CROISADE PROJETEE
ravagés. En Hongrie, le péril croissait toujours; la Carniole, la Styrie, la Carinthie, l'Autriche étaient livrées sans défense aux bandes féroces des infidèles. « La croisade », disait avec raison Maximilien, « est plus que jamais un devoir imprescriptible, qui s'impose à tous les États chrétiens. »
L'expulsion des Turcs, l'espérance de partager leur empire devait aussi, dans la pensée de Maximilien, servira équilibrer les divers intérêts des puissances chrétiennes. Au congrès de Cambray (1517), l'Empereur et les rois de France et d'Espagne eurent ensemble de longs pourpalers; un plan de partage de tout l'Empire ottoman entre les peuples chrétiens fut présenté à l'assemblée. Maximilien, en paroles ardentes, conjura Léon X, qui déjà avait soutenu la Hongrie dans sa résistance contre les Turcs, de prendre l'initiative d'une croisade nouvelle '. Quant à lui, si, à l'âge où l'on sait à peine ce que c'est que la guerre, il avait ardemment souhaité de chasser d'Europe tous les ennemis de la foi, maintenant, vieux, mûri par l'expérience, tout son désir était de mettre son expérience et son savoir au service des chrétiens opprimés.
Au mois de mars 1617, le concile de Latran, réuni à Rome, se décida à proclamer une croisade générale. Elle devait durer cinq ans, et, pendant ce temps, trêve devait être faite à toute querelle entre les princes chrétiens. Le Souverain Pontife proposa tout un plan de campagne. Pour couvrir les 8,000 ducats indispensables aux frais généraux de la guerre, il demandait à tous les membres du clergé de donner soit le dixième, soit le tiers, soitle quart de leurs revenus ; les nobles en donneraient le quart, les bourgeois le vingtième; le Pape laissait aux princes la liberté de fixer eux-mêmes la part qu'ils devaient fournir, s'en rapportant à leur sagesse et à leur libéralité 2. L'Empereur, le roi de France, la plupart des souverains européens donnèrent leur assentiment aux propositions papales. Mais Maximilien fut d'avis de ne s'engager qu'à une campagne de trois ans :
Pendant la première année », dit-il, nous nous emparerons des possessions africaines; dans la seconde, les provinces européennes que le sultan nous a ravies seront reconquises; dans la troisième, nous reprendrons Constantinople. Quant aux petits États asiatiques, ils tomberont d'eux-mêmes entre les mains des vainqueurs. »
Satisfait des dispositions et de la « merveilleuse entente » des puissances chrétiennes, Léon X proclama, le 13 mars 1518, la croisade générale et la trêve de cinq ans, et fit remettre à l'Empereur, protecteur-né de la chrétienté et généralissime de l'expédition contre
1 IUy.Naldi Annales ad a. 1517, n° 2-5.
2 Ibid.. ii° 10-55.
les infidèles, une armure, un casque et un glaive bénits, que le cardinal légat, Caietan, fut charge de lui remettre en grande pompe à l'ouverture de la diète d'Augsbourg.
« La plus grande espérance de la chrétienté », dit Maximilien dans la lettre circulaire qui appelait les États à cette diète, « repose maintenant sur la nation allemande. Montrez donc l'obéissance que vous nous devez, et ne donnez sujet ni au Saint-Empire, ni à l'Allemagne, ni surtout à la sainte chrétienté, de vous accuser d'avoir mis obstacle à la grande expédition qui se prépare '. » Il espérait fermement que les États lui fourniraient le moyen de la mettre à exécution. Le 1er août 1518 eut lieu la remise de l'armure bénite. « Toi seul », dit le cardinal légat dans son allocution à l'Empereur, « toi seul portes le nom de protecteur et de gardien de l'Église. L'état des choses réclame impérieusement que tes actes répondent à de si augustes titres. Les yeux de tous les chrétiens sont fixés sur toi; tous espèrent que tu porteras la main à ton glaive, tous savent que tu le lèveras contre les ennemis du Seigneur. Puisse ton bras, fortifié par le Tout-Puissant, châtier la fureur et la cruauté des infidèles! » L'Empereur répondit qu'il prenait la sainte armure des mains du prélat avec un cœur rempli de reconnaissance. Sacrifier ses biens, exposer sa vie pour le Saint-Siège et le salut de la chrétienté, avait été, dès ses premières années, son vœu le plus ardent. S'il n'avait plus maintenant cette brillante jeunesse, ce corps vigoureux que semblait réclamer une entreprise si grande et si sainte, protégé par le casque du Saint-Esprit et l'épée de la foi, il prendrait du moins part à la campagne. La croisade était devenue inévitable, et il la commençait avec un ferme et indomptable courage. En effet, il avait écrit au Pape peu de temps auparavant : « J'obéirai; je fais avec joie le sacrifice de mes biens et de mon sang. Déjà, d'un pas rapide, je m'approche de la vieillesse, mais je ne souffrirai pas qu'elle ralentisse ma course! Et si, pour le Christ, j'étais appelé à souffrir une mort digne d'envie, j'espère aller revivre au ciel dans la gloire éternelle du paradis. »
Le cardinal légat, dans un brillant discours, énuméra les raisons qui rendaient la croisade impérieusement nécessaire. « La religion et l'humanité », dit-il, « se jettent en suppliantes aux pieds de l'Allemagne. Tous les yeux sont fixés sur l'aigle de Maximilien; le salut du monde ne peut venir que de l'Empereur romain. Si vous l'abandonnez, vous vous abandonnez vous-mêmes, car l'Allemagne, plus que tout autre pays, représente pour les Turcs les frontières avancées de l'Europe. Leurs galères, il est vrai, atteignent plus promptement
1 Circulaire du 9 février 1518 dans la Frankfurts Ileichscorrespondenz, t. II, p. 950-959.