LES ETATS REFUSENT L'IMPOT
eu remettant à la prochaine diète les délibérations sur les meilleurs moyens de s'opposer aux entreprises formidables du Moscovite. La Livonie fut perdue pour l'Empire.
A Lindau et pendant les diètes des années suivantes, les étals traitèrent d'intérêts autrement importants. On s'y occupa de la question des vins soufrés; on édicta de nouvelles lois contre le luxe, les festins de noces trop dispendieux furent interdits. Défense fut faite aux bouffons et bateleurs de porter désormais des chaînes d'or et d'autres insignes honorifiques, la noblesse et les princes se trouvant blessés dans leur dignité par ces parodies irrespectueuses.
On discuta beaucoup les ordonnances de Worms. La Chambre impériale, que les états regardaient comme leur création, n'avait pu continuer â fonctionner, parce que les assesseurs qui la composaient n'avaient pas reçu leurs émoluments au temps voulu. Il fut décidé qu'ils les toucheraient dorénavant, et que l'argent nécessaire serait fourni non par les états, mais par les Juifs de Ratisbonne, de Nuremberg, de Worms et de Francfort. Le siège de la Chambre impériale fut transféré à Worms, el le payement du denier commun, instamment recommandé à la chevalerie et aux états. Il fut décidé qu'un rapport exact sur ses résultats et son emploi serait présenté à la diète prochaine, fixée au mois d'avril de l'année suivante, à Worms.
Lorsque s'ouvrit cette nouvelle diète, le grand justicier de ia Chambre impériale se présenta devant l'assemblée accompagné de deux assesseurs. Ils venaient exposer leurs griefs devant les états. Les assesseurs, en dépit de toutes les promesses qui leur avaient élé faites, n'avaient pas même reçu le traitement de leur première année d'exercice. S'il n'était pourvu convenablement à leur situation, ils ne pourraient, disaient-ils, ni rester à Francfort, où ils devaient à leurs hôteliers, ni se rendre â Worms '. De leur côté, les chargés de pouvoir de Maximilien se plaignirent que des 250,000 florins consentis paries états, l'Empereur n'en eut guère touché plus de 50,000 -. Maximilien écrivait qu'il avait sacrifié ses rentes et revenus personnels pour le service de l'Empire, et que faute d'argent, il ne lui é'.ait pas même possible de venir en personne à la diète '! Berthold, le seul grand feuda taire du royaume qui fût venu au Reichstag, fit alors entendre des reproches amers. « 0 chers seigneurs », s'écria-l-il, « que les choses marchent lentement! Ou'il y a peu de sérieux bon
1 Rapport du docteur Pleniger, 2 mai 1 Î97, dans la Frank/urts Iteichscorrespondenz, t. II, p. 595-596.
a Rapport des ronseillers royaux, 7 août 1497, dans la Frankfurts ReicJucorrespondenz, t. II, p. G28, n" 5.
3 Mémoire fie Maximilien, du 27 juin 1497, dans la Frankfurts Rcichscorrespondenz, t. II, p. 620.
vouloir, qu'il y a peu de zèle parmi vous! En vérité, grands et petits se comportent d'une façon lamentable! Il serait cependant urgent de mettre un peu plus d'empressement à conjurer les maux qui nous menacent, même si nous ne voulons que conserver l'existence à l'Empire et nous maintenir dans la situation où nous sommes! Les choses prennent une tournure si menaçante qu'il serait grand temps de prendre plus à cœur l'intérêt général et d'oublier nos propres discordes! Si Ton ne se met à l'œuvre avec plus d'énergie qu'on ne l'a fait jusqu'ici; si, tous ensemble, nous ne montrons plus de fidélité et de zèle, craignons que bientôt quelqu'un ne s'élève, et saisissant l'autorité d'une façon peu courtoise, ne nous fasse rudement expier notre indifférence actuelle ! Oui, un étranger viendra, et nous fera sentir à tous la dureté de sa verge de fer! .le n'aime point nos graves délibérations, nos ordonnances scellées, nos dispositions solennelles, dont les résultats se font si longtemps attendre, ou ne produisent absolument rien M »
Mais les « résultats continuèrent à se faire attendre ». Cependant les états résolurent de faire quelque chose pour l'honneur de l'Empire. Ils donnèrent au Roi, sur les sommes déjà recueillies, mais non payées, qui avaient été votées en 1495 pour couvrir les frais de la guerre contre la France et contre les Turcs, 4,000 florins comptant. Outre cela, ils autorisèrent Maximilien à faire lever lui-même et à s'attribuer les sommes provenant du denier commun et recueillies dans ses possessions héréditaires, les états de son fils, l'archiduc Philippe, et ceux du duc de .luliers-Clèves-Berg 2.
L'année suivante, à l'ouverture de la diète de Fribourg, Maximilien presse encore les états d' « agir plus énergiquement ». Il se plaint amèrement que les secours d'argent promis à Worms en 1495 ne lui aient pas encore été livrés. Il se voit, dit-il, délaissé de son peuple. Si les Allemands continuent à l'abandonner, ils donneront ainsi à tous les ennemis de l'Empire un encouragement qui les rendra plus avides et plus acharnés dans leur lutte contre l'Empire. 11 prévoit trop que le denier commun ne sera pas fourni selon les promesses qui ont été faites; pour ce qui le concerne, il est prêt à faire tout ce qu'exige le péril du Saint-Empire, de la chrétienté et de la n.ition allemande : « Mais », ajoule-t-il, « je ne veux plus, comme à Worms, me lier les mains et les pieds, et me laisser accrocher à un clou! Ouelque chose qu'on puisse me dire, je dois et je veux diriger la guerre d'Italie! Je renoncerais au serment que j'ai prêté à l'autel
1 Discours de Derthold. dans Wenckeii, Appar. Archiv., p. 70-72. — Frankfurts Itcichscorrespondenz., t. M, p. 602-605.
3 Abtchied des ll'ormser Tages von 1497, in der Neuen Sammlung der Reichsabschiede, t. II, p. 30, §5.