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LA HANSE ALLEMANDE

tagne, et cinquante et un de ses navires mouillèrent à la fois à l'embouchure de la Vistule1. Le commerce avec l'Angleterre formait pour Danzig la plus importante branche d'échanges2. Elle y importait ses céréales, ainsi que les bois de construction des rives de la Vistule, et exportait les laines anglaises. Danzig envoyait souvent en Angleterre de six à sept mille vaisseaux chargés de blé, et exportait la laine et les fourrures. Ses marchands apportaient à la Flandre différentes espèces de bois et de céréales, et en rapportaient, surtout de Bruges, centre commercial de tous les peuples, les produits variés de l'industrie universelle. Le commerce de Danzig avec la Hollande était si considérable que rien qu'en une seule année (1481), onze mille de ses navires, grands et petits, y apportèrent du blé. Les Hollandais, de septembre 1441 à mai 1447, par conséquent en l'espace de cinq ans et demi, payèrent à la ville de Danzig plus de douze millions, c'est-à-dire, d'après la valeur actuelle de l'argent, environ cent vingt millions de thalers 3. Danzig formait de véritables flottes, composées de trente à quarante navires, et chacune d'elles, de par l'autorité de la ville, était suivie de vaisseaux de guerre destinés à la protéger.

Une discipline sévère régnait sur les navires hanséat iques. Lorsqu'un bâtiment avait atteint la pleine mer après une demi-journée de traversée, le capitaine rassemblait tous les marins et voyageurs, et leur tenait le discours suivant : « Nous voici entre les mains de Dieu. Nous sommes livrés aux vents et aux vagues, nous aurons à partager les mêmes périls; c'est pourquoi, ici, tous doivent être égaux : nous aurons peut-être à affronter des ouragans soudains, la rencontre de pirates; des dangers sans nombre nous menacent au milieu des flots redoutables. Aussi notre voyage ne pourrait-il bien s'effectuer si nous ne commencions par établir une ferme discipline. Avant tout, prions. Chantons à Dieu de pieux cantiques; obtenons du Seigneur un bon vent et une heureuse traversée; ensuite, selon le droit marin, nous nommerons des échevins pour le maintien de la justice. » Alors, avec l'assentiment des assistants, on procédait à l'élection d'un bailli, de quatre échevins, d'un justicier chargé de punir ceux qui seraient en faute, et d'autres fonctionnaires encore. Puis la loi marine était proclamée : « Il est interdit de jurer par le nom de Dieu, de prononcer le nom du démon, de

1 Ilinscn, dans la Chronique de U'einreich, t. VIII.

s Sur le commerce anglais à Danzig, voy. : Hirsch, Dantzigs Handelsgcschicktc, p. 98-116.

3 IIiRScn, Dantzigs Handelsgcschichtr, p. 98-116. En H28, cent seize vaisseaux hollandais et anglais entrèrent à Danzig. — Voy. Ropp, Hanserecesse (Leipzig, 1876), vol. I, IX, note 1.

s'endormir pendant la prière, d'aller et venir avec des lumières; de gaspiller les denrées alimentaires; d'empiéter sur les droits du cabaretier; de jouer aux dés ou aux cartes après le coucher du soleil; d'empêcher le cuisinier de bien remplir ses fonctions; d'entraver les manœuvres des matelots, le tout, sous peine d'amende. » On menaçait de sévères punitions corporelles ceux qui dormiraient au lieu de faire le quart, feraient du tapage à bord, sortiraient leurs armes de leurs fourreaux, causeraient, en un mot, quelque désordre. Lorsque la traversée approchait de sa fin, le bailli et les échevins réunissaient de nouveau l'équipage; le premier se démettait de sa charge en disant : « Pardonnons-nous mutuellement tout ce qui s'est passé pendant la traversée; regardons-le comme mort et non avenu; nous avons rendu les sentences nécessaires dans un esprit de justice et d'équité; aussi, je demande à chacun, en toute loyauté, d'oublier l'inimitié qu'il pourrait avoir conçue pour un autre, et de jurer, sur le sel et le pain, de n'y plus jamais songer avec amertume. Cependant celui qui se croirait lésé dans ses droits peut, d'après l'ancien usage, porter plainte devant le bailli du bord et réclamer justice avant le coucher du soleil. » Chacun mangeait ensuite le pain et le sel; on renonçait mutuellement à toute rancune; une fois le vaisseau entré dans le port, le tronc contenant les amendes était confié au bailli, afin qu'il en distribuât le contenu entre les pauvres.

