REVERS DE L'EMPIRE
le jour de mon couronnement, plutôt que d'abandonner ce dessein. Je m'y sens obligé, non-seulement vis-à-vis de l'Empire, mais encore à cause de la maison d'Autriche. Je vous déclare donc ici ma volonté comme cela est de mon devoir! Plutôt que de renoncer à cette campagne, je jetterai cette couronne à terre et je la foulerai sous mes pieds M »
Après la mort de Charles VIII et l'avènement de Louis XII (avril 1498), les choses prirent, en Italie, un aspect toujours plus menaçant pour l'Empire. Louis XII joignit bientôt à son titre de roi de France le titre de roi des Deux-Siciles et de duc de Milan, donnant ainsi clairement à entendre qu'il se proposait non-seulement de faire valoir les prétentions des comtes d'Anjou sur Naples, mais encore de revendiquer ceux qu'il tenait de sa grand'mère, Valentine Visconti, sur la Lombardie. II voulait ouvrir son règne par la conquête du Milanais, et ses agents avaient ordre de dire hautement en Italie que ce duché serait bientôt en sa puissance. Pour occuper Maximilien d'autres intérêts, il lui avait mis sur les bras le comte Charles Egmont de Gueldre et les confédérés suisses, les encourageant par de fortes sommes d'argent à résister à l'Empereur, leur répétant que non-seulement ses arquebusiers étaient à leur disposition, mais encore ses biens et sa vie, et qu'en retour ils devaient venir avec un joyeux dévouement au secours du roi de France*.
Contre tant d'ennemis, de quelle utilité pouvait être à l'Empereur les 50,000 florins votés par les états?
Les Suisses, malgré leur serment d'obéissance à l'Empire, fournissaient aux Français des troupes de mercenaires en échange de secours d'argent. Les délégués de Lucerne, de Schwitz et de Saint-Gall avaient assisté à la diète de Worms (1495); mais, depuis lors, les confédérés avaient refusé de se soumettre aux décisions de la Chambre impériale et rejeté l'impôt du denier commun. Dans la lutte qui s'engagea pour les ramènera leur devoir, il s'agissait, par conséquent, de maintenir la Suisse dans la confédération de l'Empire et de faire respecter les réformes nouvelles. Les états « en convenaient parfaitement =>, et lors de la diète de Fribourg, ils avaient décidé « qu'il était urgent de faire rentrer dans l'obéissance les puissantes villes de la confédération, qui portaient l'aigle impériale dans leurs écussons » ; mais au moment décisif, « les princes agirent dans un
1 Relation des ambassadeurs de la lißue souabe, dans Müller, t. II, p. 165. Protocole du ISraiidel)Oiir{j, dans Ranke, Deutsche Gesch. im Zeitalter der Reformation, t. I, p. US.
• \nsiii lm, t. II, p. 452. Année 1499.
sens tout opposé ». « Les armées étaient déjà en présence, non loin de Constance, et l'action allait s'engager, lorsque les princes, qui commandaient en personne leurs hommes d'armes, déclarèrent (oui à coup qu'ils ne se souciaient point d'exposer l'honneur de leurs soldais dans une lutte contre des paysans et des bergers. Maximilien et son armée se virent contraints d'opérer leur retraite, bien que les Suisses qu'il s'agissait d'attaquer fussent fort mal disciplinés et peu redoutables. Bouillant de colère, l'Empereur jeta le gantelet de fer de son armure à l'un de ces seigneurs, et ne put s'empêcher de s'écrier : « Il est dur de mener des Suisses combattre contre des Suisses! »
La guerre eut une issue malheureuse. « Ceux qui auraient dû être les premiers à défendre l'Empire », dit Wimpheling, « perdirent leur temps en de mesquines querelles; ils n'avaient été d'aucun secours à l'Empereur, et ne lui avaient fourni que des secours dérisoires. Les confédérés eurent partout l'avantage '. »
La guerre entreprise pour recouver la Suisse se termina misérablement. Ce pays demeura perdu pour l'Allemagne.
La même année, le Milanais, qu'au prix de tant de sang et de dépenses Maximiîien s'était efforcé de maintenir sous la domination impériale, tomba entre les mains des Français, et Louis XII s'y établit en maître.
C'est au milieu de ces tristes événements qu'au printemps de 1500 Maximiîien ouvrit une nouvelle diète à Augsbourg.