SALAIRES ET NOURRITURE DES DOMESTIQUES
tout aussi satisfaisante que celle des journaliers et travailleurs ruraux. Au château de Donna (Saxe), tous étaient logés et nourris; le valet d'écurie recevait par an neuf florius; l'anier, sept florins quatre gros; les filles de basse-cour, trois florins dix-huit gros, et cela à une époque où un bœuf engraissé coûtait de trois à quatre florins. A Dresde, les gages d'une cuisinière logée et nourrie étaient de sept florins quatre gros; ceux d'un marmiton, de deux florins dix gros; ceux d'un porcher, de quatre florins. Ce dernier gagnait donc le prix du plus beau bœuf ou de vingt moutons1.
A Mosbach (1483), une fille de basse-cour gagnait treize florins trente-six kreutzers par an ; un premier valet, vingt-trois florins trentesix kreutzers, et de plus cinquante-quatre kreutzers pour son habillement. Dans les environs du lac de Constance, un valet de charrue nourri et logé recevait par an dix-neuf florins trente et un kreutzers, plus « la chaussure, quatre aunes de drap et six aunes de coutil s ». En général, la nourriture des domestiques était la même que celle des journaliers, avec lesquels ils prenaient ordinairement leurs repas. Des notes relevées dans les livres de ménage du temps prouvent que partout le vin était abondamment servi sur leurs tables. Dans le contrat de location d'un valet de charrue (1506) il est expressément notifié qu'on lui donnera du vin « de bon cœur », mais non parce qu'on s'y regarde comme obligé. Une autre fois, il est dit dans le contrat d'une servante « qu'on ne s'engage point à lui donner de vin 3 ». Un règlement dressé pour les domestiques de Königsbruck porte « qu'on ne donnera ni viande ni pain au serviteur qui ne sera pas exact à l'heure du souper4 ». D'après une ordonnance concernant les jourchancelier Fortes-ue dit en parlant des ouvriers anglais du commencement du quinzième siècle : ■ Ils ont une nourriture abondante, mangent de la viande, du poisson, et sont généralement habillés de bons vêtements de laine. Leur lit et le reste des étoffes de leur ameublement sont en laine, ils ont un nombreux mobilier. En Ustensiles de ménage et autres instruments nécessaires à leur travail, ils sont très-bien fournis, chacun possède, selon la mesure de son état, toutes les choses qui rendent la vie commode et agréable. ■ Sous Henri Vin, un acte du Parlement désigne comme constituant la nourriture des classes pauvres quatre sortes de viande : bœuf, porc, mouton et veau. Mais, à partir de ce moment, les travailleur» anglais sortent de l'âge d'or pour entrer dans l'âge de fer. Les lois sur les pauvres, sous Elisabeth, ne sont qu'un trop évident témoignage de leur triste situation. Enfin, par l'introduction de limpôt des pauvres, le paupérisme est officiellement reconnu. — Voy. Hallam, Europe during the period of the Uiddle âges, part. 2, ch. ix. — Cobbett, Hisionj o/the Proiestant lieform, p. 471. — Maux, Das Capital (2e éd.), p. 745, 751. — Schmoller, Fleischconsum.
1 Falke, Geschichliche Statistik, p. 392. — A Altenbourg, en 1492, un bœuf engraissé coûtait trois florins. Lobe, p. 41. — Galletti, t. V, p. 198. — Grimm, Rechtsalter thümer, p. 357.
- Moni:, Zeitschr., t. \IX, p. 278, 393, et t. VI, p. 400.
3 Moni., Zeitschr., t. I, p. 192-193.
4 Mo.NE, t. I, p. 186, n° 30.
naliers d'Oppenheim et de quatre villages environnants, l'ouvrier n'a droit pendant l'été qu'à une mesure de vin; en hiver et au printemps, « il doit se contenter de la moitié ou des deux tiers d'une mesure1 ». A Siegbourg, le vin comptait pour l'homme du peuple parmi les premières nécessités de la vie2. A Ulm, en 1425, le conseil de la ville interdit de donner du vin aux journaliers 3.
Les abaissements de salaire imposés aux serviteurs et aux pâtres par les ordonnances légales et forçant les serviteurs à accepter des conditions d'existence toujours plus désavantageuses, datent tous du milieu du seizième siècle, ainsi que l'introduction du service domestique forcé, par lequel les colons se virent contraints de laisser leurs enfants servir chez les seigneurs, soit gratuitement, soit en échange d'un gage très-modique 4.
En résumé, les renseignements recueillis dans les diverses contrées de l'Allemagne prouvent que le salaire du travailleur ou du serviteur rural pouvait suffire non-seulement à son propre entretien, mais encore, s'il était marié, aux besoins de sa famille, c'est-à-dire de la génération grandissante des travailleurs de l'avenir. Le cultivateur ou serviteur laborieux gagnait au delà du nécessaire, et jouissait en outre de ce superflu qui procure l'indépendance et le bien-être 5.
1 Mone, t. I, p. 194-197.
2 « Les journaliers ordinaires avaient tous les jours chez le maître qui les employait du vin sur leur table. La quantité devin qu'un homme pouvait alors absorber est extraordinaire. » Voy. les Annales de la Société historique du Bas-Rhin (Cologne, 1876),cah.30,p. 140. Apropos de la grande consommation de viande et de vin d'autrefois, Henri Müller dit, dans les Curieuse Nachrichten (1550), « que les Allemands du quinzième siècle ont dû à cette alimentation leur forte structure et l'âge avancé auquel ils parvenaient ». Les renseignements sur le même sujet fournis par la Chronique de Zimmer, t. I, p. 448, sont aussi dignes de remarque. « En 1483, et même auparavant, la nation allemande avait des hommes si vigoureux, que les gens peu instruits de maintenant croiraient fabuleux les renseignements que nous pourrions donner sur ce point. »Dans un acte notarié énumérant les localités soumises au tribunal de Nassau (1431), le secrétaire rapporte que les employés ont fait comparaître devant eux les hommes de la commune, dont plusieurs avaient cent ans et au delà. Dans une déposition de témoins, l'un d'eux accuse cent cinq ans. Arnoldi, 3b, 9.
3 Jager, Ulm, p. 614.
* Voy. COLLMAN'N, Gesch. und Statistik des Gesindewesens in Deutschland. — HiLDE- BRAND, Jahrbuch, t. X, p. 244. — Schmoller, Fleischconsum.
5 Par conséquent on ne connaissait pas encore la triste nécessité de suppléer au trop modique salaire de la classe ouvrière par des taxes d'état appliquées aux pauvres.