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SALAIRES DES JOURNALIERS ET SERVITEURS

Les^journaliers, les serviteurs jouissaient à la fin du moyen âge d'un aussi grand bien-être, relativement parlant, que celui des paysans. D'après les renseignements recueillis dans presque toutes les contrées de l'Allemagne, ils recevaient pour leur travail un salaire étonnamment élevé. La nombreuse classe des journaliers ruraux destituée de toute propriété et vivant du travail quotidien ne fut jamais, ni avant ni depuis, dans des conditions matérielles plus heureuses que vers la fin du quinzième siècle jusqu'aux dix premières années du seizième.

Pour apprécier justement les salaires, il faut commencer par établir aussi exactement que possible les rapports alors existants entre la valeur de l'argent et le prix des choses indispenbles à la vie (nourriture, habillement, etc.). Cherchons à découvrir ces rapports dans des contrées diverses et des espaces de temps précis : si tous nos renseignements concordent dans les points les plus importants, nous arriverons à un aperçu général assez exact sur la question qui nous occupe.

Pour l'Allemagne du Nord, examinons d'abord les documents qui nous viennent de Saxe.

En Saxe, entre 1455 et 1480, une paire de souliers ordinaires coûte en général de deux à trois gros; un mouton vaut quatre gros; vingt-cinq morues, quatre gros; une corde de bois tout apportée, cinq gros; une aune du meilleur drap du pays, cinq gros; un boisseau de seigle, six gros quatre pfennigs. Or, un journalier ordinaire gagne par semaine, à la même date, de six à huit gros; il peut par conséquent se procurer, avec le salaire de sa semaine, un mouton et une paire de souliers; avec le salaire de vingt-quatre jours, au moins un boisseau de seigle, vingt-cinq morues, un stère de bois et deux ou trois aunes du meilleur drap du pays. Les vêtements sont alors extraordiuairement bon marché : pour la façon d'un habit, d'une paire de chausses, d'un chapeau rond et d'une jaquette, nous voyons un chantre de Leipzig payer en tout sept gros. Le duc de Saxe achetait les chapeaux gris qu'il portait ordinairement trois gros et demi ou quatre gros. On voit donc que les journaliers saxons pouvaient vivre à bon compte du prix d'un travail bien payé, et satisfaire à peu de frais aux premières nécessités de la vie.

On comprend aussi que les journaliers, au commencement du seizième siècle, aient amèrement regretté le bon temps disparu,

puisque leur salaire n'avait augmenté que de six pfennigs, tandis que le prix du seigle, de six gros quatre pfennigs qu'il était auparavant, était monté à vingt-quatre gros le boisseau, et que le mouton, coûtant autrefois quatre gros, en valait dix-huit; les autres denrées avaient enchéri dans les mômes proportions1.

Ailleurs, les salaires des journaliers étaient encore plus élevés. A Clèves (pays rhénan), le journalier, nourri par celui qui remployait, pouvait se procurer, en six jours de travail, un quart de boisseau de seigle, dix livres de viande de porc ou douze livres de veau; six grandes cruches de lait et deux charges de fagots. 11 lui restait encore en surplus, au bout de quatre ou cinq semaines, une somme d'argent représentant la valeur d'une blouse de travail, de six aunes de toile et d'une paire de souliers 2. A Aix-la-Chapelle, vers la fin du quatorzième siècle, on a calculé qu'en cinq jours un journalier rural gagnait la valeur d'une brebis; en sept jours, celle d'un mouton ; en huit jours, celle d'un porc ; et qu'en un seul jour il gagnait presque la valeur de deux oies 3.

A Augsbourg, le salaire quotidien, daus les années ordinaires, égalait le prix de cinq ou six livres de la meilleure viande ; dans les années d'abondance, le journalier pouvait se procurer, par son travail de chaque jour, une livre de viande ou sept œufs, un quarteron de pois, une mesure de vin et le pain qui lui était nécessaire. Outre cela, il lui restait la moitié de son salaire pour payer ses frais de loyer, d'habillement, et couvrir ses autres dépenses4.

Dans la principauté de Bayreuth, un journalier gagnait, en 1464, 18 pfennigs; à la même date, une livre de saucisson coûtait 1 pfennig; une livre d'excellent bœuf, 2 pfennigs5.

Les renseignements recueillis en Autriche attestent les mêmes faits. Nous voyons dans le livre de comptes du prévôt Jacob Pamperl de Klosterneubourg, intendant des biens de l'abbaye de 1485 à 1509,

1 Voy. Falke, Statistik der Preise in Sachsen, dans le Jahrbuch für Nationalökonomie d'HiLDEBRAND, 7e année, vol. 2, p. 370-394. Année 9, vol. 1, p. 30-53. — Galletti, Gesch. Thüringens, t. V, p. 198. — Schmoller, Fleischconsum, p. 356. — LOBE, p. 40-42. — A Constance, en 1487, un cheval de labour coûtait cinq florins. Mone, t. X, p. 56. — A Francfort, en 1512, le jambon de Westphalie coûtait huit liards la livre. Kiuegk, Bürgerthnm, p. 382. — A Aschaffenbourg, la livre de viande coûtait environ deux liards. Kittel, Spitäler, p. 15, 21.

2 D'après un calcul minutieux de Pelz, 18. Sur les denrées alimentaires et les salaires à .Xanten en 1426, voy. Beissel, Stimmen ans Maria- l.aack, 1882, cah. 2, p. 228-229. — Dans le duché de Nassau, les conditions de la vie étaient aussi très-douces pour les ouvriers et journaliers. — Voy. Arnoldi, 3\ p. 82.

3 Voy. Laurent, Aachener Stadtrechnungen, p. 7-8. — Scumoller, Fleischconsum, p. 354.

* Voy. les divers prix des objets et denrées dans l'appendice de la chronique de Burkard Zink, Chroniken der deutschen Städte, t. V, p. 438. 5 Lang, Gesch. Baireulhs, t. I, p. 59-60.

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