‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 272 sur 630 · DERNIERS PLANS DE REFORME DE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

DERNIERS PLANS DE REFORME DE MAXIMILIEN

pouvoirs locaux serait insuffisante, le gouverneur du cercle devait en appeler à l'Empereur, qui alors réunirait les États du royaume, et prendrait avec eux les mesures nécessaires. Pour la nomination du gouverneur et des conseillers de cercles, l'Empereur eut voulu se réserver un droit de vote ou de sanction; mais les États se hâtèrent de repousser une pareille prétention. Ils rejetèrent également la proposition de Maximilien, qui pour compléter l'organisation militaire, voulait établir au-dessus de tous les gouverneurs de cercles un connétable qui se fût mis sous ses ordres, en cas de guerre avec l'étranger.

Maximilien revint encore sur le conseil aulique qu'il désirait tant former. Ce conseil composé de huit membres, dont quatre nommés par les électeurs, deux par les autres princes et comtes, un par les prélats et un par les villes, devait assister l'Empereur dans le gouvernement, convoquer les diètes conjointement avec lui, maintenir les divers États dans le devoir, conseiller et assister les princes souverains au cas où leurs sujets se montreraient rebelles, enfin accommoder et aplanir tous les différents qui pourraient survenir à l'intérieur.

Ce conseil était d'une importance énorme pour l'Empereur au point de vue du prélèvement de l'impôt d'Empire, sur l'organisation duquel il insistait de nouveau.

Après de longues délibérations, les États consentirent à l'érection du conseil. Le denier commun fut aussi concédé, mais dans une mesure si restreinte que, même loyalement payé, il eût exercé une bien faible action sur les finances de l'Empire. Tandis qu'on avait auparavant compté sur un florin par mille florins de capital, maintenant on se bornait «à promettre un florin sur des revenus variant de quatre à dix mille florins; et tandis que précédemment les princes, comtes et seigneurs, avaient consenti à contribuer au denier commun dans la mesure de leurs revenus, ils déclaraient maintenant qu'ils se voyaient forcés de diminuer encore l'impôt cependant si minime qui leur était demandé. Pour couvrir les frais de leur séjour à la diète et organiser chez eux la levée de l'impôt, ils avaient été contraints, disaient-ils, à trop de dépenses. Or, les revenus annuels des électorats de Brandebourg- et de Wurtzbourg montaient alors à 40,000 florins; ceux de Magdebourg, à 50,000; ceux des électorats de Saxe et de Trêves, à 60,000; ceux de Mayence et de Wurtemberg, à 80,000; ceux de Bavière, à 100,000; de Cologne, à 1 10,000'. Malgré de si

1 Voy. la relation de QUMINI, dans le Zeitschrift für Geschichtswissenschaft de Schmidt, t. II, p. 278.

énormes sommes, les princes ecclésiastiques et temporels assuraient que leurs finances étaient tellement épuisées qu'ils ne pouvaient songer à fournir le moindre argent pour les besoins cle l'Empire et !e maintien de la paix.

Anathème aux princes! » dit un pamphlet contemporain, « leur avarice les perd! Ils ne veulent faire aucun sacrifice à l'Empire, à la sécurité du pays, à l'établissement de la justice! Le désordre renaîtra, la révolte relèvera la tète, ils ne pourront plus se maintenir, ils seront engloutis par le torrent! Leurs domaines seront démembrés, et en premier lieu ceux du clergé. Écoutez, princes, ce que je vous prédis! Mais vous faites la sourde oreille! Allez, votre ruine et votre perte sont inévitables ' ! » Pour les chevaliers, ils demandèrent à être exemptés de l'impôt. Ils se proposaient d'y contraindre leurs sujets ou petits vassaux; mais quant à eux, ils attendraient pour s'exécuter que la nécessité fut plus pressante. En vain Maximilien leur représenta qu'avec les faibles ressources mises à sa disposition, il lui serait impossible de subvenir même aux besoins les plus urgents; en vain demanda-t-il qu'on consentit du moins à proclamer l'obligation de l'impôt jusqu'à ce qu'il eût produit un million de florins : les États ne se laissèrent pas entraîner d'un pas au delà de ce qu'ils avaient résolu de faire, et la somme consentie ne fut plus tard qu'imparfaitement perçue, encore moins versée9. « Les États », écrivait Trithème en 1513, « ont la vieille habitude de ne donner à l'Empereur que peu ou rien de ce qu'ils lui promettent. Aussi le souverain n'a-t-il en main aucune force; il lui est complètement impossible de protéger le droit et la justice, et de châtier les fauteurs de troubles comme ils le méritent, de sorte que notre situation intérieure est sans aucune sécurité 3. »

