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BOURGEOIS CULTIVATEURS

Les possessions foncières des villes étaient très-importantes. Afin de subvenir le mieux possible aux besoins des habitants et d'arriver à une pleine indépendance financière, les villes s'empressaient d'acquérir de tous côtés de vastes terrains, surtout des forêts. Nous voyons en 1453 la municipalité de Görlitz acheter les propriétés d'une famille noble tombée dans la misère. La ville de Grossglogau fait, vers la même époque, l'acquisition de plusieurs domaines de chevaliers avec les bois y attenant. Par des achats, des hypothèques, en partie aussi par la conquête, beaucoup de villes finirent par posséder ainsi des territoires considérables. Le territoire de Rothenbourg, petite ville de Franconie qui comptait à peine 6,000 habitants, était de six milles et demi carrés; celui d'Ulm, de quinze; celui de Nuremberg, de vingt.

Les possessions urbaines étaient presque toutes cultivées par des fermiers libres; le nombre des colons y était relativement fort restreint '.

Il ne faut pas s'imaginer que les villes fussent alors exclusivement des centres commerciaux ou industriels; l'agriculture y tenait une place considérable. Comme les villages, les cités avaient généralement leur communal, consistant en prairies, pâturages et bois, dont les limites étaient marquées par des croix, des images saintes ou des rangées d'arbres; on en faisait chaque année la vérification solennelle*. Tout bourgeois demeurant dans la ville et y possédant droit de bourgeoisie avait part à la propriété commune, et pouvait en faire l'usage qui se rapportait le mieux à ses besoins. 11 avait droit de pacage, droit forestier, droit de prairie. A Francfortsur-le-Mein, les bourgeois pouvaient faire paitre leur bétail nonseulement dans les prés et bois du communal, mais encore dans

1 Sucenheim, p. 352. Au commencement du quinzième siècle à peine se trouvait-il encore deux cents colons parmi les habitants de Rothenbourg. Bensen, Untersuchungen über Rothenburg , et Be.NSE.N, Gesch. des Bauernkriegs in Osl/ranken, p. 19.

note 11.

s Voyez MAURER, Städtever/assung, t. II, p. 162-171, 802-803, et t. III, 181. — . En Weslpbalie, beaucoup d'élégantes maisons de ville (comme à Beckum), ou certaines parties d'une ville (comme à Paderborn), ont gardé des traces de la vie rurale d'autrefois. Même dans une ville comme Munster devenue de plus en plus commerçante, on voit encore, dans les rues les plus fréquentées, des maisons aux grandes portes cochères, et de vastes aires s'ouvrant des deux côtés. C'est là qu'étaient autrefois les élables, transformées aujourd'hui en chambres d'habitation. » NORDHOFF, HoL-und Steinbau Westfalens, p. 46-47.

les champs appartenant aux particuliers; ces champs, d'après une ordonnance remontant à 1504, devaient être laissés tous les trois ans en jachère1; le conseil de la ville en réglait l'aménagement, indiquait la manière dont ils devaient être labourés, entre! enus, mis en jachère; décidait sur les plantations des arbres et les diverses façons de la vigne3, absolument comme il faisait pour le communal.

Il était assez fréquent que les grandes abbayes, les seigneurs ou princes voisins, possédassent des métairies importantes dans l'intérieur des villes; ces fermes urbaines devaient à leur situation l'écoulement facile de leurs produits. Les bourgeois non cultivateurs entretenaient tous des vaches et des porcs, destinés à leurs besoins domestiques, car on regardait alors comme humiliant de n'avoir point de bétail à soi, et d'être obligé de se procurer au dehors la viande et le lait3. Dans les villes où le commerce était le plus florissant, on voyait circuler dans les rues de grands troupeaux de vaches, de porcs et de moutons. A Francforl-sur-le-Mein, une ordonnance du conseil de la ville défend en 1481 de construire des étables à porcs dans le bas côté des rues. A Sachsenhausen, les troupeaux de moutons appartenant aux chevaliers de l'ordre Teutonique sont si nombreux que le commandeur se voit forcé de s'engager, par contrat, à n'avoir pas plus de mille moutons dans une propriété située tout proche de la ville, le conseil craignant que le trop grand nombre de ces animaux ne nuisit aux forêts. Oies, poulets et canards sont élevés en grand nombre; l'élevage des pigeons joue un rôle si considérable à Francfort, que le conseil institue une commission spéciale composée de trois ou quatre conseillers qu'on intitule les « seigneurs pigeonniers* ». A Ulm, on est obligé d'établir un règlement sévère, regardant surtout les boulangers, défendant d'élever chez soi plus de vingt-quatre porcs. Les bourgeois envoient au labour leurs bœufs, préalablement bien nourris, que le soir on ramène aux étables. Les pauvres gens peuvent faire paître leur bétail pendant le jour, mais de manière à ne faire tort à personne. Ce n'est qu'en 1475 qu'il est interdit à Nuremberg de laisser aller librement les porcs dans les rues \ A Lübeck, Brème, Magdcbourg, Spire et Worms, la

1 Krif.GK, Zustände Francfurls, p. 239-240.

2 Voy. Maurer, Slädtcverfassumj , t. III, p. 6-7. — Kriegk, Burgerthum, p. 284-285.

3 Buch von den Früchten, p. 13.

4 Kriegk, Zustände Francfurls, p. 242-243. — L'élevage des moulons devint plus important à mesure que l'exportation des laines non travaillées et du drap grossier prit du développement. Le grand commerce de laine qu'entretenait Strasbourg avec le Milanais était alimenté par l'élevage de moutons du liant Rhin. — Voy. Mone, Zeitschrift, t. IV, p. 14.

5 SCHMOLLER, Flcischconsum, p. 29G-298. — JÄGER, Ulm, p. 610-611.

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