TRADUCTIONS, ROMANS, NOUVELLES, FABLES
écrivent des poésies et font des livres. La vieille femme radoteuse, le vieillard retombé en enfance, le sophiste bavard, tout le monde a l'audace d'écrire et veut faire des griffonnages; tous brûlent de dire aux autres ce qu'eux-mêmes ne savent ni ne comprennent. On en est venu à ce point, d'après le commun dire, que plus d'un, pour avoir seulement changé le style, c'est-à-dire la manière et la forme particulière d'écrire d'un autre, se persuade qu'il a composé un livre neuf. »
Henri Steinhöwel, médecin d'Lîlm, et Nicolas de Wyle, chancelier wurtembergeois, firent grandement progresser la prose allemande, et leurs traductions de romans et de nouvelles empruntées au latin, au français et à l'italien ', méritent nos éloges. D'illustres dames, comme la duchesse Marguerite de Lorraine, la comtesse Elisabeth de Nassau-Saarbrücken, sa fille, et l'archiduchesse Eleonore d'Autriche, se firent aussi remarquer par leurs traductions. Eleonore d'Autriche traduisit du français le roman de Pontus et Sidoine (Augsbourg, 1483) qu'elle avait remanié « pour divertir son époux, l'archiduc Sigismond, par affeclion pour lui et aussi dans le désir qu'on y puisât beaucoup de belles et bonnes instructions ». 11 est particulièrement adressé aux jeunes gens; Eleonore espère « qu'ils se plairont à entendre raconter les bonnes actions, les vertus et la gloire de leurs ancêtres et prédécesseurs, et tout l'honneur qu'ils se sont acquis* ».
Les Hauts Faits des Romaina *t premier livre de littérature légère écrit en bon allemand, mérite aussi notre attention (1489); c'est un riche recueil de toutes les anecdotes, nouvelles, paraboles dont l'Occident avait été doté depuis les croisades et depuis que l'essor des études classiques avait fait connaître les auteurs de l'antiquité. 11 eut beaucoup d'éditions.
« Le peuple allemand, écrit Wimpheling, trouve un intarissable plaisir à chanter et se plait également à ouïr des contes de tous
1 Parmi tes canevas de ces nombreux romans, il en est beaucoup d'une moralité Ires-douteuse. — Voy. Gervinus, t. II, p. 222-230. — Wackernagel, Literatur, p. 359-360. — Beaucoup d'anecdotes satiriques contre te cler;;é tirées des Cent Nouvelles (si fréquemment reproduites au seizième siècle) passèrent plus tard dans les chroniques allemandes, et furent racontées comme s'élant véritablement passées en Allemagne. — Voy. Liebrecht, dans la Germania de Pfeiffer, 14, p. 386 et 400-401.
' Voy. Wackernagel, Literatur, p. 356-357. — Holland, p. 140-142. — I.inde- MANN, Geschichte der deutschen Literatur, p. 266-270.
1 Gcsla Ilomanorum.
genres '. » Aussi les auteurs de livres graves, savants, purement didactiques, y mélangeaient-ils souvent, pour animer et égayer leurs ouvrages, des nouvelles détachées, sérieuses ou plaisantes; dans l'excellent ouvrage de science, écrit d'un si bon style, du chanoine de Bamberg, Albert d'Eyb, nous trouvons une nouvelle intitulée : Faut-il prendre femme ou non? Le Miroir de la vertu et de l'honneur, de Marquart de Stein (1493), et l'admirable livre de piété déjà si fréquemment cité, la Consolation de. l'âme 2, renferment des contes, des nouvelles; dans ce dernier, parmi beaucoup d'autres, nous lisons l'histoire si connue du bon Fridolin et du méchant Thierry. A la fin du siècle on possédait déjà trois volumineux recueils de récits moraux, soit historiques, soit romanesques, et de nombreux Miroirs contenant de pieux exemples à l'usage des fidèles3.
Les fables étaient aussi mises à profit pour moraliser et instruire''. Le duc Eberard im Bart de Wurtemberg fit traduire du latin les fables orientales de Bidpai, qu'il intitula le Livre des exemples des anciens sages (1483). Les fables de Cyrille, ou Livre de la sagesse naturelle, parurent à Augsbourg en 1490. Steinhöwel, à la prière du duc Sigismond d'Autriche, publia en 1464 le Livre et la vie d'Esope le fabuliste, déjà traduit du grec en latin, puis remanié en allemand. Cet ouvrage fut un des plus appréciés de l'époque. « Le lecteur doit ici faire comme l'abeille, dit Steinhöwel : rechercher non la couleur des fleurs, mais leur miel; non le récit, mais la morale, afin de s'en servir pour nourrir son âme; car celui qui ne lirait ce livre que pour s'amuser à de jolis contes ferait comme le coq de la fable qui préférait un grain de mil à une pierre précieuse 5. «
La prose, dans les ouvrages d'hisloire naturelle, de médecine, de droit, faisait aussi d'heureux progrès. Le droit surtout dut beaucoup aux écrits populaires de Sébastien Brant 6.
Les écrivains mystiques du moyen âge furent les premiers à nous révéler la propriété que possède la langue allemande d'exprimer heureusement les idées philosophiques. Ce sont eux qui découvrirent
1 De arte impressoria, p. 17.
s Voyez plus haut.
3 Wackehnagel, p. 358.
* Voy. (iEKVlMJS, t. II, p. 2!).'<.
5 Pour plus de déiails, voy. Wackernagel, p. 3J1-346.
•Pour ce qui concerne le droit, consulte/. STINTZING, Geschichte der populären Literatur des römisch-canonischen Hechtes.