LITTERATURE AGRICOLE
par jour, environ 900 voitures chargées de vin doux entraient dans la ville1.
Mais le vignoble par excellence de l'Allemagne, c'était le pays du Haut-Rhin. Les crus du Rheingau étaient les plus célèbres. Les Bénédictins du Johannisberg, les Cisterciens d'Eberbach étaient parvenus, par une culture attentive et des soins incessants, à produire des vins exquis2.
L'élevage des abeilles jouait aussi un grand rôle dans tous les pays allemands; mais vers le milieu du seizième siècle l'apiculture fut presque entièrement abandonnée 3.
C'est au déclin du quinzième siècle que la littérature agricole apparait, et les nombreuses éditions des ouvrages qui la composent nous prouvent l'intérêt dont l'agriculture était l'objet, surtout dans les villes. Onze éditions, tant latines qu'allemandes, du célèbre ouvrage sur l'agriculture de Petrus de Crescentiis, sénateur bolonais, parurent à Louvain, Augsbourg, Strasbourg-, Mayence, entre 1470 et 1494. L'édition de Strasbourg et celle de Mayence sont ornées de belles gravures sur bois 4. « Le Livre de la Nniurc, pour lequel un homme extrêmement savant a fait durant quinze ans des recherches et des travaux », était aussi très-célèbre. La première édition ne porte
1 Voy. Heinrich, Teuttche Reichsgesch, t. IV, p. 604. — Le dixième pfennin;; du vin qui se vendait en détail à Vienne devait être prélevé comme impôt; or nous voyons cet impôt s'élever par an à douze mille florins d'or. .Ex. Sylv., Epp., p. 719.
2 Pour plus de détails sur les vignobles du Rhin, voyez Braun, Aus der Mappe eines deutschen Beichsbiirgcrs, t. II, p. 106-119. On connaît l'ancien proverbe :
Vinum Mosellanum est omni tempore Sanum, Vinutn Rhenense decus est et gloria mense.
NonniioiF, Weinbau, p. 35. — Sur les vignobles des environs de Coblenz, de 1494 à 1506, voy. Mont, Zeitschrift, t. X, p. 183.
8 L'élevage des abeilles avait alors une tout autre importance que maintenant, à cause du grand usage de cire qu'on faisait dans les églises, et parce que le m ici remplaçait le sucre. — Abhandlung übr Bienenwirlhschaft und Bienenrecht des Mittelalters, p. 47 (Nördlingcn, 18ii5). Voy. aussi Busen, Handbuch des heuligen in Deutschland geltenden Bienenrechtes, p. 14 (Arnstadt, 1836). Sciimid und KLEIN, Leitfadenfür den 1'ntcrrichl in der Bienenxuchl, p. 3 (Xördlingen, 1865).
1 Hain, n° 5826-5S35. — Voy. Helbig, les Concurrents de I'. Schöffer, dans le Bibliophile belge, dixième année (Bruxelles, 1876), p. 22-25. — La première édition italienne date de 1478, la première française de 1486. — Voy. sur cet ouvrage Bernhardt, t. I, p. 192.
aucune indication de lieu ni d'année; les suivantes parurent en 1475, 1478, 1481, chez Hans Bàmler, à Augsbourg; en 1482 et 1499, chez Hans Schönsperger; en 1482, chez Antoine Sorg '. Le livre est en partie composé de notions bizarres sur la nature humaine, les animaux, les arbres, les plantes, les pierres et les métaux. L'auteur commence par déclarer « qu'il va traiter un sujet très-utile et très-récréatif, où tout lecteur pourra apprendre des choses singulièrement curieuses ». Mais ces choses « singulièrement curieuses » se trouvent heureusement mélangées à des observations pleines de sens sur la culture des arbres et l'élevage des abeilles. L'ouvrage de Columelle, sur les jardins, fut édité à Louvain par un imprimeur westphalien 2, et Cuspinian accompagna la seconde édition d'une préface 3. Un ouvrage imprimé en 1483 et intitulé : les Vertus des plantes, traite de la phytologie. Mais l'écrit le plus remarquable sur l'agriculture est celui que nous avons déjà bien des fois cité : le Livre des grains, des arbres et des plantes 4. Il contient la description des diverses espèces de blés, indique la manière de les semer eu égard aux différentes propriétés du sol, dit dans quelle saison les semailles sont faites avec le plus d'avantage, traite des engrais, de la façon de les employer selon les qualités du terrain, des meilleures manières d'en obtenir d'excellents, parle des pépinières, et s'étend avec prédilection sur la culture des champs et celle de la vigne. « Les soins donnés à la vigne », assure l'auteur, « plaisent tout particulièrement aux Allemands, car cette plante si précieuse est singulièrement louée dans la Sainte Ecriture. Aussi », ajoute-t-il non sans malice, « dans notre pays tous les bons chrétiens et amis de la Sainte Écriture font-ils usage de vin. »
Nous possédons, sur l'état général de l'agriculture à cette époque, des renseignements contemporains provenant de deux régions différentes : du Rheingau et de la Poméranie.
« Le pays le plus fertile et le plus beau de l'Allemagne », dit le Livre des grains, « c'est celui du Rheingau. Le vin y est généralement si abondant que le paysan même peut en boire à sa soif; le fro-
1 IIain, n° 4040-404G. — Voy. aussi Langetiial, t. II, p. 23.
2 Hain, ri" 5496.
3 Ibid., n0 5499.
* Ibid., n» 9797.