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BOURGEOIS CULTIVATEURS

culture des champs, l'élevage des bestiaux, jouaient un rôle important, et cela bien au delà du moyen âge. Les bourgeois de Munich y trouvaient leur principal moyen de subsistance1. A Bàle, Bibrach, Francfort, Landau, Reutlingen, Spire, Ulm, Worms, etc., les cultivateurs, comme les jardiniers et les vignerons, formaient une corporation particulière 2.

On se livrait avec zèle à l'agriculture jusque dans les villes; en tenant compte de la différence de population, on a constaté que les travaux des champs occupaient alors un bien plus grand nombre d'hommes que de nos jours. Aussi avait-on bien plus abondamment le blé et la viande de boucherie ; en moyenne, ou se les procurait à des prix très-modérés. Dans la classe pauvre, on faisait une consommation de viande beaucoup plus grande que maintenant3. Il faut, il est vrai, se souvenir que, toutes prospères qu'elles fussent, les villes n'avaient encore aucunement souffert de l'excès de population *. Le prix des choses indispensables à la vie, nourriture, vête-

1 Maurer, Siädtcvcrfassung. t. II, p. 799. — Schmolle«, p. 299. — En 1589, le duc de Bavière déclare « que la bourgeoisie de Munich ne peut se passer de prairies communes ». Maurer, t. I, p. 273. A la ville et à la campagne, tout père de famille se faisait un point d'honneur d'avoir et d'entretenir son propre bétail.

— Voy. Mo\E, Zeitschrift, t. III, p. 398-414, et t. VI, p. 397.

2 Maurer, t. II, p. 470-471.

3 D'après les comptes de Kloden dans le Jahrbuch für nationalöhonomie d'IIildebrand, t. I, p. 218, nous voyons qu'à Francfort-sur-1'Oder, au commencement du quatorzième siècle, on ne tuait pas moins de trente mille huit cent cinquante-quatre bœufs pour une population de 6 à 12,000 habitants, de sorte que la ville consommait douze fois plus de bœufs qu'en 1802. A Nuremberg, d'après ce que rapporte Conrad Celtes, outre une grande quantité de porcs et de moutons, on tuait au inoins cent bœufs par semaine. On faisait aussi une grande consommation de volailles. Scfimoller, Fleischconsum, p. 291.

— K.IWEGK, Bärgerthum, p. 382. — MASCHER, Deutsches Gewerbeiccsen, p. 280.

4 D'après d'exactes statistiques modernes, Strasbourg avait, au quatorzième siècle, 50,000 habitants. En 1415, Danzig en comptait 40,000; en 1448, Nuremberg en a 20,219; Bâle, 25,000 en 1450; Erfurt, pendant le moyen âge, au plus 32,000; Constance n'eut jamais plus de 10,000 habitants. Schmoller, Flcishconsum, p. 296. — Schanz, Gesellenverbände, p. 8. — La population de Nuremberg augmenta beaucoup dans la seconde moitié du quinzième siècle. Le nombre des naissances pour l'année 1482 est estimé à deux mille trois cents, ■ à peu près six enfants par jour ». Chroniken der deutschen Städte, t. X, p. 370. — Conrad Celtes, en 1502, évalue a quatre mille par an les naissances de Nuremberg. — Voy. Chroniken der deutschen Städte. Froissard évalue en 1497 la population rurale du Rheingau (« de Maycnce jusqu'à Bingen sur les deux rives du fleuve ») à environ trente mille âmes. Lettre XII. Certains passages relevés dans les livres de dîmes du Hanovre Lichtenberg (1492) semblent prouver qu'autrefois les villages étaient moins peuplés que maintenant; mais il ne faut pas oublier qu'au moyen âge, le nombre des villages était beaucoup plus considérable que de nos jours. Des centaines de villages, encore florissants au quinzième siècle, ont été complètement détruits dans la guerre des paysans et les guerres suivantes, surtout dans la guerre de Trente ans. Leur nom même a complètement disparu.

— Voy. Landau, Wüste Ortschaften, p. 382-386, 390. — Sur les ravages causés par la peste au moyen âge, voy. Grantoff, Lübeckische Chroniken, t. II, p. 278. — Hamburg. Chroniken, p. 257-409. — Sciimoller, Fleischconsum, p. 301-302.

29i ECONOMIE SOCIALt.

ment, ameublement, était accessible à tous; au contraire, on ne pouvait se procurer les objets de luxe qu'à des prix élevés \

La culture du lin et du chanvre, dans la banlieue de beaucoup de villes, avait pris un très-grand développement. Aux environs d'Ulm, une si grande quantité clc lin était cultivée et travaillée, qu'à la fin du quinzième siècle, les blanchisseries de la ville préparaient souvent plus de soixante mille pièces de toile et de futaine par an9. On prétendait que tout le reste du monde ne produisait pas autant de lin que l'Allemagne en fournissait à elle seule 3.

Aux environs des grandes cités, à mesure que le commerce et le luxe avaient pris un plus grand essor, la culture des jardins était devenue plus importante. Aux environs d'Altenbourg, le lin était cultivé avec tant de succès qu'en 1500 la ville en retira un produit de plusieurs milliers de thalers 4. A Erfurt et aux environs, la culture du pastel, du safre, de l'anis, du coriandre, du cardon et en général de tous les légumes, était florissante. On faisait alors usage d'une si grande quantité de pastel5 que, dans plusieurs villages des environs d'Erfurt, on en vendait pour plus de cent mille thalers dans les bonnes années (somme calculée d'après la valeur actuelle de l'argent) e.

Erfurt était célèbre pour la beauté et la belle ornementation de ses jardins; Mayence, Wurzbourg et Bamberg, pour leurs parcs et leurs semis; Francfort, Nuremberg et Augsbourg étaient fières de leurs superbes jardins d'agrément où les mauves, les primevères, les jacinthes, les oreilles d'ours de toutes nuances étaient cultivées avec

1 Dans la seconde moitié du quinzième siècle, une longue planche coûtait en Saxe un demi-gros; un fera cheval, le même prix; un baquet, un gros; une paire de couteaux, le même prix. On payait une table neuf gros. A la même époque, une livre de sucre coûtait de neuf à dix gros; une livre de bonbons, dix-sept gros. Une livre de safran coûtait plus cher qu'un cheval de labour; un bœuf engraissé coûtait moins que deux aunes du velours le meilleur marché! Voyez Falke, Geschichtliche Statistik der Preise im Königreich Sachsen, p. 378-390. A Fribourg en Brisgau, entre 1470 et 1480, une demi-once de noix muscade coûtait autant qu'une aune de la plus belle toile de Cologne, une livre de .sucre deux fois et demi autant qu'un cochon de lait. — Mone, Zeitschrift, i. V, p. 401-405. — Sur le prix des objets de luxe, voy. aussi Zimmermann, Bauernkrieg, t. I, p. 307.

2 A peine un pays entrait-il en rapport avec nos marchands que la toile allemande y était importée. En silésie, la plus grande partie des habitants étaient tisserands ou filateurs. — Voy. IIildebrand, Jahrbuch fur Nationalöconomie, 7e année, t. II, p. 215-230. — Sur le commerce du chanvre aux environs de Constance, voy. Mone, t. IV, p. 14.

* Voy. Fischer, Gesch. des Teutschen Handels, t. II, p. 510.

4 Föns, p. 26.

5 Qui remplaçait l'indigo.

8 Voy. Langethal, t. III, p. 110-114.

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