Les « horribles attentats » commis par Götz de Berlichingen et ses compagnons de brigandage, juste au moment où l'Empereur réunissait les Etats à Trêves pour délibérer avec eux sur la paix publique et le maintien de la justice, prouvent trop évidemment à quel point la situation intérieure offrait, en effet, « peu de sécurité ».

Götz avait des amis jusque parmi les princes, et ceux-ci le voyaient

1 Curieuse Nachrichten, p. 79. — Voy. JÖRG, Deutschland in der Révolutions période, p. 02.

3 Les délibérations de Trêves et de Cologne dans la Frankfurts iïeichscorrespondenz, t. II, p. 8U-889. Arrêts et contre-arrêts de la diète dans la Neue Sammlung der Reichtabschiede, t. II, p. 136-151.

3 De Judaeiê, p. 21.

avec complaisance piller les marchands, incendier les villages. Franz de Sickingen se livrait aux mêmes actes. Il était bien plus puissant que Götz et plus passionné encore que lui pour le pillage. Les ordres de l'Empereur, les menaces de la Chambre Impériale, étaient sans force aucune contre ces hardis violateurs de la paix publique. Tous les bons chrétiens se plaignaient, disant que le droit n'existait plus, que la violence régnait seule à sa place, et que, dans l'avenir, des choses plus déplorables encore étaient à redouter '. »

Götz de Berlichingen et Franz de Sickingen peuvent être considérés comme les chefs les plus importants de ce parti de la force, qui, mettant à profit l'impuissance du souverain, déclarèrent alors la guerre à toute autorité, d'abord aux temporelles, ensuite aux ecclésiastiques, et firent d'une lutte sans trêve contre l'ordre établi la grande affaire, le but principal de leur vie. Ces deux hommes avaient réellement l'instinct de la destruction; leur caractère était farouche, ils n'aimaient que le désordre et la rapine. Toutes leurs entreprises étaient appuyées sur des droits prétendus, mais ces droits, qu'ils faisaient valoir tantôt pour eux, tantôt pour leurs amis, n'étaient en réalité que des prétextes aux actes de violence les plus audacieux. Le brigandage était pour eux une industrie réglée, et ils s'y livraient comme s'il eût été une vocation légitime, avec hardiesse, ruse, système et méthode 2. ,

Götz avait établi sa « juste réputation » par la célèbre guerre privée de Nuremberg, commencée sous les plus futiles prétextes, et