L'importance des navires de Danzig, calculée d'après les charges de céréales ou d'après les tonneaux, peut s'apprécier par les chiffres suivants : ils étaient de quarante à douze cents tonneaux et recevaient de soixante à trois cents charges de blé. Le fameux Pierre de Danzig porta même jusqu'à deux mille deux cent cinquante charges de sel (1474); il avait souvent à bord quatre cents hommes d'équipage. Pourvus de gaillards d'avant solides, quelquefois même doubles, les plus importants navires de Danzig faisaient en même temps le service de marine de guerre et de marine marchande '. Danzig, utilisant avec intelligence ses richesses forestières, déploya pour la construction des vaisseaux une activité remarquable. Aussi les bâtiments sortis de ses chantiers étaient-ils très-recherchés, ainsi que toute matière brute ou fabriquée destinée à la marine et provenant de ses ateliers.

Danzig, dans la plupart de ses opérations commerciales avec l'étranger, était associé à Lübeck s, ou du moins aidé de sa coopération. Lübeck devait toute sa richesse commerciale à ses vastes échanges avec Riga, Revel, Dorpat, Novogorod et les villes russes, échanges dont le monopole lui fut longtemps conservé. C'est

1 Voy. J. D., ll'undercr's Reisebericht, dans les Arch. de Francfort de FiCH.vnD, t. II, p. 245.

* HIRSCH, Dartizig's Hand.lsjcschichle, p. 133.

par le canal de Lübeck que les matières premières russes, ainsi que les produits des plaines de la Pologne et de la Litliuanie (bois, goudron, fourrures communes et fines, cuirs et cuivre, cire, miel, graisse, viande, céréales et lins), étaient importés en Occident, et que les produits naturels et les œuvres d'art d'Allemagne, de Flandre et d'Angleterre étaient exportés dans le Nord. La célèbre bière de Lübeck s'expédiait dans tous les pays du Nord, et la prospérité commerciale de cette ville allait toujours en croissant. Les étrangers y affluaient. C'était, parmi les ports de la Baltique, le centre principal de ces grandes caravanes de marchands, d'artisans, de chevaliers, de voyageurs de toute condition, qui, jusqu'au seizième siècle, se rendaient tous les ans en Livonie '. « Lübeck possède de telles richesses, un si grand pouvoir », écrivait ^Eneas Sylvius en 1458, « que le Danemark, la Suède et la Norwége sont accoutumés à élire et à déposer les rois sur un signe d'elle 2 ».

Le commerce de Breslau avait aussi une grande importance. Par ses relations avec Vienne et Presbourg, il mettait la Belgique en communication avec le Danube, atteignait l'Elbe supérieur en passant par Prague, Brème et Leipzig, descendait les pentes de l'Allemagne du Sud jusqu'à l'Oder, et là, partageait avec Stettin l'empire commercial du pays 3.

Les villes rhénanes saxonnes, celles de la haute Allemagne et de l'Allemagne du Sud, avaient aussi un commerce florissant : « Cologne, par ses vastes affaires et ses inestimables richesses », dit Wimpheling, « est la reine du Rhin. Que dirais-je de Nuremberg qui entretient des relations avec presque tous les pays de l'Europe et débite au loin son orfèvrerie d'or et d'argent, ses ouvrages artistiques de cuivre, de bronze, de pierre et de bois? On peut à peine se faire une juste idée de sa richesse, et j'en dis autant d'Augsbourg. La ville d'Ulm, bien moins importante, tire, dit-on, de son commerce plus d'un demi-million de florins par an 4. Les villes alsaciennes font de magnifiques affaires, et Strasbourg surtout est extraordinairemcnt riche 5. »

1 Falke, Gesch. des deutschen Handels, t. I, p. 176-178. — Schlözer, Verfall der Hansa, p. 75, 100.

2 Voy. Schlözer, p. 74.

3 KlüDEN, Gesch. des Oderhandels (1852). — Falke, Gesch. des deutschen Handels, t. I, p. 181.

4 Ce chiffre n'est pas exagéré. — tàger, Ulm, p. 376-377-387. Ulm avait le plus célèbre commerce de vins de l'Allemagne du Sud, et vendait surtout les vins rouges et blancs du Rhin que ses marchands achetaient surplace. — Jäger, p. 715-717.

