p. 12-19. — Wanderer, Adam Krafft et son école, 1490-1507 (Nuremberg, 1869).

d'ériger. Il se compose de sept piliers en grès dont chacun est surmonté d'une grande scène sculptée de la Passion; ces piliers allaient de sa maison (plus tard surnommée maison de Pilate) jusqu'au cimetière de Saint-Jean. Sur chacun d'eux est placée une inscription expliquant le sujet de la scène représentée, et indiquant la distance de la maison de Pilate. Ces groupes sont grandioses, et d'un effet admirable; le dernier surtout frappe et émeut. Nous lisons sur l'inscription du pilier : « Ici, devant sa Mère bénie, le corps du Christ est étendu ; la Vierge gémit et pleure, son cœur est navré de la plus amère douleur. » Joseph d'Arimathie soulève avec respect sous les épaules le corps du Sauveur; Marie, agenouillée, attire sur son cœur la tête de son Fils, délivrée de la cruelle couronne d'épines; Madeleine, aux pieds de Jésus, arrose le suaire de ses larmes. Un sentiment vrai et profond anime chaque figure; les costumes nurembourgeois dont sont revêtus les personnages semblent les rendre familiers aux spectateurs, les rapprocher d'eux, et augmenter l'impression de leur vivante sympathie.

La même force et la même chaleur, avec plus de grâce et de perfection encore clans l'attitude des personnages, se font admirer dans l'Ensevelissement du Christ, du même artiste. Ce groupe lui fut commandé par Sébald Schreyer, curateur de l'Église et grand amateur des arts (1492). Krafft exécuta aussi de 1496 à 1500 un admirable chef-d'œuvre, pieuse donation de Jean Imhoff * ; c'est le tabernacle haut de 64 pieds qui orne le chœur de Saint-Laurent, à Nuremberg. Porté par les deux figures agenouillées, de grandeur naturelle, de Krafft et de ses deux compagnons, l'ouvrage s'élève, semblable en sa structure à une superbe plante dont les branches et les fruits de pierre se terminent par une fleur habilement recourbée comme la houlette d'un berger. Les piliers du tabernacle sont ornés défigures de saints. A sa porte veillent des anges. Comme le Saint Sacrement fut institué en l'honneur de la mort du Rédempteur, l'artiste a représenté dans son œuvre quelques épisodes de la Passion, qui, avec la Résurrection, complètent pour tous les fidèles les fruits de la sainte Cène *.

Ce chef-d'œuvre n'est surpassé que par le tabernacle de la cathédrale d'Ulm, qu'une bourgeoise de la ville, Angélique Zähringer, fit élever par le« maitre de Weingarten» (1461-1469) 3. C'est unedes plus magnifiques créations de la sculpture du moyen âge. L'architecture en est aussi admirable que la sculpture. La finesse des ornementa-

1 Voir le contrat de l'artiste avec le donateur Imhoff, publié par Allhin, dans le Grenzboten, p. 191, n° M, 1875.

* Rettberg, p. 83-91. — Sigiurt, p. 525-526.

3 V. Hassler, p. 100. — Je cite le premier projet présenté par le maître à la donatrice.

Page 1