‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 138 sur 630 · CANTIQUES. NOELS · texte numérisé non relu

CANTIQUES. NOELS

ment tendre et délicat savent aussi louer avec grâce la Mère de Dieu et les saints! Mais les plus profonds et les plus élevés sont consacrés au Sauveur; ils sont d'une tendresse, d'une pureté incomparables, et ce qui en fait l'immuable fond, c'est toujours une pensée analogue à celle-ci :

« Au milieu du temps de noire vie, nous sommes environnés par la mort : qui cherchons-nous donc ici-bas, qui peut nous aider, qui pourra nous obtenir miséricorde, si ce n'est toi, Seigneur, toi seul, que nos fautes ont justement irrité ' ! »

Ils expriment aussi la sainte allégresse d'une foi pleine de confiance :

« Jésus, consolateur du pécheur, celui qui te cherche sera délivré, celui qui te prie sera protégé, pourvu qu'il ne cherche que toi seul! 0 Jésus! douce fontaine du cœur! Ton éclat est plus brillant que celui du soleil, ta bonté chasse toute peine et fait oublier toute la vanité du monde. Aucune langue ne peut dire, aucun livre n'imaginera jamais, l'homme éprouvé peut seul savoir ce que c'est que d'aimer Jésus 2. «

" Si je sacrifiais ma jeune vie pour Dieu, mon Créateur, il me donnerait son royaume éternel en échange. Et que pourrait-il m'arriver de plus heureux? Il a souffert pour nous une mort cruelle et amère, il a combattu comme un vaillant chevalier, il a abandonné sa royauté pour nous tirer de la misère. S'il me fallait renoncer au monde, je ne m'en soucierais guère ! Je me tournerais alors entièrement vers Jésus-Christ seul 3. j

Mais c'est dans les noëls que l'esprit si profondément religieux du quinzième siècle s'exprime avec le plus de grâce et de pureté. Leur naïveté aimable, leur simplicité émouvante, ne seront jamais égalées par l'art le plus raffiné1. Cela est surtout vrai des cantiques sur la fuite et le séjour en Egypte. Nous possédons environ cent de ces noëls5, au nombre desquels se trouve celui qui est le plus répandu et nous charme autant par sa mélodie que par ses paroles :

* Un rameau est issu d'une racine délicate. Il sortait de Jessé, comme nos pères l'ont chanté. Au milieu du rude hiver, vers le milieu de la nuit, il a produit une petite fleur. »

Parmi les créatures, le plus grand et le plus bel éloge appartient à

1 Pli. Wackernagf.l, p. 750.

9 Traduction d'un cantique très-répandu de saint Bernard, tiré d'un manuscrit de Cologne (1460;. — Hoffmann, Kirchenlied, p. 310-312. Pu. Wackernagel, p. 629, note.

•Tiré d'un manuscrit de Ratisbonne, du commencement du seizième siècle, Uhland, 1. 1, p. 866.

•Ainsi que le dit Hoffmann, Miederl. geistl. Lieder, p. 3-5.

• Meister, p. 145-273. — Phil. Wackernagel, 631-632, 698-703, 711. — Hoffmann, Kirchenlied, p. 165.

la Vierge Mère. Elle est vénérée comme l'abrégé de toutes les vertus; elle est invoquée comme notre continuelle et puissante avocate auprès du Sauveur :

» J'ai choisi pour l'objet de mon amour une tendre jeune fille. Elle est de haute naissance, elle est la joie de mon cœur ! Depuis des milliers d'années, on a bien parlé d'elle! File est de grande noblesse, elle est d'illustre origine! Elle est comme un jardin joyeux, plein de merveilleuses fleurs. Ma tristesse a cessé dès que je l'ai aperçue. Elle est la couronne des femmes, la guirlande des vierges. Elle est la récompense des anges, elle est l'éclat du ciel! — Ni le soleil ni la lune ne peuvent lui être comparés '. »

Ce qui domine dans tous ces cantiques pieux, c'est Jésus-Christ, considéré non -seulement comme Époux de l'Église, mais encore comme celui de toute âme fidèle. Cette pensée s'y retrouve sans cesse, elle est développée sous tous ses aspects 2. L'aimable allégorie de la strophe suivante en est une forme gracieuse :

Nous allons bâtir une petite maison, Un pelit cloître pour notre âme.

Jésus-Christ en sera le Maître, La Vierge Marie la ménagère, La crainte de Dieu la portière, L'amour de Dieu le sommelier; L'humilité y habitera, Et la sagesse tiendra tout sous clef3.

Le désir du ciel, véritable nostalgie du chrétien, ne s'exprime nulle part plus fidèlement que dans le cantique populaire suivant :

« Je voudrais être dans mon pays et dépouillé de toutes les consolations du monde. Je veux parler de mon pays du ciel! LS, je contemplerai Dieu éternellement. Allons, mon âme, prépare-toi! La troupe des anges t'attend. Le monde entier est trop étroit pour toi. Dans ma vraie patrie, la vie ne connaît pas la mort, la joie est sans chagrin, la santé sans souffrance, le bonheur dure aujourd'hui et durera toujours. Là, mille années sont comme un jour, et l'on ne connaît aucun chagrin. Allons, mon cœur! allons, mon àme, cherche le bien suprême! Ce qui n'est pas du ciel, n'en fais aucun cas, et pense toujours à ta vraie patrie! Tu sais bien qu'il te faudra partir d'ici, que ce soit aujourd'hui ou demain! Puisqu'il n'en peut être autrement, maudit le faux éclat du inonde! Pleure tes péchés, améliore-toi comme si tu partais demain pour le paradis. Adieu, monde! Que Dieu te bénissse! Je pars pour le ciel 4!»

Les cantiques allemands chantés par le peuple n'appartenaient pas plus qu'aujourd'hui aux offices religieux proprement dits. Mais

1 Tiré d'un manuscrit de Stuttgard (quinzième siècle). Uhland. I, 842-844.

2 Voy. Hoffmann, Geistliche Lieder, p. 6.

J Tiré d'un manuscrit du quinzième siècle de Vienne. Uhland, t. I, p. 864. * Voy. Ph. Wackernagel, p. C31. — Uhland, p. 868.

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