ÉTAT GÉNÉRAL DE L'AGRICULTURE
ment, le seigle, les fruils de toutes sortes y croissent et y prospèrent. » « Le pays, depuis Mayence jusqu'à Bingen, est très-peuplé des deux côtes du fleuve; la ferme touche à la ferme, le village au village, et si l'on veut savoir ce que peuvent produire la richesse du sol et le labeur de l'homme réunis, il faut visiter cette contrée. La pauvreté s'y rencontre rarement parmi les paysans qui aiment le travail. L'élevage des abeilles y a pris un grand accroissement '. » Frère Banhélemy, religieux anglais de l'Ordre de Saint- François, fait à son tour la description suivante du Rheingau : « C'est un petit territoire qui, depuis Mayence jusqu'à Bingen, s'étend entre des montagnes riantes, Ce pays, tout petit qu'il soit, est extrêmement agréable et fertile; non-seulement ses habitants y sont heureux, mais le voyageur même qui ne fait que le traverser, est ravi, charmé, et croit être transporté au pays de la félicité. Le sol produit des céréales et des fruits avec autant d'abondance que de rapidité; le même champ donne les espèce^ de fruits les plus diverses; les noyers y réussissent, les blés de toutes sortes y prospèrent, et la culture des arbres fruitiers n'empêche pas celle de la vigne. Le même petit champ produit ici blé, raisins, noix, fruits à noyaux, pommes, poires et bien d'autres fruits encore. » Jean Butzbach, dans son « Livret de voyage » (1500), dit aussi : « Le Rheingau est une contrée aimable et riante, riche en eaux vives, en vignobles, champs, bois, vergers fertiles. Ses beaux villages ressemblent à des villes. Le Rhin y coule entre des rives charmantes, aux belles iles verdoyantes, dont quelques-unes ont une assez grande étendue. Ici, le peuple jouit d'un grand bien-être; il est heureux et brave. Le sol produit des fruits en abondance. J'y ai connu un paysan qui, dans une seule année, a tiré de ses cerisiers un bénéfice de 30 florins s. »
La culture des fruits clans le Bheingau, et aussi, à ce qu'il semble, en Bavière, rapportait beaucoup aux paysans. Le Livre des yr/i ins parle des grands bois d'arbres fruitiers entourant les villages du Rhin. « De trèshabiles jardiniers les dirigent avec intelligence », dit-il; « j'en dis autant de la Bavière, où j'ai vu des vergers très-florissants et plaisants à voir tout proches des métairies. Pendant la saison d'hiver, le paysan peut se procurer pour quelques liards pommes, poires, noix en abondance pour lui, sa femme et ses enfants. Ces vergers si bien soignés sont très-dignes d'être loués, et devraient se trouver partout3. » Dans le Bheingau, les pommiers, cultivés avec soin, produisaient des fruits de tant d'espèces différentes, de forme, de goût, de couleurs si
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2 D'après la valeur actuelle de l'aryent, environ cinq cenls marcs chronika, p. 127-121).
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variés, qu'on ne pouvait presque plus en énumérer les espèces '. Voyons maintenant ce que rapporte Kanzow de la Poméranie : « Ce pays, dit-il, produit en abondance toutes espèces de céréales : seigle, froment, orge, sarrasin, pois, avoine, si bien qu'on n'y fait usage que de la vingtième partie des récoltes. Le seigle et l'avoine sont expédiés en grande quantité vers l'Ouest, en Ecosse, en Hollande, en Zélande et en Brabant. Le boublon et l'orge sont surtout exportés en Suède et en JNorwége. 11 n'est pas rare de voir un bourgeois embarquer par an pour l'étranger quatre cents charges de blé, c'est-à-dire environ dix mille boisseaux. Item, on élève en ce pays de bons chevaux de différentes races, de nombreux moutons, bœufs et porcs. Les abeilles y produisent beaucoup de miel qu'on envoie à l'étranger; la contrée abonde en prairies, en pâturages. Les bestiaux fournissent encore d'autres genres de marchandises réservées pour la plupart à l'exportation : beurre, lard, laine et cuir. Le suif rapporte aussi de bon argent comptant au pays. Coqs de bruyère, perdrix, lapins, cygnes, outardes, oies sauvages, canards se voient en profusion dans la campagne; mais on ne se soucie pas de leur faire la chasse. Si de temps en temps les oies sauvages, les canards ou les perdrix paraissent sur la table, c'est qu'un prince a permis à ses pâtres de chasser. Quant aux autres bétes, les chasse qui veut et qui peut. Le pays est aussi très-riche en excellents poissons 2. »
L'élan donné à l'agriculture en Allemagne eut pour résultat, parmi les cultivateurs de nos contrées, un bien-être qui forme un éton-
1 Langethal, t. III, p. 247. — Les paysans et les jeunes mariés de la Hesse devaient, à leur installation dans la commune, planter un certain nombre d'arbres (fruitiers ou autres) dont ils étaient tenus de prendre soin. Dans la commune de Baar (canton de Berne), il était d'usage que tout villageois, chaque fois qu'il lui naissait un enfant, plantat douze arbres fruitiers dans le communal; l'enfant devait plus tard les cultiver. — Voyez Maurer, Dorf Verfassung , t. I, p. 287-289.
s Kanzow, t. II, p. 421, 424, 427. — Sur l'ancienne fertilité de Sangershausen, Spangenberg dit dans sa chronique (terminée en 1554) : « Cela se passait il y a longtemps, avant que les pauvres gens fussent accablés de tant d'impositions et de taxes intolérables. Il y avait aussi une excellente nourriture, parce que tout ce qui concernait l'élevage des bestiaux, les pâturages, le poisson, le gibier, le pain, la bière et le vin était l'objet de plus de soins que partout ailleurs. » D'après lui, la ville était le grenier de toute la Thuringe du Nord. — Buder. Nützliche Sammlung verschiedener Schriften, p. 297 (Francfort, 1735).