‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 176 sur 630 · EPANOUISSEMENT DU SYSTEME CORPORATIF · texte numérisé non relu

EPANOUISSEMENT DU SYSTEME CORPORATIF

En même temps que les tisserands, nous voyons paraître les teinturiers : teinturiers de noir, de couleur, teinturiers de guède. La grande culture de chardons et de guède d'Erfurt alimentait les fabriques de drap et les teintureries de la ville. Comme le cuir et la fourrure étaient beaucoup plus employés qu'aujourd'hui dans les habits, les corporations des tanneurs et des pelletiers étaient florissantes. Les cordonniers et tailleurs s'y rattachaient, et, pour la confection de gants et de chausses en laine et en cuir, les gantiers et les chaussetiers. Les cordonniers se divisaient en différentes catégories : maîtres du neuf, savetiers et pantoufliers. Les tailleurs se séparaient aussi quelquefois en tailleurs de vieux, tailleurs de neuf.

Les bouchers, pêcheurs, jardiniers, tonneliers, brasseurs, encaveurs satisfaisaient aux besoins de l'alimentation publique. Les hôteliers formaient quelquefois une association spéciale et, dans les grandes villes, se divisaient même en aubergistes des nobles, aubergistes des bourgeois et gargotiers '.

Le travail était surtout divisé parmi les ouvriers en métaux. Les maréchaux, couteliers, serruriers, chaîniers, cloutiers formaient des corporations séparées. Les armuriers se partageaient en heaumiers, écussonniers, cuirassiers, polisseurs et lormiers. Quelquefois une catégorie spéciale d'ouvriers s'attachait à la fabrication de chaque pièce séparée d'une armure, ce qui explique le fini, la perfection que nous admirons souvent dans le plus simple équipement. Beaucoup d'armures conservées jusqu'ici sont de véritables œuvres d'art.

L'art et le métier étaient si étroitement unis dans les industries si variées des orfèvres d'or et d'argent, des chaudronniers, des ouvriers travaillant la pierre et le bois, que leurs produits divers intéressent autant l'histoire de l'art que celle de l'industrie.

Les corporations des maçons et des architectes avaient plus d'importance que toutes les autres, et, dans l'Europe entière, les Allemands passaient pour les « premiers constructeurs du monde ».

« Si quelqu'un veut faire exécuter une œuvre d'art en airain, en pierre ou en bois », écrivait en 1484 Félix Fabri (d'Ulm), « il la confie aussitôt à un Allemand. J'ai vu faire chez les Sarrasins, par les orfèvres, joailliers, tailleurs de pierre et carrossiers allemands, des choses merveilleuses. Ils surpassent les Grecs et les Italiens. L'année passée, le sultan d'Egypte a mis à profit le conseil, l'habileté artistique et le travail intelligent d'un Allemand, et le port d'Alexandrie a été entouré d'une muraille qui fait l'étonnement de tout l'Orient. » Fabri vante encore une autre industrie allemande. « L'Italie, dit-il,

1 II en était ainsi à Baie, Nuremberg et Ulm. Voy. Maurer, Städicver/assung , t. II, p. 469-470.

31i ÉCONOMIE SOCIALE.

le plus célèbre pays de la terre, n'a de pain qui ait du goût et qui soit sain et agréable, que celui qui est préparé par les boulangers allemands. Aussi le Pape et les prélats, les rois, les princes, les grands seigneurs mangent-ils rarement de pain qui ne soit cuit à la manière allemande. Pour la préparation des biscuits, aliment de première nécessité dans les guerres de terre et de mer, les Vénitiens n'emploient dans les paneteries de l'Etat que des boulangers allemands, dont ils vendent les produits en Illyrie, en Macédoine, sur les bords de l'Hellespont, en Grèce, en Syrie, en Egypte, en Libye, en Mauritanie, en Espagne, en France, jusque dans les Orcades, ainsi que dans les ports de mer anglais et allemands i. »

Les corporations devaient obéissance aux autorités communales. Elles étaient obligées de leur soumettre leurs statuts et ordonnances. Lorsqu'il survenait quelque querelle entre les membres d'une même corporation, ou avec ceux de corporations différentes, le conseil des villes remplissait les fonctions d'un tribunal de commerce; il édictait les lois commerciales après s'être entendu avec les syndics des corps de métiers, faisait des règlements pour les marchés, se chargeait de la police commerciale, fixait le prix des diverses marchandises, surveillait les produits et avait soin qu'il ne s'y glissât ni falsification ni fraude. Jusqu'au seizième siècle, on peut constater le loyal et mutuel effort qui sans cesse se renouvelle pour maintenir l'équilibre entre le pouvoir des autorités et celui des corporations, la libre administration et le droit de contrôle, la liberté corporative et l'unité de la commune. Dans les choses qui regardaient exclusivement les intérêts du corps de métier, le libre gouvernement des syndics ne connaissait, pour ainsi dire, nulle entrave 2. Les œuvres d'art les plus parfaites de l'architecture et de la sculpture de cette époque, où nous admirons un principe d'unité maintenant avec harmonie et puissance l'idée principale, tout en permettant l'indépendance et la variété des détails, nous semblent le vivant symbole de la vie industrielle à cette époque '.

1 Voyez Mascher, p. 263-264. — Herberger, Augsburgs Industrie, p. 44. L'Italien Paul Jove assure que ses compatriotes faisaient venir d'Allemagne leurs architectes, peintres, sculpteurs, tailleurs de pierre, graveurs sur cuivre, mécaniciens, géomètres et architectes hydrauliques. Voy Fischer, Gesch. des deutschen Handels, t. II, p. 506. « Le quinzième siècle, dit Schmoller, p. 497, fut une période brillante pour l'art allemand; il excitait l'admiration des nations voisines, et sous le rapport artistique, nous en sommes réduits à considérer aujourd'hui cette période comme un paradis perdu. »

8 Voy. Schönrerg, p. 13-23. — Maurer, Städteverfassung, t. II, p. 428-435. — Gierke, t. I, p. 371-378. — Schmoller, Strasshurg zur Zeit der Zunflkümpfe, p. 65-67. — Meyer, Slrassburger Goldschmiedezunfl, p. 160.

3 Voy. Lancizolle, p. 74.

Page 1