CHANT RELIGIEUX
souvent; chantez-le de toute votre âme, qu'il vous aide à appeler Dieu à votre secours; celui qui l'a composé était un homme sage; il a fait là une bonne et utile trouvaille. » Berthold conseille ensuite à ses auditeurs d'en composer de semblables, s'ils en ont le talent '. Dans une des strophes du cantique pascal, attribué au curé Conrad de Oueinfurt (t 1382), on lit :
« Faites résonner vos accords clairs et doux, vous, fidèles, dans la nef, vous, prêtres, dans le chœur! répétez encore votre cantique, chantez à pleine voix : « Le Christ s'est affranchi aujourd'hui des liens de la mort -! »
.lean de Salzbourg, moine bénédictin, fut au quatorzième siècle le plus zélé propagateur des cantiques spirituels; il traduisit en allemand un nombre considérable des meilleures hymnes de l'ancienne liturgie, et composa quelques cantiques empreints d'une piété profonde, qu'il mit en musique avec le concours d'un prêtre séculier. L'air, le « ton ■ de beaucoup de ces cantiques se conserva; et sur ces anciennes mélodies on composa et l'on chanta de nouveaux cantiques qui étaient encore d'un usage fréquent vers la fin du moyen âge ».
Au quinzième siècle, le prêtre Henri de Laufenberg, entré en 1445 au cloître de Saint -Jean, à Strasbourg, tenta d'adapter la musique profane aux cantiques spirituels, et transforma en chants pieux les chansons préférées du peuple.
Le quinzième siècle fut l'époque la plus favorable au développement du cantique. Les essais de réforme qui avaient été tentés à l'intérieur de l'Église, le nouvel épanouissement de la piété, les innombrables Bibles allemandes et livres d'édification mis pour la première fois entre les mains de tous, exercèrent tout naturellement une grande influence sur le chant religieux. Les luttes religieuses elles-mêmes secondèrent ce progrès, car pour combattre les hérétiques qui cherchaient à propager leur doctrine par des cantiques, on se servit des mêmes armes qu'eux. Les cantiques des diverses contrées allemandes qui n'avaient jusque-là existé que dans les mémoires devinrent, à partir de la découverte de l'imprimerie, le trésor commun de tous les chrétiens; les fidèles les savaient par cœur; de 1470 à 1518, on en connait plus de trente recueils imprimés en langue vulgaire, abstraction faite de beaucoup d'autres, sans indication précise de date et de lieu; ils contiennent la traduction des chants liturgiques, des offices, des hymnes de l'Église, des psaumes
Voy. Holland, Alldeutsche Dichtkunst, p. 418-419. * Voy. Koberstein, t. I, p. 346.
3 Pour plus de détails, voy. Holland, p. 420-423.
de la pénitence; ou bien ce sont de pieux traités accompagnés de cantiques !.
Les papistes, dit Luther, dans un de ses sermons, ont autrefois composé de beaux cantiques, par exemple : « 0 toi qui as brisé l'enfer et vaincu l'exécrable démon - ; ou bien « Le Christ est ressuscité, le premier d'entre tous les martyrs ». Ils semblaient vraiment partir du cœur. A Noël, on chantait : « Un beau petit enfant nous est né aujourd'hui • ; à la Pentecôte: « Prions maintenant le Saint-Esprit • ; pendant la messe on entendait le beau cantique : ■- Dieu saint, sois loué et béni, toi qui nous as nourris de ta propre substance 2! »
Plus, durant les quatorzième et quinzième siècles, le chant populaire profane ou spirituel s'était perfectionné, plus aussi la mélodie populaire proprement dite s'était développée. Les musiciens de profession sentirent leur émulation s'éveiller 3, et s'efforcèrent de moduler savamment ces effusions directes de la poésie nationale. C'est par centaines que nous possédons les admirables cantiques adaptés à ces inimitables mélodies 4. Les chants d'Eglise à quatre voix, édités par Erhard OEglin avec un soin d'artiste si minutieux, marquent le grand progrès accompli dans le cours du siècle, et montrent avec quelle aisance les musiciens étaient arrivés à composer des chants à plusieurs voix. Dans ces compositions, la mélodie populaire primitive « joue le rôle de note tenue, dans des strophes séparées par des pauses. La phrase primitive est tout entourée de voix qui, autour d'elle, composent une symphonie en contre-point. Elle rappelle la sainte image qui, dans les autels en bois sculpté du moyen âge, forme le sujet principal, et que nos artistes environnaient de tant de personnages secondaires 5. »
Ces cantiques, dont la beauté a été à peine surpassée de nos jours, pourraient à eux seuls former un ensemble complet de doctrine religieuse. Leur piété simple et solide nous offre sans cesse Jésus-Christ comme principe et fin de tout salut. Que de chants d'un senti-
1 Voy. Wackernagel, p. 807; voyez-en le catalogue dans Meister, 36-39.
* Lut lier s Sämmtliche Werke. Édit. de Francfort, vol. V, p. 23. Contre l'affirmation de Cawerau que ses cantiques n'étaient point chantés dans l'église, voy. ma brochure A mes critiques, p. 61-62. Plus de la moitié des chants attribués à Luther ont une origine plus ancienne et ont été seulement remaniés par lui, c'est-à-dire adaptés à la nouvelle doctrine; d'autres ne sont que des traductions d'hymnes latines et de psaumes; très-peu sont vraiment de sa composition. Il transporta aussi dans la nouvelle église les mélodies de nos anciens chants d'église; il est très-douteux qu'il ait composé lui-même une seule des mélodies qui lui sont attribuées. — Voy. Meister, p. 16, 30, et Baumker, p. 138, 154.
* Voy. ci-dessus.
* Voy. Arnold, p. 20-60, 165-170.
5 Ambros, p. 368.