CORPORATIONS MINIÈRES
ment aux ouvriers et aux serviteurs une partie de leur salaire ou de leur nourriture, on en l'ait des voleurs domestiques ou des brigands de grands chemins1. » Les mineurs qui tombaient malades ou devenaient incapables de travailler étaient souteuus par la caisse de secours de la corporation minière administrée par les doyens de la compagnie ou par des employés de la mine. Les veuves et les orphelins recevaient sur cette caisse de quoi subvenir à leurs besoins, et cela, non à titre de secours charitable, mais comme une pension justement due8.
L'exploitation des mines est une industrie tout allemande. Elle se perfectionna en se développant, et devint le modèle de toutes les entreprises analogues des autres pays. En Bohème, les mineurs allemands étaient en majorité 3. C'est un Allemand qui découvrit les filons de cuivre écossais et introduisit en Ecosse l'art de l'exploitation minière *. En 1-152, le roi d'Angleterre fit venir nos mineurs de Misnie, d'Autriche et de Bohème pour exploiter les mines royales5. Il est probable qu'en France aussi les Allemands furent initiateurs, car la plupart des termes qui se rapportent en français à l'exploitation des mines sout d'origine allemande.
En Allemagne, les travaux des mines créèrent peu à peu des vallées animées, des villes florissantes là où n'était jadis que la solitude des montagnes et des bois 6, et enrichirent à la lois princes et ouvriers. Au moyeu âge, l'exploitation minière était considérée comme une « occupation divine, honorable et juste », les mines pas-
1 Voy. Weiske, Aufsatz über den Bergbau die Cliristl-socialen Blätter (1875), n0' 49 et 50. Du même auteur. Der Bergbau und das Bergregal. (Eisleben, 1845.) 1 Voy. ACHEN'bacii, Die deutschin Bergleute der Vergangenheit, p. 89-92.
3 Fischer, Gesch. des Handels, t. II, p. 319-320.
4 Lesle, De BebusScol., p. 430.
5 RYMER, Fondera, t. XI, p. 317.
8 Sur les villes minières, voy. Moscn, Zur Geschichte des Bergbaues in Deutschland, t. Il, p. 223. « Apres qu'en 1471 on eut. découvert la riche mine de Sclineebergen Saxe, la ville du même nom s'éleva tout à côté comme par enchantement. Le pays environnant fut exploité et fouillé par suite de l'affluence des mineurs. C'est avec la môme rapidité que .loachimsthal, en Bohême, devint une ville prospère après que la mine actuelle y eut été pour la première fois mise en exploitation (1516). On assure que huit mille mineurs s'y rassemblèrent. Ces précédents et d'autres semblables n'ont d'autre équivalent dans les temps modernes que la prompte création de villes nouvelles dans les terres aux riches minerais de la Californie et de la Nevada. Mais en Allemagne des lois pratiques et libérales furent promptement appliquées aux villes ainsispontanémenteréées, et dans un temps relativement court ces lois furent adaptées aux nouveaux centres industriels. » Achenbach, Die deutschen Bergleuten der Vergangenheit, p. 83. Le principe de la liberté de la mine régna d'abord en Allemagne, permettant à chacun la fouille des minerais précieux et garantissant à celui qui découvrait un bon filon une propriété certaine en des limites précises. Cette liberté des mines, qui fut incontestablement un levier puissant pour leur prospérité, remonte en Allemagne à la fin du douzième siècle.
saient pour l'un des plus grands et utiles présents fait par le Tout- Puissant aux pays allemands, non-seulement à cause des trésors d'argent, d'or, de cuivre, d'étain, de fer, de plomb, de vif-argent qu'elles contenaient, mais surtout parce que, grâce à elles, plus de cent mille Allemands ' trouvaient leurs moyens d'existence. « Les travaux des champs et des mines », dit Georges Agricola, « sont également dignes de respect, parce qu'ils enrichissent sans faire tort à personne. Souvent la guerre, même lorsqu'elle est juste, enrichit aux dépens des innocents. Les receveurs d'impôts et les marchands s'attirent la haine populaire s'ils font des profits considérables, et ne font point fortune s'ils sont modérés. Au lieu que, sans léser personne, nous tirons du sol bien travaillé des bénéfices abondants. Les mines rapportent encore davantage*. »
« Parmi les richesses actuelles de l'Allemagne », écrivait Éncas Sylvius en 1458, « les filons d'or et d'argent découverts récemment tiennent une fort grande place. Les mines des monts Kutten en Bohême; en Saxe, celles du mont Rammel; en Misnie, celles des Freiberger, Geisberg et Schneeberg ont montré d'inépuisables veines d'argent. Dans les vallées de l'Inn et de l'Ens, près de Saint- Léonard et dans le comté de Styrie, les ducs d'Autriche ont aussi découvert des mines fécondes. Le Rhin roule de la poussière d'or, et la Bohême possède des fleuves où les Taborites trouvent des grains d'or de la grosseur d'un pois. L'Allemagne possède en abondance le fer, le laiton, le cuivre, et reçoit l'or de la Hongrie3. »
La mine d'argent découverte dans l'Erzgebirge (1471) était l'une des plus productives de l'Allemagne. Dans les premières années, elle rapporta environ 352,000 quintaux d'argent. Le syndic minier faisait faire des tables et des chaises avec la matière brute. Le duc Albert de Misnie se fit un jour servir son repas dans un minerai d'argent pesant 400 quintaux. Souvent, au lieu de payer les mineurs en argent monnayé, on leur donnait leur salaire sous forme de gâteaux d'argent *. Entre 1490 et 1500, on tira des mines de Glashütte et de Schreckenberg, dans la région méridionale de l'Erzgebirge, un produit net de 24,838 florins du Rhin. Les mines d'étain d' Altenberg rapportaient annuellement (entre 1490 et 1500) cinq à six mille quintaux d'étain. On tira, entre 1476 et 1499, au moins 125,000 thalers des mines d'argent de 1' Annaberg; en 1505, le produit s'éleva à
1 Voy. BucunoLTZ, t. Vllf, p. 245.
* Voy. ROSCHEU, Gesch. der Nalionalölconomik, p. 49-.r.O.
3 De ritu, situ, moribus et conditione Germaniœ descriptio, dans l'édit. des OEuvret SMruat Sylviiu, Haie, 1053-1086.
* Fischer, t. II, p. 481. — Gmf.lin, Bcytriïge zur Geschichte des deutschen Bergbaus, p. 306. En 1478, une fouille de trois mois rapporta deux tonnes d'or.