1 Cité par SenckeNberg, Ada et Pacta, p. 501.

s David Sriucss (t. II, p. 73) dit qu'il serait absurde de supposer que « ces chevaliers (Franz de Sickingen, Cölz de Berlichingen et leurs pareils) aient souvent tiré leurs épées pour la cause des opprimés, et mus par un amour désintéressé de la justice ou de la liberté •. Ils nous semblent avoir été nonseulement cruels, mais encore intéiessés, et ne s'élre jamais mis en campagne qu'après avoir calculé les profils à faire. Dans leurs guerres privées nous sommes révoltés non-seulement de l'impitoyable dureté avec laquelle ils dépouillent les pauvres gens, incendient et dévastent leurs villages, mais encore du sang-froid de leur attitude. Ils semblent se livrer à un métier dont les rançons et le butin sont le très-légitime résultat. Lajusiice, l'offense supposée, reçue soit par eux, soit par quelque çentilh: mine ou ville, etc., ne sont les trois quarts du temps qu'un prétexte pour incendier les paysans de l'un, attaquer et dépouiller les marchands de l'autre. C'est ce qui ressort clairement des aveux naïfs de Götz à Greifen, et Franz de sickingen, appelé non sans raison un ■ Götz plus relevé >, n'était pas l'ait d'un autre bois. Sur Götz et ses Mémoires, voy. W'egele, p. 130-156, et postérieurement les articles de Baumgarten, dans les Stimmen nun Maria-Laach, 1879, cah. 1-8. lue liste des endroits de halte et des voies sûres des environs de Bamberg et de Nuremberg, faite avec un soin et un savoir dignes d'un meilleur but et parvenue jusqu'à nous, nous révèle dans les chefs de bande dont nous parlons des connaissances et une exactitude qui feraient honneur à un général moderne d'état-major. (Dans Berli- Cbingen-Ross u.u, Geich. de» Ritten Gott von Berlichingen und seiner Familie.) Wegele, p. U5G. Les chevaliers pillards étaient dans l'opinion populaire une sorte de confrérie d'un nouveau genre, organisée pour le mal.

simplement, comme il le disait, « parce qu'il avait eu envie de se mesurer un peu avec ceux de Nuremberg ». Violant brusquement la paix publique, il avait, en mai 1512, surprit près de Forcbheim un nombre assez considérable de marchands de Nuremberg', qui, sous l'escorte de l'évêque de Bamberg, revenaient de la foire de Leipzig. Aprèslcs avoir dévalisés, il lesavait fait enfermer sousbonnegarde dans un lieu écarté, et ne leur avait rendu la liberté que sur une promesse de rançon. Götz et son rude et farouche compagnon de brigandage, Hans dé Selbitz, avaient fait d'énormes préparatifs pour cette expédition. Une grande partie de la chevalerie de Franconie, les Grumbach, Hutteu, Fuchs, Geyer, Habsberg, d'autres encore, y avaient pris part, soit en personne, soit par leurs hommes d'armes, ou bien en recelant et faisant disparaître les victimes. Trois marchands de Saint-Gall, et un Florentin qui pendant le voyage s'était joint à eux ', furent dévalisés. Hans von Selbitz pilla et incendia le château et la ville de Vilseck, appartenant à l'évêque et à l'évêché de Bamberg. L'Empereur et la Chambre Impériale lancèrent un arrêt contre le violateur de la paix; mais en dépit du ban prononcé contre lui plusieurs fois, Götz surprit encore, à deux reprises différentes, à Ochsenfurt et à Mergentheim, des marchands de Nuremberg, et deux ans s'écoulèrent avant que lui et ses protecteurs, parmi lesquels se trouvaient le duc de Wurtemberg et l'électeur palatin, eussent subi sous forme d'amende le châtiment mérité. A la guerre privée de Nuremberg, s'en joignit bientôt une autre, celle de « Mayence- Waldeck ». Les bourgs et communes des environs de Mayence situés non loin de Jaxthausen, château de Berlichingen, éprouvèrent la brutale férocité du chevalier à la main de fer. « Je voulus tenter ma chance et voir si je ne pourrais pas me venger un peu », raconte Götz dans ses Mémoires. « En une seule nuit, j'incendiai trois bourgades : Ballenberg, Oberndorf et la métairie de Krautheim, au pied de la montagne sur laquelle s'élève le château. » Il fit prisonnier le comte Philippe de Waldcck, vassal de l'archevêque, qui avait pris parti pour son seigneur, l'emmena fort loin de là, et le retint prisonnier jusqu'à ce qu'il lui eût compté dix-huit mille florins. Götz racontait encore dans sa vieillesse avec la plus vive satisfaction plusieurs particularités de cet! c belle aventure. « Un jour », disait-il, « comme j'étais sur le point d'attaquer, j'aperçus une troupe de loups fondant sur un troupeau de moulons; cet incident me parut d'un heureux augure. Nous allions commencer le combat; un berger se trouvait tout près de nous, gardant ses moulons, lorsque, comme pour nous donner lesignal, cinq loups se jettent en même temps sur le troupeau; je le vis et le

