COMEDIES LATINES
Ainsi, par exemple, Hans Folz, dans la pièce intitulée : l'Erreur de Bohême (1463), attribue l'hérésie des Hussites (qui comptait à Nuremberg beaucoup d'adhérents) à une inspiration de Judas '.
Ces divertissements de carnaval étaient surtout de mode à Nuremberg. On en retrouve aussi des traces à Ingolstadt, Lübeck, Bamberg, Lucerne et Bâle. Ils n'ont aucun rapport avec les mystères. Les plus burlesques bouffonneries de ceux-ci diffèrent absolument des plaisanteries grossières, des mots à double entente qu'on y rencontre trop souvent, et où non-seulement la population des villes, mais encore les fils libertins des grands négociants de Nuremberg semblent avoir pris grand plaisir. Au reste, on conçoit facilement qu'il y eût un certain dérèglement de mœurs dans une ville comme Nuremberg, où Rosenplut constatait avec orgueil que l'abondance et la richesse étaient apportées par sept peuples différents : les Hongrois, les Esclavons, les Turcs, les Arabes, les Français, les Anglais et les Hollandais.
Les éièves des hautes écoles et des Universités, pour s'exercer à parler couramment le latin, représentaient assez souvent des comédies latines. Joseph Grüenbeck a publié le recueil des pièces jouées par la jeunesse scolaire d'Augsbourg (1497). A Zwickau, on avait accommodé à la scène des comédies de Térencc, éditées avec une introduction allemande et des explications intercalées dans le texte, destinées à aider l'intelligence des élèves auxquels le latin n'était pas encore familier. Une traduction en prose des comédies de Térence parut à Strasbourg en 1499. Dès 1486, Hans Nythardt, d'Ulm, avait traduit une comédie du même auteur et, dans la préface et les notes, avait essayé de donner quelques notions sur les principes de la poésie classique, l'essence et la structure de la comédie antique. Le chanoine Albert d'Eyck donna une bonne traduction de deux pièces de Plaute (Augsbourg, 1511). En se guidant sur les modèles de l'antiquité, on composa même des comédies latiues, indépendantes de toute traduction8. Jean Reuchlin en prit l'initiative et fit repré-
1 A. von Keller a réuni en trois volumes les comédies du carnaval du quinzième siècle (1853). — Voyez aussi quatre comédies de carnaval (1161-1468) dans les Archiv, fur Literatur geschickte von Schnorr ion Caio'sfcld, 3, t. I, p. 25. — Sur les comédies du carnaval a Ingolstadt et en Suisse, voyez Kellek, t. III, p. 1076. a Bamberg et à Lübeck, vov. l'appendice du même ouvrage, p. 301.
- Voyez Wilken, p. 255, 260. — Mo.NE, Schauspiele des Mittelalters, t. II, p. 369-370.
senter, chez Jean de Dalberg, à Heidelberg, une pièce populaire et humoristique intitulée Henno, à laquelle il donna la forme et les divisions de la comédie classique. Reuchlin y raille avec esprit les prédictions d'un astrologue et les intrigues d'un juriste.
Le trouble violent qui interrompit au seizième siècle le développement de la civilisation, l'anarchie religieuse, les luttes politiques amenèrent le dépérissement de l'art dramatique, comme de toutes les autres branches de culture intellectuelle. Dans le déchirement universel, religieux et social qui suivit, toute force créatrice, tout enthousiasme périrent, et la pieuse tradition de nos anciens drames ne se conserva plus que dans quelques vallées ignorées1.
1 Gervinus, t. Il, p. 342-344. — Wackerxagel, Geschichte der Literatur, p. 316. — Geiger, Reuchlin, p. 82-92.