‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 124 sur 630 · LES MARCHÉS, LA DANSE · texte numérisé non relu

LES MARCHÉS, LA DANSE

nous fait assister aux jeux des hommes faits. Les joueurs sont attablés autour des échiquiers et des damiers. Là, au milieu de la bruyante allégresse du peuple, on plante un mai; ici c'est une fête d'arquebusiers qui s'apprête. Comme la danse appartenait aux divertissements favoris de ce temps, et qu'elle était un véritable besoin pour toutes les conditions, les artistes la prenaient très-souvent pour motif de leurs compositions. Le peuple et la petite bourgeoisie s'ébattaient en plein air ; on ne savait ce que c'était que de danser dans un espace resserré, et jamais les auberges n'avaient de salle de danse. Nous voyons le peuple se presser gaiement sur la place ou sur la pelouse; la cornemuse, le tambour, le tambourin, le violon accompagnent les pas des danseurs. Quant aux gens des classes plus élevées, ils avaient leurs salles de danse particulières, et quelquefois les sales de l'hôtel de ville leuren tenaient lieu, une gravure sur cuivre d'Israël de Meckenen nous fait assister à une de ces fêtes qui se célébraient souvent dans le Bas-Rhin à la fin du quinzième siècle. Au milieu de lasalle, élevés sur une large estrade soutenue par des poteaux, les musiciens soufflent dans leurs instruments. Les couples dansants se meuvent alentour avec une extrême difficulté, à cause des vêtements étroits des hommes, de leurs souliers pointus ou de leurs larges pantoufles, mais surtout à cause des longues traines des dames qui embarrassent ies pieds des danseurs; tout le plancher de la salle en est couvert. Une étonnante variété règne dans les costumes des femmes; ils sont tantôt larges, tantôt étroits; là modestes, ici inconvenants. Les coiffures sont, ou pointues en pain de sucre avec des voiles tombant jusqu'à terre, ou en forme de turbans, ou plates et ornées de guirlandes et de rubans. Les hommes ont une veste étroite qu'une seconde veste plus large recouvre; elle est ouverte ou rattachée sur la poitrine par des brandebourgs. Ils portent aussi quelquefois un long pardessus fermé par des attaches et tombant jusqu'à terre, ou bien encore un petit manteau court. Le cou et les épaules sont découverts; tous les visages sont sans barbe, mais entourés de longs cheveux bouclés. Pour coiffure, un ruban bariolé, un béret orné de plumes, ou bien un bonnet ayant la forme d'un mouchoir plié. On peut se rendre un compte très-exact de la variété, des couleurs bigarrées, de la richesse, de la forme, du luxe des vêlements et des étoffes, en examinant attentivement les tableaux d'autel, les miniatures, les émaux du temps, car tout ici a été pris sur le vif et emprunté à la réalité de la vie de tous les jours. Nous y voyons des habits de cérémonie eu brocart; des robes brodées d'or, sur un fond rouge, noir, vert, bleu; des manches chamarrées d'ornements, ouvertes, déchiquetées; des robes semées de perles et de pierres

plus grande partie des jeux et des jouets qui amusent actuellement la jeunesse de n<js villages.

19i L'ART ET LA VIE POPULAIRE.

précieuses ; autour du cou et des épaules sont souvent enroulés jusqu'à six ou sept rangs de chaînes d'or ou de fil de corail; les doigts sont ornés de bagues '.

On peut aussi se rendre compte du luxe extraordinaire, de l'étonnante variété des costumes de l'époque, surtout de ceux des femmes, en jetant les yeux sur les inventaires que nous possédons encore de la garde-robe des bourgeoises à leur aise. La femme de Georges Winter, bourgeois de Nuremberg, dans la liste qu'elle dresse des effets donnés à sa fille en mariage (1485), désigne parmi beaucoup d'autres objets : quatre manteaux de drap d'Arras ou de Malines (deux doublés de soie), six robes, un manteau et trois robes longues, trois habits de dessous, six tabliers à manches, dont un noir; deux robes blanches pour le bain, cinq chemises, deux peignoirs, deux guimpes, sept paires de manches, dix-neuf voiles; entre autres bijoux, environ trente bagues. Un bourgeois de Breslau donne à sa fille, dans son trousseau : un manteau doublé de fourrure et une robe semblable, quatre robes de différents prix, plusieurs bonnets, ceintures et manches, un corsage orné de perles, et une bague d'alliance de la valeur de vingt-cinq florins. La fille d'un autre bourgeois de Breslau reçoit par ses tuteurs, dans l'héritage de sa mère (1490), trente-six bagues en or, des ceintures, des agrafes, des chaînes.

Les coiffures du temps, pour les hommes comme pour les femmes, sont de formes variées et bizarres; quelques femmes portent des bonnets pointus, longs d'une aune; d'autres, uulong bourrelet bigarré, orné de cordons de perles, d'or, de pierreries, de fleurs ou de plumes. Les coiffures des jeunes filles de la bourgeoisie des villes sont particulièrement étranges : ce sont des fichus blancs, formant de roides coiffes, attachées pour la plupart à une haute et large carcasse en fil de fer; un ruban posé par-dessus les lie sous le menton. Les chapeaux et les bonnets d'hommes ne sont pas moins bizarres. Un livre de droit municipal de la ville de Hambourg nous offre, dans ses miniatures, des personnages coiffés de chapeaux hauts et bas, aux bords larges ou étroits, retroussés par devant et pendants par derrière, ou vice versa; des chapeaux de fourrure commune, de feutre, de drap de toutes couleurs, divisés en deux, rayés, ornés de plumes, de galons de ganses d'or, quelquefois de bandelettes tombant jusqu'à terre. Nous y voyons aussi des bonnets de tous genres, en fourrure, en feutre ou en drap, carrés, ronds ou pointus, et des capuchons ornés d'un ou de plusieurs glands bariolés.

1 Les joynux d'autrefois, comme nous l'avons déjà dit, avaient toujours une valeur artistique. La perfection avec laquelle sont peintes les armoiries de cette époque prouve combien dans la noblesse le luxe était plein de yoût. .

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