5 A la fin de son traité : De arte impressoria. En 1507, l'Italien Vettori disait à propos de Strasbourg : Argentina ha tanto d'entrata, que dicono aver congregato in communita moite centinaja di migliaja di fiorini. • Il n'y a point de

Par Strasbourg, Colmar et les petites villes de l'Alsace, par Bâle, Constance et Genève, le commerce allemand s'étendait jusque dans l'intérieur de la France, et par Marseille jusqu'aux rives de la Méditerranée. Du Rhin, au nord, il descendait jusqu'à l'embouchure du fleuve; du nord-est de l'Allemagne, en passant par l'Allemagne centrale, il pénétrait dans les contrées de l'Elbe et de la Baltique; à l'ouest, par les villes de Franconie et de Saxe, il prenait possession des pays danubiens; au sud, par les Alpes suisses, il gagnait Gênes, Venise, Milan, Lucques, et Florence. Enfin, par les passages des Alpes suisses et tyroliennes, les marchands de l'Allemagne du Sud formaient le point de jonction entre l'Europe du Sud, le nord-est de l'Empire et les populations slaves qui en marquent la limite.

Pour faciliter les communications, un service de messagerie reliait entre elles un grand nombre de villes de commerce. On avait établi à Danzig des courriers réguliers pour les correspondances commerciales. Dès le quatorzième siècle un service semblable rattachait Augsbourgà Venise. Il était confié aux « officiers messagers », fonctionnaires nommés par le conseil, et formant une corporation particulière '.

Le commerce de l'Allemagne avec Venise avait une importance

ville en Allemagne >, dit Machiavel, « qui n'ait un trésor public, et tout le monde sait que Strasbourg; possède à elle seule plusieurs millions de florins. » Opère, IV, p. 153. Érasme disait que Strasbourg était si riche, qu'au lieu de l'appeler Argentoratus, la ville d'argent, on devait la nommer Aurata, la ville d'or.

— Voy. Schmoller, Strassburg, zur Zeit der Zunftkämpfe, p. 68. — Voy. Falke, II, 363, 364.

1 Greiff, Tagebuch von Lucas Rem, p. 77, — En 1444, trois « coureurs » furent pillés et assassinés sur la grand'route entre Cöslin et Colberg. — IIirsch, Danttigs HandelsgescUchte, p. 221. Un messager, envoyé à Bâle par les marchands de Nuremberg, fut pillé et maltraité près de Ehingen (1436). — Roth, Gesch. des Nürnberger Handels, t. I, p. 176, et t. IV, p. 273. Dans beaucoup de villes de l'Allemagne du Sud, le service des postes était confié à la corporation des bouchers, qui, ayant souvent des livraisons à faire aux environs, se chargeaient d'y porter les lettres. Leurs messagers voyageaient à cheval ou en voiture, et annonçaient leur arrivée ou leur départ en sonnant du cor, origine du cor que les bouchers avaient quelquefois dans leurs armes de corporation. De là, probablement aussi, l'origine du cor des postillons. — Voy. Flegler, Geschichte der Posten (Nuremberg, 1858), p. :8-29. Les postes bouchères continuèrent dans une partie de l'Allemagne jusqu'au dix-septième sièele. —Voy. Haberlin, Handbuch des deutschen Staatsrechtes, t. III, p. 80, et Stangel, Das deutsche Poslwesen (Stuttgard, 1844), p. 15-17. Dès la fin du quatorzième siècle, l'ordre Teutonique de Prusse avait organisé un service de poste complet. Le premier maréchal de cavalerie, qui habitait à Marienbourg, résidence du grand maître, remplissait en même temps les fonctions de premier maître de poste et inspectait les postillons qui parcouraient à cheval les routes postales. Dans chaque maison de l'ordre, le commandeur, en sa qualité de maître de poste, devait surveiller l'échange régulier des correspondances, ainsi que les messagers qui en étaient chargés.

