‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 117 sur 630 · GRAVURE SUR BOIS, ALBEIIT DURER · texte numérisé non relu

GRAVURE SUR BOIS, ALBEIIT DURER

Burgkmaier, d'Augsbourg, qui fournit aux graveurs sur bois plus de sept cents dessins. Le même maître, en collaboration avec Albert Dürer et d'autres artistes, fut chargé par Maximilien d'exécuter la célèbre Marche triomphale, et travailla à l'édition illustrée du Theucrdank. Il exécuta aussi vingt dessins pour le Weisskunig.

Les plus grands maîtres de cette époque, Dürer, Holbein, Hans Schaüffelin, Cranach, faisaient reproduire par le burin du graveur non-seulement des dessins isolés, mais d'importantes compositions. Beaucoup d'entre eux taillaient eux-mêmes leur bois. Une fois gravés, les dessins étaient apportés en grand nombre sur tous les marchés de l'Europe, et trouvaient un grand débit aux jours de fête et aux kermesses. Ils reproduisaient des sujets tantôt religieux, tantôt profanes, des compositions humoristiques et satiriques; ils fustigeaient les abus ecclésiastiques ou politiques, tournaient les Juifs en dérision, ou bien encore instruisaient, moralisaient, reflétaient, en un mot, une variété infinie d'idées. Comme ils étaient destinés au peuple, nous remarquons dans les pensées qu'ils expriment, comme dans leur exécution, un caractère essentiellement populaire, caractère dont ils conservent encore la trace, même quand ils s'élèvent audessus de l'horizon ordinaire des masses et supposent un degré de culture plus avancé.

Nous en avons souvent la preuve dans les dessins d'Albert Dürer. Ce maître éleva l'art de la gravure sur bois à une perfection que jusqu'alors rien n'avait pu faire pressentir : nul artiste jusqu'à présent n'a pu lui être comparé '.

Les premières œuvres qu'il offrit au public en 1478, au début de sa carrière et n'étant encore âgé que de vingt-sept ans, appartiennent déjà aux compositions les plus puissantes de l'art. Je veux parler des quinze grands dessins de l'Apocalypse, dans lesquels sont représentées, sous le voile du symbolisme religieux et d'une manière si saisissante, les épouvantes des jugements du Seigneur et la paix des bienheureux. Admirons surtout les quatre anges et les quatre cavaliers des bords de l'Euphrate. Ils sont d'une émouvante beauté. Les deux Passions révèlent la même vérité d'expression, la même vigueur de dessin, et peuvent être comparées à de sublimes tragédies. On ne peut se défendre, en regardant le Christ souffrant du frontispice,

sont représentés, l'aspect donné aux villes témoignent de l'intelligence avec laquelle les artistes d'alors s'assimilaient toules choses, fondaient le passé dans le présent, et savaient ainsi se faire comprendre du peuple. La correction archaïque d'aujourd'hui laisse froide la plus grande partie du public.

1 Springer, p. 184-185. — Il est prouvé que Dürer a fait les dessins de cent soixante-dix de ces gravures. Kaufmann. A. Durer, p. 36.

d'une impression profonde, ineffaçable. Jésus est assis sur une pierre. Il semble déjà dépouillé de toute attache à la vie terrestre. Il est seul avec sa douleur. Dans la Petite Passion, il appuie sa tête sur sa main; dans la Grande, insulté par le soldat romain agenouillé devant lui par dérision, il a joint ses mains pour la prière, et son regard, dirigé vers le spectateur, trahit une souffrance poignante. Ce dessin exprime l'outrage perpétuel et sans cesse renaissant que le pécheur de tous les siècles inflige au Sauveur. On voit sur les pieds et les mains les stigmates anticipés. L'artiste avait certainement dans la pensée la plainte du Prophète : « Venez, voyez s'il est une douleur qui surpasse la mienne! » Dürer a mis dans cette composition son âme tout entière. Il a répété par son crayon cette prière qu'il avait composée en méditant la Passion de Jésus-Christ, et qui nous a été conservée dans le livre des Sept Offices : « Vers l'heure des vêpres, on descendit Jésus de la croix, et on le remit à sa Mère. En ce jour, la toute-puissance du Maître resta entièrement cachée dans le sein de Dieu! 0 homme, contemple cette mort, remède de ta grande détresse! Marie, couronne des vierges, reconnais ici le glaive de Siméon! Ici repose l'abrégé de toute perfection, Celui qui nous a délivrés du péché! O toi, Dieu et Seigneur toutpuissant! nous contemplons avec compassion les grands tourments et la mort cruelle que Jésus, ton Fils unique, a soufferts pour nous racheter. Donne-moi une vraie contrition de mes péchés, rends-moi meilleur, je t'en supplie de toute mon âme! Seigneur, par ton triomphe, laisse-moi un jour avoir part à ta victoire '! »

Voici comment Hotho décrit le frontispice de la Petite Passion : « Une large auréole, aux lumineux rayons, entoure la tête inclinée du Christ. De longues boucles s'enroulent sur son épaule gauche; une barbe épaisse entoure le menton et les lèvres. Le front proéminent, couronné d'épines, le nez noble et fin, la bouche, tout exprime la souffrance. Jésus appuie sa tête sur sa main, où nous voyons par avance la place des clous indiquée; son visage exprime la plus intense douleur. Il est assis sur une pierre basse ; son corps est incliné, son attitude affaissée; il semble sortir du tombeau, et gémir sur tous les péchés du monde se déroulant devant lui à travers la longue suite des siècles. Ces péchés ne lui font plus subir de peines physiques, mais, affligeant son âme jusqu'en ses profondeurs, le navrent plus cruellement encore, et renouvellent pour lui, sans relâche, le prétoire, la flagellation, la trahison des apôtres, la croix. La Passion, accomplie dans le passé, nous est représente comme une réalité immuable. Une perpétuelle douleur d'amour, un reproche plaintif et

1 TiUUSlNG, Durcr's Briefe, p. 154-155.

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