VIE ET TRAVAUX DES ARTISANS
Vers la fin du quinzième siècle, les progrès de l'économie furent encore plus sensibles pour l'industrie que pour l'agriculture. Le travail des artisans, dans ses diverses branches et ses différents produits, atteignit alors un degré de perfection que le seizième siècle ne connut plus. A partir du seizième siècle en effet, l'industrie tomba dans un dépérissement qui alla toujours en s'aggravant.
C'est à ce même génie qui sut donner la vie à toute l'organisation du moyen âge, c'est à Charlemagne qu'on doit l'impulsion féconde imprimée à l'industrie et au commerce, impulsion qui se fit sentir durant des siècles. Ses soins minutieux et attentifs s'attachèrent au développement de tous les métiers. Il releva les utiles fabriques que les Romains nous avaient léguées, et accrut encore cet héritage par des établissements nouveaux. Dans tout domaine impérial un peu considérable, ferrons, orfèvres, cordonniers, tourneurs, charrons, charpentiers, armuriers, savonniers, brasseurs, boulangers, alôniers furent établis. C'est aux ordonnances administratives du grand empereur qu'on doit l'introduction des mineurs qui exploitèrent les premiers les mines de fer et de plomb de la Franconie rhénane, de la Souabe et de la Thuringc. Grâce à Charlemagne, les tanneurs, les fabricants de drap et de toile se multiplièrent; les teinturiers et les foulons commencèrent à embellir les étoffes tissées. Comme les domaines impériaux étaient nombreux dans les pays allemands, les règlements administratifs, à l'exécution desquels l'Empereur veillait avec une grande sévérité, couvrirent en peu de temps ses États d'un vaste réseau industriel. Pour élever ses palais, pour construire les édifices publics, il fit venir de tous côtés des tailleurs de pierre et des maçons, donnant ainsi naissance sur le sol allemand â l'art de la construction en pierre. Les architectes étrangers stimulèrent le zèle de ceux du pays : à partir de cette époque, on rencontre dans les cloitres et les abbayes un grand nombre de fondeurs, de sculpteurs et de peintres.
De même que, durant de longs siècles, les moines avaient été les premiers maitres des agriculteurs, des jardiniers, des vignerons, on les vit aussi favoriser les progrès de l'industrie. Ils élevèrent le
métier du tailleur de pierre à la hauteur d'un art. Les plus grands « entrepreneurs de maçonnerie » du moyen âge sont, à proprement parler, les évêques, et « Ton pourrait faire de la truelle l'un de leurs plus glorieux symboles héraldiques ».
Dans les premiers siècles de la fondation de l'empire allemand, un grand nombre de villes romaines furent relevées et rebâties sur les deux rives du Rhin, en Souabe et en Bavière, par les soins des évêques. C'est ainsi que, plus tard, tous les sièges épiscopaux sans exception devinrent des cités et que, pendant longtemps, l'idée d'une ville resta inséparable de celle d'un évêché. Dès qu'un évêque prenait possession d'une cité, l'industrie y était en même temps introduite, et les foires, les marchés qui venaient se rattacher aux fêtes religieuses, assuraient aux échanges du commerce une activité, une extension toujours croissantes l. Les résidences royales des temps carolingiens devinrent aussi le point de départ des villes que, plus tard, les princes élevèrent dans leur voisinage. Les progrès les plus rapides, le plus riche épanouissement du commerce et de l'industrie se manifestèrent dans les pays du Rhin et du Danube, dans les villes datant de l'époque romaine, qui renfermaient à la fois un siège épiscopal et un palais; Mayence, Cologne et Ratisbonne brillèrent au premier rang dès les commencements du moyen âge; vinrent ensuite, dans l'Allemagne du Sud : Augsbourg, Nuremberg et Ulm, et dans l'Allemagne du Nord : Brème, Hambourg, Lübeck et Danzig. L'activité industrielle était, depuis le quatorzième siècle, presque exclusivement concentrée dans les villes, et restait inséparablement associée à la vie communale.
Toute ville, au point de vue des relations sociales, formait alors une association indépendante, exclusive; ses membres, reliés entre eux par des devoirs et des services réciproques, constituaient une sorte de grande famille, à la prospérité de laquelle son administration ne devait pas veiller avec un moindre soin que le père de famille ne veille à tout ce qui regarde les intérêts de ses enfants. Cette sollicitude était regardée comme le devoir le plus essentiel de l'autorité, et n'avait pas seulement trait à la vie morale, mais encore à la vie matérielle. « En vue des besoins et des intérêts de tous », eu égard aux conditions d'existence particulières à chaque ville, le conseil surveillait les produits du travail, le partage et l'écoulement des denrées, réglait le prix de vente et inspectait le débit. Pour assurer à chaque habitant dans le territoire de la cité les choses nécessaires à la nourriture, à l'habillement, au loyer, on s'arrangeait de
1 Voy. Arnold, Hecht und Wirthschafl nach getchichtl. Ansicht, p. 82-83.