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LA HAÏSSE ALLEMANDE

d'une manière si grandiose, à l'intérieur de noire pays, au nord et à l'ouest, beaucoup de villes commerçantes entraient aussi dans une étroite ligue défensive et offensive pour le maintien de la paix, la sécurité des échanges, la régularisation des questions judiciaires, les douanes et le change. C'est ainsi que se forma peu à peu l'Union générale des villes, société fondée sur la libre alliance de toutes les compagnies commerciales appartenant d'origine et de droit à la basse Allemagne. De l'union de cette confédération avec la Hanse générale existant déjà à l'étranger, naquit la célèbre Ligue Hanséatique, où entrèrent peu à peu toutes les villes de l'Allemagne du Nord, depuis Riga jusqu'aux frontières de Flandre, et, au sud, jusqu'au pied des montagnes de la Thuringe.

La Hanse était divisée, comme le « Komtoor » de Bruges, en sections, ou « quarliers » dont les limites et l'étendue variaient fréquemment. Elle fut enfin définitivement partagée en quatre quartiers. Lübeck était le centre du quartier wende; Cologne, du quartier rhénan; Brunswick, de la Saxe, et Danzig, de la Prusse et de laLivonie. En dehors de la Hanse, les villes du duché de Clèves, de Westphalie, de Gueldre, de Frise, de Poméranie, etc., formèrent des associations particulières.

La Hanse représentait les marchands allemands à l'étranger, défendait les droits des compagnies commerciales, assurait et multipliait leurs libertés, veillait à la sécurité marchande sur les mers en appareillant des vaisseaux destinés à combattre les pirates, réglait tous les intérêts commerciaux, posait, en un mot, par l'exercice de sa vaste autorité les premières assises d'un droit commercial universel. Jouissant d'un pouvoir législatif sans restriction dans les questions de commerce et de marine marchande, jugeant et punissant à l'intérieur de son administration, y maintenant la paix et la justice, elle formait un vaste Etat dans l'État. Cependant elle nuisait auvsi peu au pouvoir et à l'unité de l'Empire que, dans un cercle plus restreint, les corporations et unions marchandes nuisaient au pouvoir et à l'unité des villes. Bien que la Hanse ne s'appuyât point sur l'État, ses sentiments envers l'Empire étaient pleins de dévouement. Les armes qu'elle s'était choisies suffiraient presque à nous le prouver. A côté de la clef des armoiries de Novogorod; à côté de la morue de celles de Bergen, apparait dès le quinzième siècle le demiaigle double; les armes du Stahlhof de Londres et du Komtoor de Bruges portent l'aigle tout entier '.

1 Voy. les armoiries dans le second vol. de Sartorius, Gesch. der Hansa. — Scqlözeh, Verfall und Untergang der Hansa, p. 80-82,

350 ÉCONOMIE SOCIALt.

C'est au quinzième siècle que la Hanse atteignit son plus haut degré de puissance. Son autorité commerciale s'étendait en Russie, en Suède, en Danemark, en Norvège, en Angleterre et en Ecosse, en France, en Espagne et en Portugal, dans tout l'intérieur de l'Allemagne, en Liîhuanie et en Pologne. La Russie et les pays Scandinaves lui étaient, commercialement parlant, entièrement assujettis. Quant à l'Angleterre, au même point de vue, elle se trouvait vis-à-vis de l'Allemagne dans la situation où l'Allemagne est actuellement visà-vis d'elle '.

Entre les villes hanséatiques Danzig tenait le premier rang et avait su conquérir une importance universelle. Dès le commencement du quinzième siècle, cette ville était en rapport direct avec tous les pays entrés par leur marine marchande dans le réseau hanséatique, et s'était frayé des voies particulières en Lithuanie, en Pologne et en Hongrie. Ses marchands tiraient des pays Scandinaves le fer, le cuivre, la pelleterie, les poissons, la résine, la poix, le goudron, plusieurs sortes de bois, et y importaient surtout le drap fin, les soieries, le velours, les métaux, le froment, le seigle, le lin, le chanvre, le houblon, l'huile, les vins d'Espagne et du Rhin, les épices et la toile 9. De Lisbonne, ses vaisseaux exportaient du bois, de la farine, de la bière, des poissons séchés, et y apportaient du sel, du liège, de l'huile, des figues, des oranges, des vins fins et des fourrures précieuses. Protégés par le gouvernement portugais, les marchands de Danzig exportaient aussi du bois de construction pour les navires J. Leur commerce était très-actif sur les rives de la Galicie et les bords occidentaux de la France, surtout à Baie 4, port situé au sud de Nantes, d'où ils tiraient, entre autres marchandises, le fameux sel du pays. En 1474, soixante-douze vaisseaux de Danzig abordèrent en Bre-

1 Voy. Kisselbach, Der Gang des Welthandels, p. 235. — Les marchanda des hanses anglaises étaient appelés Easterlings ou marchands de l'Est, par opposition aux marchands de l'Ouest, c'est-à-dire aux Belges et aux Hollandais. Le mot sterling ou livre sterling est une abréviation à'easterling, parce que pendant longtemps tout l'argent qui circulait en Angleterre provenait de la Hanse. — List, Gesammelte Schriften, t. III, p. 37.

2 Sur le commerce hanséatique avec la Russie et les pays Scandinaves, voy. aussi Beer, Allgcm. Gesch. des Welthandels, t. I, p. 253-261.

1 Voy. IllKSCU, Dantzigs Hundclsgesckichte, p. 271-272.

4 Voy. Hibsch, p. 90-92, et ses observations sur ce sujet dans W Chronique de

Wcinreich, t. VIII, note 3.

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