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CHAPITRE V LA MUSIQUE

Tandis que l'architecture, le dessin, la peinture el la gravure prenaient un si admirable essor, le plus puissant et le plus émouvant de tous les arts, la musique, s'acheminait peu à peu vers la perfection la plus achevée.

A partir du milieu du quinzième siècle, les compositions musicales se multiplient d'une manière surprenante. On peut à peine compter les artistes distingués qui se produisent. Le talent même médiocre devient jusqu'à un certain point remarquable, grâce aux ressources plus grandes dont l'art dispose. Les compositions musicales de cette époque semblent sortir d'un cœur débordant. On dirait que les arts plastiques ont jeté un cri d'appel à la musique. Mais il faut reconnaître que cet épanouissement magnifique eut sa source dans l'intelligence populaire, qui sut comprendre la musique avec foute son âme, l'honorer, l'apprécier dans tout ce qu'elle produisait de vraiment beau. Destinée principalement â exprimer la pensée religieuse, elle acquit, dès cette époque, et garda pour toujours, la valeur et l'importance d'un art; dès lors, les grands compositeurs eurent dans ia société une position entourée de considération et de respect ', aussi bien dans les églises, dans les chapelles où se célébraient solennellement les offices, que dans les académies de chant, composées d'ecclésiastiques et de laïques '.

Le plain-chant grégorien servit de fond, de base, à tout le progrès réalisé daus l'art musical; c'est en le prenant pour principe que les artistes allemands établirent les lois de la vraie musique religieuse; ils ne firent que développer dans l'enchevêtrement savant de leurs compositions a plusieurs voix le sens profond et complet des anciens chants Liturgiques. Les messes des maîtres du quinzième siècle, leurs nombreux motets composés sur un psaume, un antiphoue, une hymne de l'Église, rappellent dans leur unité sévère, daus leurs développements savants, les merveilles architecturales de l'époque. La

1 Voyez Ambros, p. 3-7, 3 î-33.

science musicale a pour lois fondamentales la mesure, le rhythme, l'exacte symétrie : de même, clans l'architecture, la profondeur de sentiment la plus sublime est soumise à ces lois rigoureusement mathématiques qui savent dompter la matière de pierre, de métal ou de bois, si grossière, si lourde et si roide; ces mêmes lois ont également triomphé dans le domaine des sons; elles l'ont affranchi, et l'ont fait sortir, libre et clair, de la matière en mouvement '.

Le mérite d'avoir dégagé de ses entraves primitives la phrase à plusieurs voix, et de lui avoir fait faire un progrès si sensible, appartient à ces mômes contrées du Sud, où les chants des trouvères et les mélodies populaires avaient fleuri avec plus d'abondance et d'originalité que partout ailleurs; c'est là que les orgues et l'art d'en tirer de beaux sons se sont d'abord perfectionnés. Le Livre de chants de Lochamer 2, qui date du quinzième siècle, suppose déjà dans son auteur une connaissance approfondie de l'harmonie. Parmi ces chants, il en est vraiment d'admirables. C'est un des monuments les plus anciens et les plus curieux de l'art musical en Allemagne; il ne contient pas seulement des mélodies populaires allemandes, il s'y trouve aussi beaucoup d'airs venus des Pays-Bas '. Un autre témoignage de l'art à cette époque atteste aussi les progrès de la musique dans les Pays-Bas : c'est un intéressant recueil de chants et de motets, publié à Augsbourg en 1458 i.

Jacques Obrecht (f 1507), originaire, selon toute apparence, des

1 Voyez LASAULX, Philosophie der schönen Künste, p. 121-122. — Entreliens d'Eckermann avec Gœtlic, t. II, p. 88. — Ueicliensperger a dit : « La musique religieuse du moyen âge est comme le complément nécessaire de l'architecture religieuse de cette époque. L'architecture produit ses effets par ses proportions dans l'espace, comme la musique produit les siens par ses proportions dans le temps. » {Mélanges, p. 520-523 ) — La question de savoir si le nouvel art musical se développa d'abord dans l'Allemagne du Sud ou en Flandre n'a aucune importance au point de vue national, puisque les Flamands sont d'origine allemande. Le seul fait intéressant pour l'histoire de la musique, c'est l'apparition simultanée dans l'Allemagne du Centre et du Sud. et dans les Pays-Bas, de tant de maîtres remarquables qui donnèrent, par l'influence réciproque qu'ils exercèrent les uns sur les autres, un nouvel élan â leur art.

' Voyez CHKTSANDER, Jahrbuch für musik. Wissenschaft, t. II, p. 1-234. — Chroniken der Deutschen Städte, t. I, p. 98, 214, et plus loin, t. II, IX, X, t. X, p. 189, et t. XI, p. 515, 611.

J Voy. le chant de la page 121.

* Voy. Paul DE Stetten, Kunst. Gexccrh und Handelsgeschichte der Stadt Augsbourg, 524.

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