1 \V igele, Die Nürnberger Fehde, nach archivalischcn Quellen dargestellt, p. 143-152.

remarquai volontiers; je leur souhaitai bonne réussite et à nous aussi, leur disant : « Bonne chance, chers compagnons! Bon succès à vous, « en tous lieux! » Je regardais comme un fort bon signe que nous eussions commencé l'attaque ensemble! » « Pendant environ soixante ans », dit-il avec orgueil dans ses Mémoires, « j'ai soutenu à la pointe de mon épée des guerres privées, des rixes, des querelles; j'ai été compagnon du bonheur et de la victoire. Malheureusement, il est arrivé aussi bien des fois que d'excellents coups ont été manques par suite de la paresse et de la négligence de mes hommes, et surtout parce que mes camarades pillaient et rançonnaient en temps inopportun, gâtant ainsi toute l'affaire ' ! »

Franz de Sickingen, surnommé dans les dernières années de sa vie le Ziska allemand, était l'ami, l'associé de Götz. 11 était encore plus redoutable que lui. Il professait un mépris déclaré pour toutes les lois de l'Empire. Son père, Schwicker de Sickingen, maréchal de l'électeur palatin du Rhin, avait acquis, au service de son maitre, ou par des guerres privées et des héritages, des domaines considérables, dont les deux châteaux d'Ebernbourg, près de Kreutznach, et de Landstuhl, près de Kaiserslautern, étaient les centres les plus importants. Un jour, à Cologne, le poignard qu'il portait à sa ceinture, au mépris des ordonnances qui défendaient de porter des armes dans l'enceinte de la ville, lui fut enlevé. Il entra à ce sujet dans une si violente fureur qu'il résolut, aidé de ses compagnons, de mettre le feu aux quatre coins de la ville. Heureusement, ce crime vint à la connaissance du conseil avant d'avoir pu être exécuté ä. Franz était le digne fils d'un tel père. Sa réputation d'audacieux chef de brigands s'était faite en 1515, durant la guerre privée qu'il avait entreprise contre Worms. Un notaire chassé delà ville et dont les biens avaient été confisqués, était entré à son service, et lui avait cédé quelques quittances sur des bourgeois de Worms. Sickingen en exigea le remboursement devant le conseil de la cité, qui refusa de faire droit à ses injustes réclamations, mais s'offrit à discuter l'affaire en justice. La question fut apportée devant la Chambre Impériale, dont le siège était alors à Worms. La Chambre traita l'affaire comme une question de droit, et défendit au chevalier, sous peine de bannissement, de rien entreprendre contre Worms. « Mais, sans se soucier en rien de la paix publique ou de la justice », Sickingen courut aux armes, et avant même d'avoir lancé un défi à la ville, attaqua audacieusement, dans les environs d'Oppenheim, trente voyageurs de Worms qui se rendaient à la foire de Francfort, et parmi lesquels se trouvait un aucien bourgmestre et plusieurs conseillers. Il les dépouilla de tout ce qu'ils

i Lebensbeschreibung, p. 81, 119, 169, 172, 181. * Voy. ULMANN, Sickingen, p. 6-7.

5i2 EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, SITUATION EXTERIEURE.

possédaient, fit subir lui-même la torture au bourgmestre, et à force de mauvais traitements et de menaces, contraignit les prisonniers à lui livrer de fortes rançons. Alors seulement, il envoya à la ville sa lettre de défi. L'Empereur et la Chambre Impériale le condamnèrent au ban et le mirent hors la loi. Mais il trouva un refuge chez ses compagnons de rapine, Götz de Berlichingen, Hartmut de Cronberg et autres, enrôla, avec l'argent du butin, une troupe de malfaiteurs avides de pillage, dévasta les environs de Worms, fit couper toutes les issues de la ville, détourna les eaux, détruisit les chemins, abattit les ponts, et eut même l'audace de signifier à la Chambre Impériale l'ordre d'avoir à transférer son siège ailleurs. « Autrement », disait-il, « il ne pouvait plus répondre de sa sécurité! » Son ami et associé, Philippe Schluchferer von Erffenstein, commettait au même moment les plus effroyables forfaits à Metz, pillant les convois de marchandises, enlevant les bestiaux du territoire de la ville, mettant à feu et à sang tous les villages d'alentour. Schluchferer et ses compagnons lurent condamnés au bau et mis hors la loi; mais cette mesure resta absolument impuissante.

