‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 274 sur 630 · A QUI DEVAIT ÊTRE IMPUTÉE LA TRISTE SITUATION DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

A QUI DEVAIT ÊTRE IMPUTÉE LA TRISTE SITUATION DE L'EMPIRE

des habitants, d'acheter la paix. Le traité fut signé le 23 septembre, le même jour, précisément, où les ordonnances impériales avaient cru remédier par la voie de la justice au fléau des guerres privées, en menaçant les rebelles de la peine du ban. La Hesse, outre d'autres contributions onéreuses, dut en passer par tout ce que Sickingen voulut, et lui compta d'abord trente-cinq mille florins. Le pays perdit à cette odieuse spoliation environ quatre-vingt-dix mille florins. On évalue à trois cent mille florins d'or au moins (presque un million et demi ') les pertes totales de la population.

Ce vol à main armée qu'il avait fallu plusieurs semaines pour accomplir, dépassa, par conséquent, d'un demi-million la somme que Maximilien demandait inutilement à tout l'Empire comme impôt général pour le maintien de la paix et de la justice; encore ne réclamait-il pas cette somme en une fois, mais en plusieurs années consécutives.

Les espérances conçues par le peuple et par Maximilien au commencement de son règne, ne s'étaient pas réalisées. La situation de l'Empire restait la môme. Vers la fin de sa vie, l'Empereur répétait souvent avec douleur : « 11 n'y a plus de joie pour moi sur la terre! Pauvre Allemagne2! »

Les historiens contemporains, à même d'observer de près les personnes et les choses, et qui avaient assisté au développement des faits, n'hésitent point à rejeter sur les princes la responsabilité d'une déceplion si cruelle. Aucun d'eux n'accuse l'Empereur; aucun d'eux ne cherche à défendre la politique personnelle et étroite des princes et des cités. Beaucoup, au contraire, regrettent que Maximilien n'ait pas assez énergiquemeut sévi contre l'hydre princière, si fatale à l'Empire, et que, s'appuyant sur les classes inférieures, il n'ait pas tenté avec plus de hardiesse une réforme radicale. Trithème nous semble avoir porté sur cette question un jugement très-juste (1513). "L'Empereur», disait-il, «est devenu impuissant. Or lesprinces veulent qu'il consente à cette impuissance, qu'il leur laisse la liberté de tout diriger, et ne règne que selon leur bon plaisir. Ce qu'ils lui accordent par leurs voles, ils le lui refusent par leurs actes. Ils ont accaparé presque tous les reveuus impériaux que Maximilien possédait autrefois. Les douanes, jadis source féconde et certaine de revenus pour

1 Somme énorme; d'après la valeur actuelle de l'argent, elle peut être évaluée à vingt millions de marks au moins. Sur l'expédition de Sickingen contre Metz et la liesse, voyez Ulmank, p. 94-119.

1 Rapporte Cochla-us.

le souverain, sont maintenant presque entièrement entre leurs mains où à la libre disposition des conseils urbains. Les efforts de Maximilien pour restaurer l'ancien ordre de choses ont constamment échoué contre l'avidité, l'étroite personnalité des princes souverains et des villes1. On exige tout de l'Empereur : la paix, la justice, la sécurité; on l'accuse, on le décrie aux yeux du peuple, parce que les troubles vont sans cesse en croissant et que les attaques à main armée se multiplient tous les jours d'une manière effrayante. Mais on ne se demande jamais avec quelles ressources, par quels moyens l'Empereur pourrait remédier à ces désordres. Beaucoup se plaignent avec raison de la trop grande indulgence de Maximilien, défaut particulier à la race autrichienne 2, mais personne ne peut l'accuser équitablement de négligence. Quel souverain, depuis des siècles, s'était plus dévoué à l'Empire? Qui a cherché avec autant d'intelligence à lui rendre la force et l'unité? Oui a puisé dans ses propres trésors avec plus de générosité? Il est triste d'avoir à constater l'inutilité de tant d'efforts! Un jugement sévère atteindra un jour ceux à qui doit être imputé l'ébranlement profond de l'Empire, et l'audace des fauteurs de trouble. Les princes, uniquement occupés de leurs querelles personnelles, laissent les exploiteurs du peuple (voleurs de grand chemin et voleurs secrets, usuriers, accapareurs encore plus haïssables) se conduire comme si, dans l'Empire, nul n'avait souci du bien public, et comme si leur manière d'agir pouvait jamais être justifiée3! »

Le triste spectacle que vient de nous offrir la conduite des princes et des électeurs pendant le règne de Maximilien, se complète, et, d'une certaine manière, s'explique par la conduite que nous allons leur voir tenir au moment de l'élection d'un nouvel empereur. Leur égoïsme, leur manque total de patriotisme, le trafic de suffrages et de promesses auxquels ils se livrèrent vont nous être révélés sous un

1 L'Avcntin déplore de même la triste situation de l'Empereur, qui se voit dépouillé des taxes et des revenus jadis attribués au souverain. « Tous les revenus impériaux», dit-il, «ont été accaparés par les évéques, les princes, les comtes et seigneurs. Lorsque ceux-ci sont offensés par quelqu'un, ils appellent immédiatement l'Empereur à leur secours; Maximilien doit les défendre à ses risques et périls. Mais à moins qu'ils ne soient payés fort cher, et quel que soit le danger commun, eux-mêmes ne font jamais rien ni pour l'Empereur, ni pour le pays. • Annal. Boiorum, lib. IV, p. 366. — Voyez Falke, Gesch. des deutschen Zollwesens, p. 54-58 (Leipzig, 1869), Itb.

ä Henri Bebel, dans le discours qu'il prononça en 1501 au château d'Innspruck en présence de l'Empereur, blâme habilement la trop grande indulgence de Maximilien. Voyez M UTIIEH,/? VLB dem Universitiits und Gelchrtenlebcn, p. 78-79. Keuchlin, dans une letlre adressée à (Juestenberg, dépeint Maximilien comme étant . rebus in omnihus lentus et cunctabundus ». Il souhaitait que l'Allemagne eût un souverain « acrior et agilior ». Bqecking, il. Hutteni Opp. I, p. 459.

3 De Judœis, p. 21b.

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