— J. Voigt, Das Stilleben des Hochmeisters des deutschen Ordens, und sein Fürstenhof, dans le Histor. Taschenbuch de Raumer, t I, p. 218-221. — Flegler, p. 30. L'organisation des postes ne vient nullement du Tyrol. Sa formation sous Maximi-

tout à part. L'établissement que les Allemands y avaient fondé, le Fondaco ou Fonteyo, comparable en importance depuis sa reconstruction (1505) à la maison et aux magasins de la hanse d'Anvers, comprenait, outre les boutiques et les entrepôts de marchandises, les logements de nos marchands, et servait aussi d'auberge aux voyageurs et aux pèlerins '. Au quinzième siècle, à l'époque où le commerce était le plus florissant à Venise, il arrivait souvent qu'une centaine de marchands allemands s'y trouvassent réunis. « J'y ai séjourné quelque temps », raconte dans ses souvenirs de pèlerinage le chevalier Arnold de Harff (1497), < et j'y voyais tous les jours expédier de tous côtés quantité de marchandises (épices, soieries, etc.). A Venise, chaque ville a son propre comptoir. J'y vis ceux de Cologne, de Strasbourg, de Nuremberg, d'Augsbourg, de Lübeck et d'autres cités impériales. Nos marchands m'ont assuré que leur établissement rapportait parfois à la seigneurie 100 ducats de bénéfice net par jour s, abstraction faite des marchandises achetées et bien payées dans la ville. » Félix Fabri évalue à 20,000 ducats les droits de douanes prélevés annuellement par Venise sur les marchandises exportées en Allemagne (1484). « Outre cela », dit-il, « plus d'un ballot échappe aux douaniers et s'expédie derrière leur dos 3. » « La maison de commerce des Allemands », rapporte le voyageur italien Pietro Casola, « était si bien fournie, qu'elle eût été en état de satisfaire à elle seule aux besoins de toute l'Italie. » Sanuto assure que pendant le seul mois de janvier 1511, les marchands allemands établis à Venise achetèrent pour 140,000 ducats d'épices, de sucre et d'autres denrées *. Les principaux articles exportés en Allemagne étaient : les épices, les figues et autres fruits du Midi; le poivre, le drap, les couvertures de soie, les étoffes précieuses tissées de fil de soie et d'or, le sucre et les verreries. Les Allemands, de leur côté, importaient à Venise et dans toute l'Italie leurs minéraux, fer, cuivre, plomb, étain, or et argent, et, en fait de produits

lien I" se relia, par l'intermédiaire des Pays-Bas, à l'organisation française. — Voy. Flegler, p. 33-35.

1 11 existe encore, dans la partie la plus animée et la plus commerçante de la Tille, au Canal Grande, près du pont de Kialto.

a De péages et diverses taxes. — Arnold von Hauff, Pilgerfahrt, p. 41.

' Ex hoc fontico tantae merces emittunturin Alemaniam, quod nemo credit. Nam de publicis mercibus egredientibus reiipiunt Veneti per annum ultra XX millia ducatorum pro telonio, demtis privatis minutis et furtivis mercibus, quae noctibus educuutur vel aliis rebus ignobilioribus commiscentur. • Evagatorium, t. III, p. 432.

* Voy. W. IIeyd, Das Haus der deutschen Kaufleute in Venedig, dans le Zeitschrift de Sybel, t. XXXII, p. 193-220. — Ennen, Die Stadt Köln und das Kaufhaus der Deutschen in Venedig, dans le Alonastchrift de Pick, für rheinisch-westfälische Gechichtsforschung, t. I, p. 105-138. — Voy. la description du Fontego dans Tentori, Saggio sulla storia di Venezia, par Mone, Zeitschrift, t. V, p. 5.

fabriqués, du cuir, de la corne, des lainages, des toiles et des fourrures de toutes sortes.

Parmi les villes rattachant à l'Allemagne le commerce de Venise, Ratisbonue, Augsbourg, Ulm, Nuremberg et Lübeck étaient au premier rang. Jusqu'au seizième siècle, et même après que le commerce eut perdu beaucoup de son ancienne splendeur, les Augsbourgeois envoyaient encore les jeunes gens à Venise comme à une haute école de science commerciale. Les Fugger, Welser, Baumgartner, Herwart, Rem et autres y avaient des comptoirs '.