C'est à un pareil état de choses que la nouvelle division géographique de l'Empire était chargée de remédier. L'Empereur, à Landau, appela les États du Haut-Rhin à une délibération sérieuse sur les moyens de venir à bout de Sickingen, et de délivrer Worms. Mais ceux-ci déclarèrent que l'entreprise était au-dessus de leurs forces, et que, contre Sickingen, il faudrait en appeler à l'Empire tout entier. Alors Maximilicn convoqua les États de tous les cercles impériaux, espérant trouver, grâce à leur assistance, le moyen de soumettre le pertubaleur de la paix publique; mais cette assemblée refusa tout secours, et pendant tout ce temps Sickingen continuait à faire pleuvoir sans relâche sur les habitants de Worms toutes les calamités possibles, dépouillant, massacrant les bourgeois qui tombaient entre ses mains (1515-1517). Les États ne voulurent rien faire pour la ville libre; l'Empereur seul envoya à son secours quelques centaines de cavaliers allemands et bourguignons, ordonnant en même temps au maréchal de la basse Alsace de faire des armements considérables.

Peudaul que Worms était ainsi la proie de ces hardis brigands, Sickingen, de son côté, se faisait redouter comme chef de bande. Devenu l'auxiliaire du comte de Gerolsdseck, il dévastait et incendiait les possessions du duc de Lorraine, avec mille chevaux et quelques bandes de lansquenets. Mais, peu de temps après, le duc lui ayant fait offrir nue pension, il entra à son service. Cette campagne contre un prince d'empire fonda son renom militaire en Allemagne1.

1 ULMANN, Sickingen, 24, 5î, 9i.

Par l'intermédiaire du comte Robert de la Marck, surnommé le « Sanglier des Ardennes », Sickingen entra en négociations avec la France, et François Ier, qui dès lors nourrissait l'espoir de devenir un jour empereur, prit à sa solde le chevalier banni. Pour un revenu annuel de plusieurs milliers de francs, Sickingen promit de défendre le roi de France contre « tous ses ennemis » ' (par conséquent, contre IWaximilien). Aidé de la chevalerie allemande, il se faisait fort, disait-il, de placer la couronne impériale sur la tète du souverain français. « Mon dessein », disait-il à un confident du Roi, « est de fortifier le parti de votre maître parmi la noblesse allemande. Il ne peut attendre de secours vraiment utiles que de simples chevaliers comme moi; s'il s'adresse aux princes souverains, et surtout aux électeurs, il sera infailliblement déçu; ils prendront volontiers son argent, mais ne feront que ce que bon leur semblera; au lieu qu'il apprendra avant peu de quelle utilité je lui puis être9! » Il ne rougissait point de soutenir eu face à François Ier qu'il n'était persécuté par l'Empereur qu'à cause de son dévouement pour la France.

Les intrigues formées contre l'Empire gagnaient tous les jours du terrain. Ulrich, « duc et bourreau du Wurtemberg », était l'allié de Sickingen, et secondait les vues du roi de France avec une extraordinaire activité. François Ier disait au délégué du Wurtemberg, Ebrard de Reischach : « Je n'abandonnerai ni le duc Ulrich ni Sickingen dans leur lutte contre l'Empereur. J'engagerai le duc de Gucldre, le comte de la Marck, d'autres de mes alliés, à fournir un secours important à Sickingen et à ses amis, et de cette manière l'Empereur aura pour quelque temps de l'occupation3! »

