‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 256 sur 630 · REGENCE D'EMPIRE · texte numérisé non relu

REGENCE D'EMPIRE

Mais cette fois encore, les étals, guidés par Berthold de Henneberg, profitèrent des embarras de Maximilien pour détruire le peu d'autorité qui lui restait. Ce qu'ils n'avaient pu exécuter à Worms „ils réussirent alors à le faire prévaloir. Maximilien dut accepter l'érection d'un conseil d'État, ou régence d'Empire. Ce conseil, composé de vingt princes et conseillers, fut investi du pouvoir de traiter tous les intérêts du Roi et de l'Empire ; d'exercer son autorité au dedans et au dehors; de délibérer sur la paix et la justice, et sur la résistance à opposer aux ennemis extérieurs; les décisions suprêmes furent remises entre ses mains. Un gouverneur général d'Empire devait en avoir la présidence; dans les cas extraordinaires, la régence, dont le siège devait être à Nuremberg, avait le droit de convoquer l'Empereur, les électeurs, les princes laïques et ecclésiastiques les plus considérables, et d'ouvrir « une diète de régence ».

Par cette institution, le royaume était définitivement constitué en oligarchie princière, n'ayant à sa tète qu'un président impuissant, décoré du vain titre de roi ou d'empereur '.

En reconnaissant la régence d'Empire, Maximilien fit le plus grand sacrifice de sa vie. Il ne s'y résigna que dans la ferme persuasion que les états fourniraient enfin avec exactitude les secours de guerre qu'ils promettaient en échange. D'après les assurances qui lui furent données, une levée générale de troupes allait être faite, ce qui permettait d'espérer qu'en cinq ou six mois une armée de trente mille hommes pourrait être mise sur pied. Toute paroisse comptant quatre cents hommes devait équiper un homme de pied. Les cavaliers devaient être fournis par les princes, comtes et seigneurs d'après la juste estimation de leurs revenus. Une nouvelle caisse de guerre devait être formée, et pour l'alimenter, les clercs devaient donner deux pour cent de leurs revenus; les serviteurs, la soixantième partie de leur salaire, et tous les Juifs du royaume, sans exception, un florin. Pour le rétablissement de la Chambre impériale, les membres de l'assemblée votèrent dix mille florins; mais ils se réservèrent le droit d'en déduire la somme déjà volée par eux pour les besoins de l'Empire. « Cràce à ces dix mille florins », écrivail à Francfort le député de la ville, Jean Reysse, « la Chambre impériale pourra enfin fonctionner, et la dette contractée envers ses membres pourra être acquittée. Celle dernière mesure était urgente, car les assesseurs refusaient de siéger « avant de bien savoir d'où leur viendrait l'argent, et si l'arriéré leur serait remboursé ».

Vers la fin de la diète (13 août), Maximilien, au rapport de Jean

1 Droysen, t. II1', p. 12-13. — Si la réforme politique de 1500 avait été effectuée, la victoire des princes sur la monarchie eût été complète; elle eût fondé la pleine souveraineté des puissances territoriales.

Reysse, fit représenter à l'assemblée « que Sa Majesté avait sacrifié pour l'Empire une partie considérable de ses revenus, mais que jusqu'ici elle avait trouvé peu de soumission dans les états; que les députés devraient enfin s'inspirer de son exemple, et comme lui, faire à l'Empire de généreux sacrifices ». « Ensuite », poursuit le rapporteur, « Sa Majesté Royale a prononcé elle-même un grave discours, exhortant chacun à se souvenir du serment qu'il a fait de servir le Saint-Empire, et il a dit, en concluant, que si l'on n'agissait autrement qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, il ne tarderait plus, il n'attendrait pas qu'on lui ôtât la couronne de la tête, et la jetterait lui-même à ses pieds, pour chercher ensuite à en ressaisir les débris '. »

11 avait fait entendre à plusieurs reprises ces graves avertissements, mais ils n'eurent pas plus d'effet que les précédents. Le jour où il quitta Augsbourg, un de ses conseillers bourguignons lui dit : « Votre Majesté est destinée à faire encore d'amères expériences! Attendre quelque chose des princes allemands pour le bien de l'Empire, c'est vouloir cueillir des raisins sur des chardons M »

Cette appréciation ne fut que trop justifiée. Au bout de neuf mois, les listes dans lesquelles chaque territoire devait indiquer le nombre d'hommes qu'il pouvait fournir n'étaient pas même parvenues à la régence d'Empire. La régence elle-même, au lieu de tout mettre en œuvre pour reconquérir le Milanais, « ce bouclier de l'Allemagne », entrait en négociations amicales avec le roi de France, se montrant disposée à lui livrer Milan, sous la dénomination de « fief impérial », pour la somme de quatre-vingt mille ducats, et donnait une distinction honorifique à un ambassadeur français qui s'était exprimé eu termes grossiers sur Maximilien 3.

« Quelques princes de la égence sont vraiment possédés d'un méchant esprit », écrivait à cette date un conseiller de l'Empereur4, « et dans plus d'un lieu les choses paraissent mûres pour la trahison. C'est du comte palatin dont on est le moins sûr. Il faudra surveiller les choses de bien près, en Alsace, si l'on n'y veut voir paraître à l'improviste des hôtes français. » Le prince Philippe, électeur palatin, était entré en effet depuis plusieurs années dans une ligue offensive et défensive avec la France. Il avait longtemps auparavant reçu de Charles VIII un présent de mille marcs d'argent, « à condition de ne fournir au roi des Romains ni argent, ni

1 Lettre du délégué de Francfort, Jean Reysse, 17 août 1500, dans la Frankfurt Reichscorrespondenz, t. Il, p. 601.

* Henri Giujnebeck.

* Voy. Mlil.LEll, Iteichstagsslaat, p. 106-111.

* Henri GnUNEBECK.

Page 1