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GRAVURE

En môme temps que la peinture, marchant avec elle, la gravure, (ant sur bois que sur cuivre, développait dans un riche épanouissement l'art de la vieille Allemagne. Vers la fin du quinzième siècle, elle commença d'être considérée comme le complément essentiel de la peinture, et fut cultivée par les plus excellents artistes.

La reproduction des dessins sur le bois ou sur le cuivre, invention tout allemande, fut aussi importante pour l'art que la découverte de l'imprimerie l'avait été pour les sciences et les lettres. Par la gravure, en effet, les productions des maîtres se multiplièrent rapidement et furent mises à la portée de toutes les classes. Mais cette admirable invention ne servit pas seulement les intérêts de l'art, elle est encore un événement de la plus haute importance, si on la considère au point de vue du progrès intellectuel et de la civilisation. La pensée, incarnée dans l'image, devint, comme l'idée exprimée par l'imprimerie ou la parole, l'agent d'un fécond mouvement dans les intelligences '.

Dans ses commencements, la gravure servit surtout à la religion, et fut presque exclusivement mise au service des églises et des couvents. Les Ordres religieux, particulièrement les Ordres mendiants, cherchèrent, au moyen des images qu'ils répandaient à profusion parmi le peuple, à fixer le souvenir de leurs exhortations et de leur enseignement. Ils s'en servirent aussi pour leur propre édification ou pour glorifier la mémoire de leurs saints protecteurs et patrons. Peu à peu, les images devinrent un besoin. On en voulut non-seulement pour les églises et les monastères, mais encore

1 Voy. Springt.!», p. 171, 20G. — WOLTMA.NN, t. I, p. 21. — ÎVorduoff, Kunst geschichtliche Beziehungen zwischen Rheinland und Westfalen, p. 59-60. — TlIAL'SlNG, Durer, Geschichte seines Lebens, p 13-15. — Le livre d'EsSEN\VEi\, Die Holzschnitte des vierzehnten und fünfzehnten Jahrhunderts, donne d'excellents renseignements sur l'histoire de la gravure sur bois. (Nuremberg, 1875. j

pour le foyer domestique. Chacun voulut avoir sous les yeux um souvenir sensible du Sauveur, de la Vierge, de ses saints patrons. Les tableaux, les crucifix sculptés, les miniatures n'étaient pas à la portée de tout le monde; au lieu que le plus pauvre d'entre les fidèles pouvait acheter une image en papier qu'il mettait dans son livre de prières, ou attachait aux murs et aux portes de sa maison '.

Primitivement, les images ne furent reproduites que sur feuilles détachées. Mais à partir de la seconde moitié du quinzième siècle, un voit apparaître différents livres, appelés xylographiques, contenant des séries d'images accompagnées de courtes explications et d'applications pratiques. C'est ainsi que furent édités ÏApocalypse, la Passion, le Salve, Regina, la Bible des pauvres et la Danse des morts. Parmi ces productions, les plus connues sont les Bibles des auvres, suites d'images, au nombre de quarante-huit à soixante, tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, et suivies d'explications. Mais ceux auxquels ces livres étaient destinés n'étaient pas les pauvres proprement dits, c'étaient les prédicateurs populaires auxquels leur pauvreté ne permettait pas d'acheter une Bible complète, et qui s'estimaient heureux de posséder en abrégé l'histoire des faits principaux de la Sainte Écriture2. Les traductions allemandes des Bibles populaires furent également ornées de gravures sur bois : la superbe Bible éditée à Nuremberg en 1483, chez Koburger, en contient plus de cent.

Koburger, comme imprimeur et éditeur, s'est acquis des droits incontestables à la reconnaissance de la postérité. En obtenant d'un grand nombre d'artistes de talent des dessins pour ses graveurs sur bois, il provoqua un notable perfectionnement dans l'art. Les gravures exécutées sous la direction de Michel Wohlgemuth pour le livre intitulé Trésor des vraies richesses du salut (1491), celles de Guillaume Pleydenwurf pour le Livre des Chroniques de Hartmann Schedel (1493), nous donnent déjà les preuves d'un progrès sensible 3. Plus importants encore sont les travaux de Hans

1 Voy. SorzMANN, p. 550.

2 Voy. les anciens documents sur ce sujet dans l'ouvrage de Weigel et Zester- Man.n, Die Anfange der Buchdrucker Kunst in Bild und Schrift. (Leipzig, 1865, t. I, p. 128, ett. II.) — Voy. la description qu'en donne Sighart, Histor. und Pol. Blätter, t. LVII, p. 813-823. — Voy. encore Jahrbuch der central Commission, t. V, p. 11-18. — Sur les rapports qui existent entre la bible des pauvres et les stalles de chœur, voy. Documents, t. VIII, p. 264. La Bible des pauvres contient pour ainsi dire le type le plus ancien de la gravure. Elle représente la transition qui se produisit entre les compositions grandioses de l'architecture et de la peinture et les images vulgaires fixées sur le papier.

:: Voy. TbauSING, Durer, Geschichte seines Lebens, p. 49-52. — Sur les gravures sur bois de cette chronique, voy. Hase, p. 28-35. La plupart des gravures de ce temps sont d'une vigueur remarquable. La manière dont les personnages historiques

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