DERNIERS PLANS DE RÉFORME DE L'EMPEREUR
Les États se montrèrent tout aussi égoïstes et négligents dans les questions intérieures qui touchaient à la sécurité générale de l'Empire. En dépit des efforts de Maximilien, et malgré le zèle infatigable qu'il apportait à élaborer sans cesse de nouveaux plans de réforme, les diètes se passaient à former des résolutions qui n'aboutissaient à rien, ou à de très-insignifiants résultats.
Pendant la diète d'Augsbourg (1510), l'Empereur représenta encore une fois aux États que le maintien de la paix et de la justice lui était impossible sans « leur secours et leur appui ». « Car la paix et la justice veulent un pouvoir exécutif, et.ee pouvoir ne peut être exercé sans nécessiter de grandes dépenses. Or Sa Majesté déclare ne plus être en état de les supporter seule après tout ce qu'elle a fait pour l'Empire dans les campagnes passées et présentes. Maximilien demandait donc que les ordonnances votées à Worms et à Augsbourg en 1495 et 1500 touchant le denier commun et les taxes imposées à tous d'après les cadres paroissiaux, fussent reprises, et enfin obéies. Mais, sur ce point, les États se montrèrent intraitables. « Les ordonnances de Worms », dirent-ils, « avaient été regardées comme non avenues pour beaucoup de motifs; et comme ces motifs, loin d'avoir disparu, s'étaient multipliés, il était absolument « superflu» de revenir sur cette question. » L'Empereur leur soumit alors un plan d'organisation militaire ayant pour basela contribution matriculaire de l'État, et calculé pour préparer le^ cadres d'un contingent perpétuel, pouvant, suivant les besoins des temps, s'élever de mille à cinquante mille hommes. Chaque territoire chaque sujet devait être équitablement taxé d'après sou revenu. La maison d'Autriche supporterait les mêmes charges que le Saint- Empire, mais les pays allemands de leur coté seraient tenus à ne pas faire moins qu'elle. On n'aurait à fournir ce contingent militaire que lorsque les besoins de l'Empire réclameraient les sacrifices de tous, et aussi longtemps que la nécessité le demanderait et s'imposerait à tous les territoires. Les princes, les prélats, les comtes, les cités, répartiraient le chiffre de soldats qui serait
1 Voyez cette citation dans Duoysen, 2, B. 76.
indique, entre Jous leurs subordonnés, afin que la charge soit équitablement partagée. « Un tel arrangement n'a rien d'impossible et peut s'effectuer sans grands frais », disait l'Empereur; « et lorsque les ennemis de l'Empire entendront parler de la concorde qui règne entre le souverain et l'Empire germanique, lorsqu'ils sauront le mutuel appui qu'ils se prêtent, ils cesseront certainement de nous menacer. Ces troupes permanentes ne serviront d'ailleurs qu'au maintien et à la défense du pays, et ne seront jamais employées à combattre les ennemis personnels du souverain; elles se borneront à maintenir la paix du dedans, à châtier les perturbateurs de« l'ordre et à faire exécuter les arrêts de la Chambre Impériale. » un comité particulier, organisé par l'Empereur et les États, devait, à cet effet, siéger au tribunal et prendre toutes les mesures nécessaires.
Maximilien était persuadé qu'une organisation militaire permanente, mettant un pouvoir exécutif entre les mains du gouvernement, pourrait seule sauvegarder la dignité du souverain, qu'elle serait avantageuse au Saint- Empire, redoutable aux rebelles et funeste aux ennemis du dehors. Mais les États ne consentirent à entrer sur ce point dans aucune discussion; ils promirent seulement de prendre en considération « ce dessein quelque peu hardi », afin d'en donner leur avis à la diète prochaine '.
Cette diète s'ouvrit à Trêves en 1512, et fut ensuite transférée à Cologne. Les États commencèrent par écarter le plan militaire de Maximilien. En revanche, la réorganisation de l'Empire fondée sur la division des divers territoires en dix cercles se consolida. Déjà, à la diète d'Augsbourg (1500), ce partage avait été fait, et les six cercles suivants organisés : Franconie, Bavière, Souabe, Haut-Rhin, Westphalie et Basse-Saxe2. Les domaines impériaux et les terres électorales allaient maintenant en former quatre autres : la Saxe et le Brandebourg avec leurs maisons princières; les quatre États électifs du Rhin, les pays autrichiens, et enfin ceux de la succession bourguignonne. Ces divisions tracées par Maximilien correspondaient parfaitement à la nature des choses, et il eût été presque impossible de les mieux définir.
Chaque cercle devait être mis en possession d'un pouvoir exécutif composé d'un gouverneur, ayant sous sa direction des conseillers, chargés de veiller au maintien de la paix, à la soumission des fauteurs de troubles et à l'exécution des arrêts portés par la Chambre Impériale. Mais dans les cas graves, là où l'assistance des
1 Voyez les délibérations de la dièle d'Augsbourg dans la Frankfurts Iieichscorrespnndenz, t. II, p. 807-823.
3 Ces cercles furent ensuite désignés sous le nom de « six anciens cercles » vsex pristini circuli).