L'insolence et l'amour de la rapine prirent bientôt chez Sickingen des proporlious inouïes. En mars 1517, il surprit, dans les environs de Maycnce, sept voitures chargées de marchandises appartenant à des marchands d'Augsbourg, de Nuremberg, de Ravensbourg, de Kempten, d'Isny et de Leutkirch; elles faisaient route pour la foire de Francfort. Il se saisit de tous les ballots, et les transporta sans obstacle à travers le Palatinal, jusqu'au château d'Ebernbourg. Au mois de mai de la même année, il marcha contre Lindau avec quatre cents cavaliers et quelques hommes d'armes, fit emmener par ses hommes les troupeaux du territoire de la ville et de quelques villages environnants, et pilla plusieurs églises. Lindau l'avait offensé, disait-il; là avait été convoquée l'assemblée des États du cercle rhénan, qui avait prononcé contre lui la peine du ban.

En présence du péril toujours croissant de l'Empire et de l'insé-

1 La maison de la Marck exceptée.

s Mémoires de Fleuranget, Collect, univers., t. XVI, p. 317-320.

3 Voy. ce document dans Ulmann, p. 6G, 72-73.

54i EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, SITUATION EXTERIEURE.

curité toujours plus grande du pays, Maximilien convoqua les États à Mayeoce dans le but spécial de pourvoir au châliment devSickingen et d'Ulrich de Wurtemberg (30 juin 1517). Pour étouffer la révolte, il réclamait un secours important destiné à protéger efficacement les citoyens; il était urgent d'agir avec vigueur : un homme sur cinquante devait s'enrôler pour la défense générale. Mais la diète se récria vivement sur cette proposition, et la déclara impraticable et dangereuse. « Hélas! » écrivait le délégué de Francfort, Philippe Furstemberg (11 juillet 1517), « personne ne songe aux malheurs, aux violences et aux injustices qui vont fondre sur nous d'un jour à l'autre, si Dieu ne nous protège ! » « En somme » , dL-aii-il une autre fois après avoir énuméré les innombrables griefs des représentants des villes et autres victimes des chevaliers brigands, « on n'entend ici que plaintes et lamentations ; on ne voit que des calamités, et pour les éviter ou les prévoir, personne ne s'avise d'un expédient. Daigne le Tout-Puissant nous faire promptement sentir les effets de sa miséricorde! » Les princes assurèrent les envoyés des villes qu'ils avaient une sincère compassion de leurs peines et prenaient vivement à cœur leurs intérêts. « Mais », ajoutaient-ils, « en présence des événements prompts et inattendus qui viennent de se produire, il nous est impossible de songer à aviser ou à agir. »A la demande pressante desconseillers de l'Empereur, réclamant le prompt recrutement d'une armée, ils répondirent qu'ils espéraient en Dieu ; qu'ils avaient pleine confiance dans la pénétration, l'intelligence et la générosité de Maximilien, grâce auxquelles un tel vote et un tel secours ne seraient jamais nécessaires. L'appauvrissement de la nation, causé par la disette, la grêle, renchérissement des denrées, la rigueur de l'hiver et autres circonstances désastreuses, ne permettait pas de réclamer, encore moins d'obtenir, les secours demandés. Cependant, « pour faire quelque chose » , ils instituèrent un comité chargé d'examiner « les angoisses, maux, nécessités, révoltes, troubles et pertes du Saint-Empire germanique ». Ce comité s'acquitta de sa mission, et présenta un rapport énumérant beaucoup de plaintes, contenant « beaucoup de belles paroles sur la nation allemande », mais extrêmement peu de vues pratiques sur la manière de rendre la paix au pays et d'y faire refleurir la justice et la sécurité. L'archevêque de Mayence, Albert de Brandebourg, donna aux auteurs des « belles paroles sur la nation allemande » une petite cassette avec son portrait. Mais on n'alla pas au delà \

A la diète d'Augsbourg (1518), l'Empereur rappela ce rapport aux États, revint sur les délibérations de Mayence et sur les discus-

1 Sur la diète de Mayence, voy. les manuscrits de la Frankfurts Heichscorrespondenz, t. II, p. 905-953, et la note I, p. 955.

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