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LES ÉTATS REFUSENT DES SECOURS POUR LA CROISADE

L'Italie, mais en revanche leurs armées de terre sont bien autrement à redouter, car c'est en elles, comme chacun sait, que réside leur force principale. L'Allemagne sera ouverte aux libres incursions des infidèles, si nous ne protégeons et ne sauvons ses boulevards, c'est-à-dire la Carniole, la Cai inline, la Styrie, la Croatie et la Hongrie. Si dès maintenant vous ne vous décidez à entreprendre la croisade, si vous la remettez à plus tard, la chrétienté perdra courage! Que ferons-nous donc, nous autres, diraient les princes chrétiens, si l'Allemagne, qui est en possession de la dignité impériale et doit par conséquent protéger l'Église, hésite, et remet sa décision d'une diète à l'autre? Ainsi, ce qu'à Dieu ne plaise, vos retards prépareraient la ruine générale. »

Pour réunir les troupes nécessaires et couvrir les frais de la campagne, le cardinal légat proposait que les prêtres donnassent le dixième de leur revenu annuel; les riches, le vingtième; les gens de petites ressources, le cinquantième. Quant à la manière de lever et de conserver les impôts sans que les agents préposés à cette besogne pussent réclamer quelque chose pour eux; quant à la surveillance à exercer pour que l'argent recueilli soit uniquement employé à couvrir les frais de guerre, et que cet argent soit loyalement remboursé à chacun au cas où la croisade ne pourrait s'effectuer, le légat s'en rapportait entièrement aux Allemands : « Le siège apostolique », dit-il, « entend ne se mêler aucunement des fonds militaires; de tout l'argent volé, il ne réclame absolument rien pour lui-même, quoi qu'en puissent dire les faux rapports qu'on s'efforce de répandre à ce sujet '. »

L'Empereur et les ambassadeurs polonais soutinrent avec chaleur les propositions du légal, mais les États les repoussèrent. Au milieu de tous leurs prétextes, ils adoptèrent une méthode nouvelle, bien souvent reprise depuis, et qui servit toujours à colorer leurs refus. Ils revinrent sur tous les griefs de l'Empire contre le Saint-Siège, et recommencèrent à ce sujet de stériles récriminations. Les bruits alarmants qui se répandirent pendant la diète sur le retour de Selim à Constantinople, sur ses effrayants préparatifs, sur le débarquement

1 Le discours du légat 5 août; se trouve dans Rocking, Ulr, Hütten Opp, t. V, p. 162-167. . La nécessité de se défendre contre les Turcs, dit Uejiewisch (t. II, p. 159), était devenue tellement évidente par l'accroissement constant de la puissance de cet ennemi et le péril imminent de la Hongrie comme de l'Italie, qu'il était puéril de revenir sur les griefs qu'on croyait avoir contre la cour romaine. Les ambassadeurs du Saint-Siège ayant si solennellement déclaré que pour éloigner tout soupçon, ils ne voulaient rien avoir à faire avec la caisse qu'ils se proposaient d'établir pour couvrir les frais de la campagne, rien ne donnait le droit de mettre en doute la loyauté de leurs assurâmes. •

des corsaires turcs à Gaëte, sur l'attaque de Belgrade, ne troublaient aucunement les princes. Ce n'était là, disaient-ils, que des contes inventés à plaisir pour extorquer de l'argent allemand. Un suppliant appel de secours que leur firent parvenir les habitants des pays héréditaires d'Autriche, les toucha tout aussi peu. « La Carniole, la Styrie, la Carinthie, l'Autriche », écrivaient le 4 septembre à Francfort les délégués de cette ville, « ont envoyé aux États une lettre émouvante, implorant d'eux des moyens de salut en termes pleins de sincérité et de douleur. Ils racontent les désastres que depuis si longtemps les Turcs font subir à leur malheureux pays; ils disent comment les infidèles ont incendié la Croatie, ravageant tout sur leur passage, si bien que presque tous les comtes du pays sont devenus leurs tributaires. Les Turcs relèvent les châteaux et les forteresses qu'eux-mêmes viennent de détruire et de raser, et les mettent en état de défense, de sorte qu'il est à craindre que si l'on ne s'oppose à temps à leurs desseins, Nils ne paraissent bientôt en Bavière et en Souabe. Les princes et les électeurs ont donné à ces populations malheureuses d'unanimes marques d'intérêt; mais dès qu'il s'est agit de débourser, chacun s'est excusé '. »

Tout ce qu'on put obtenir des États relativement à la croisade, ce fut une promesse véritablement dérisoire, eu égard aux nécessités urgentes du moment. Ils consentaient à ce que, pendant trois années consécutives, toutes les personnes qui s'approcheraient de la communion s'engageassent à donner annuellement au moins un florin et demi. Les sommes ainsi obtenues devaient être confiées au gouvernement jusqu'au moment de l'expédition.

Même pour de si insignifiantes offres, les princes déclaraient ne pouvoir rien décider avant d'avoir consulté leurs sujets2. Quant à l'argent déjà versé, à la nomination des commandants militaires, ils ajournèrent les discussions et autres questions importantes relatives à l'expédition turque jusqu'à la prochaine diète3. « Autrement dit, aux calendes grecques », écrivaient les délégués de Francfort. " Dieu veuille », ajoutaient-ils, « que tout ceci produise quelque bien!

Peu d'années après, Belgrade et l'île de Bhodes'ces deux principaux boulevards de l'Europe chrétienne, tombaient entre les mains des Turcs, et les événements ne justifiaient que trop les anxiétés et les pressentiments du Pape et de l'Empereur. On ne se trompait pas en affirmant « qu'avant dix ans la puissance ottomane aurait posé le siège devant Vienne ».

1 Frankfurt» tteiclucorrespondenz, l. II, p. 982.

* Voyez ces Dégociations dans la Frankfurts Reichscorrespondens, t. II, p. 98G-998. 3 Arrêt impérial de la diète d'Augsbourg dans la Xeue Sammlung der Reichiabtchiede, t. II, p. 1G8-IG9.

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