Ce n'était pas seulement quelques villes isolées qui s'efforçaient d'étendre « le commerce du Saint-Empire » jusqu'à la Méditerranée et cherchaient à en faire le point central des échanges entre le nord et l'est de l'Europe : toute la bourgeoisie de la haute Allemagne, les villes des frontières de France au delà du haut Rhin, depuis les Vosges, le long du Mein et du Danube jusqu'à la frontière hongroise, prenaient part avec le même zèle et la même persévérance à cette vaste ramification.

Les habitants de la haute Allemagne, les Alsaciens, les populations du haut Rhin et des rives du lac de Constance 2; les Allemands de Franconie, de Bavière, des possessions héréditaires d'Autriche, entretenaient les relations commerciales les plus animées avec l'Italie et le Levant, source principale de leur richesse et des progrès de leur industrie 3.

Jusqu'à la fin du quinzième siècle, l'Allemagne fut le foyer du commerce universel, l'entrepôt et le marché du monde entier pour les matières premières aussi bien que pour les produits fabriqués. Par la Ligue hanséatique, non-seulement elle dominait le commerce de la Baltique et de la mer du Nord, mais encore, possé dant la clef de tous les défilés et passages des Alpes, elle rattachait à son courant d'affaires les réseaux commerciaux aboutissant à la Méditerranée. Francfort-sur-le-Mein était le centre des échanges de la haute et basse Allemagne. « A la foire de Francfort », écrit Jérôme Münzer (1495), « les marchands flamands, hollandais, anglais, polonais, bohémiens, italiens, français affluent de tous côtés. De presque toutes les contrées de l'Europe on les voit apporter leurs

1 Le Journal de Lucas Rem, publié par Greiff, et qui s'ouvre en 1494, ne nous offre pas seulement un brillant témoignage de l'ancienne splendeur et importance du commerce d'Augsbourg, il nous présente aussi le tableau attachant de la vie et des habitudes d'un marchand allemand à cette époque. Sur le commerce de Nuremberg avec l'Italie, voy. Roth, t. I, p. Jll-114, 271. — Voy.

Klf.IN'SCHMIDT, Augsbourg, Nuremberg und ihre Handelsfürslen im fünf zehnten und sechzenten Jahrhundert (Casscl, 1881).

2 Sur le commerce des villes du lac de Constance, voy. Mone, Zeitschrift, t. IV, p. 6-07.

3 Voy. Falk, t. II, p. 35-37.

marchandises, et ils font les plus brillantes affaires '. » François Ier regardait Francfort comme la plus grande ville de commerce nonseulement de l'Allemagne, mais presque du monde entier2. La célèbre foire de Francfort était la source la plus abondante des revenus de la ville. Afin de protéger l'aller et le retour des marchands étrangers, la municipalité avait organisé une « escorte » composée de seize, vingt-quatre, trente et souvent même quatre-vingt-dix ou cent arbalétriers, suivant le plus ou le moins de danger de la route à parcourir. En 1464, pour aller à la rencontre des marchands de Limbourg et de Montabaur, l'escorte mit cent onze hommes sur pied. Tous étaient habillés de blouses de coutil blanches et noires, ornées sur le côté gauche de glands noirs, rouges et blancs3. Les sommes que les marchands en voyage étaient obligés de payer aux seigneurs fonciers dont ils traversaient les domaines pour en obtenir de sûres escortes formaient, avec les taxes si nombreuses dont les marchandises étaient alors grevées, les lourdes et onéreuses plaies du commerce au moyen âge; mais si l'on tient compte de ces difficultés, jointes à tant d'autres, on n'en admirera que plus l'essor grandiose de l'industrie a l'époque dont nous nous occupons *.

Par la découverte du passage maritime conduisant aux Indes orientales, le principal courant du commerce universel reliant l'Europe à l'Asie avait été transporté du centre de l'Europe à l'ouest, vers la mer, et la position commerciale de l'Allemagne s'en était trouvée profondément modifiée. Toutefois ce changement ne fut pas la première ni la seule cause de la décadence du commerce survenue plus tard clans nos villes du Sud. Tant que le Portugal conserva la prépondérance dans les échanges avec le Nouveau Monde, il fut plutôt une cause de progrès et de vie. Les marchands du Sud, et surtout ceux de Nuremberg et d'Augsbourg, s'aperçurent bien vite que leur situa tion centrale en Europe ouvrait désormais trois routes à leur commerce avec l'Asie : la voie ancienne, passant par Venise et Gênes,

1 Kunstmann, p. 308.

2 Voy. LekSnek, Frankfurter Chronik, t. I, p. 129.

3 Sur la foire et l'escorte de Francfort, voy. surtout Kkif.gk, Frankfurter Zustande, p. 201-329.

* l'our plus (le détails, voy. Falke, Gesch. des deutschen Handels, t. I, p. 237-247. — Un exemple suffira pour nous donner une idée des innombrables péages alors réclamés : Des marchands se rendant de la frontière de la Bavière ù Vienne sont obligés de payer onze lois les douane» dans leur voyage. Falke, p. 237.

celle si longtemps parcourue conduisant d'Anvers aux rives occidentales de l'Europe; enfin la route nouvelle de Lisbonne. Ils se servirent de cette dernière presque aussitôt qu'elle fut ouverte. Les Allemands de la haute Allemagne avaient pris le plus vif intérêt aux découvertes portugaises, et l'un de nos compatriotes rendit d'importants services à Vasco de Gama lors de sa première expédition aux Indes1. En 1503, Wilser, négociant d'Augsbourg, et plusieurs marchands d'autres villes fondèrent à Lisbonne un vaste établissement, et obtinrent du roi don Emmanuel le droit d'établir aux abords et à l'intérieur de la ville des maisons de commerce pourvues d'entrepôts. Parmi les privilèges donnés parle Roi à la compagnie des marchands allemands, privilèges dépassant les faveurs accordées à ses propres sujets, il faut surtout citer ceux qui se rapportent au commerce des Indes. Les épices, les bois du Brésil et autres marchandises, provenant soit des Indes, soit des iles nouvellement découvertes, purent désormais être achetés et transportés affranchis de tous droits de douanes. La compagnie fut en outre autorisée à se servir des vaisseaux de toute grandeur construits dans le pays, avec la jouissance des franchises concédées aux bâtiments portugais, et obtint aussi le droit d'employer ses propres navires, pourvu toutefois que les hommes d'équipe fussent Portugais. Par des lettres de franchise datées du 3 octobre 1604, le roi de Portugal accorde aux marchands allemands établis dans ses États le droit d'avoir un tribunal particulier. Les célèbres commerçants Wilser, ainsi que leurs secrétaires, sont invités à prendre part à 1 expédition indienne, et à mettre à la suite de la flotte royale quelques-uns de leurs bâtiments. « Les premiers d'entre nos compatriotes », écrit avec fierté Conrad Peutinger au secrétaire impérial Biaise Hülztl (3 janvier 1505), « nous avons visité les Indes, et c'est un grand honneur pour nous 2. « Des trois vaisseaux allemands qui prirent part à ce voyage sous la conduite du vice-roi don Francisco de Almeida (1505), deux comptaient parmi les plus grands de cette admirable flotte. Le 15 novembre 1606, ils rentraient dans le port de Lisbonne. « Nous avons entrepris et achevé ce voyage au nom de Dieu », écrit l'un des passagers, Bernard Sprenger. « A lui seul soient honneur et gloire, maintenant et dans l'éternité! Amen3. »

1 Voy. dans le présent volume ce que nous avons déjà dit sur la part prise par les Allemands à la découverte du Nouveau Monde.

s GriEiFF, p. 171. — Les lettres et renseignements de Conrad Peutinger écrits entre 1497 et 1506 se rapportent tous au commerce des Indes et à la découverte d'une nouvelle voie maritime, et prouvent suffisamment avec quelle attention les grands négociants d'Augsbourg (les Fugger, Weiser, etc.) suivaient les découvertes de leur temps et savaient les mettre à profit.

3 Voy. F. KUNSTMANN, Fahrt der ersten Deutschen nach dem portugiesischen Indien, dans les Histor. pol. DL, p. 48, 277-309.

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