‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 273 sur 630 · DERNIERS PLANS DE RÉFORME DE MAX1MILIEN · texte numérisé non relu

DERNIERS PLANS DE RÉFORME DE MAX1MILIEN

sions qu'il avait eues avec ses conseillers et avec le comité nommé par la diète. Là-dessus le conseil de l'assemblée se répandit en vaines lamentations, en souhaits, en phrases. Les conseillers de l'Empereur, au contraire, analysèrent les griefs exposés à un point de vue pratique, proposèrent d'y remédier en leur appliquant les lois existantes, rappelèrent les promesses de réforme antérieures, et soumirent à l'examen de la diète cinquante-trois articles nettement formulés, assurant que sans rencontrer de difficultés insurmontables, on pouvait améliorer l'état des choses. Ils réclamaient une réforme radicale dans la justice executive et surtout la proclamation immédiate d'une loi d'Empire touchant la réorganisation de la justice criminelle, loi déjà projetée en 1498 par les Etats de Fribourg. Mais la diète d'Augsbourg fut tout aussi stérile que les autres. Fidèles à leurs anciens usages, les princes firent valoir avec un égoisme mesquin leurs intérêts particuliers, se perdirent en débats inutiles sur l'entretien de la Chambre Impériale, soucieux avant tout de ne point participer aux dépenses qu'elle nécessitait ', et ne firent, en un mot, qu'entraver tout résultat pratique. Aussi les délégués de Francfort donnent-ils à ce sujet libre cours à leur mécontentement. « Plaise à Dieu », écrivent-ils, le 10 juillet 1518, au conseil de Francfort, « que la volonté de Sa Majesté fût exécutée! Nous sommes persuadés que cela remédierait à nos affaires. » « Mais », ajoutent-ils tristement quinze jours après, « tout marche avec une lenteur désespérante. Tout semble fait pour irriter à plaisir; nous sommes* ici pour n'y rien faire. » « Le comité nommé par les États pour délibérer sur la paix et le droit n'aboutit à rien; aucune idée pratique n'est encore sortie de tant de délibérations. On n'a rien décidé, on a encore moins agi. L'erreur abonde. » « Aucune mesure sérieuse n'a été prise au sujet de la Chambre Impériale; d'ailleurs, on ne trouve nulle part les ressources nécessaires à son entretien; personne ne veut être imposé davantage, de sorte qu'on ne peut compter, pour y siéger, sur des gens instruits, loyaux et intelligents. » Trois jours plus tard ils écrivent 3 : « Nous craignons fort que la diète ne se termine promptement sans avoir rien fait de bon, car les princes électeurs, malgré tous les efforts de Sa Majesté, montrent le plus grand désir de se disperser. »

11 ne fut remédié à aucun des nombreux abus dont on avait, de tous les points de l'Allemagne, porté la connaissance à la diète 3. Et pourtant, pendant que l'on perdait ainsi le temps en paroles oiseuses,

1 Voyez GuTF.nnocK, p. 16-,'iO.

5 20 août.

3 Voyez les lettres et les allitérations de la diète d'Augsboury dans la Frankfurts Hcichscorrespondcnz, t. II, p. 963-998.

546 EMPIRE ROMAIN GEIiMANIQUE, SITUATION EXTÉRIEURE.

de nouveaux attentats de Sickingen, de nouvelles ruptures impunies de la paix publique et de tout droit, jetaient l'Empire dans l'angoisse et dans l'épouvante.

L'Empereur avait été contraint de conclure une sorte de paix avec Sickingen (1517); un revenu annuel lui avait été garanti. Désireux avant tout d'ôter à la France l'appui de l'audacieux chef de bandes ', Maximilien avait obtenu de lui la promesse que désormais il servirait fidèlement l'Empereur et l'aiderait à mettre à la raison Ulrich de Wurtemberg, traître à la nation et oppresseur du peuple. Mais une vie sans brigandages et sans guerres privées était absolument intolérable pour Sickingen. Aussi, au mois d'août 1518, saisit-il avec bonheur l'occasion d'entrer au service du prince banni Philippe Schlüchtern' d'Erffenstein, qui se proposait d'attaquer la ville libre de Metz. Avec une armée de deux mille cavaliers et de sept à huit mille hommes de pied, il se jeta dans le territoire de la ville. Les nuages de fumée desbourgades incendiées indiquaient la marche desbandits, dont le nombre augmentait tous les jours. Ils arrivèrent bientôt devant les murs de Metz, et déjà se disposaient à assiéger la ville, lorsque les bourgeois, dans leur extrême détresse, se résignèrent à acheter leur délivrance pour une somme de plus de vingt -cinq mille florins.

Devenu plus puissant encore et plus audacieux, constamment heureux dans ses entreprises, Sickingen résolut de faire sentir à la caste détestée des princes d'Empire une puissance à laquelle rien n'avait résisté jusque-là. « Il montrerait aux princes », disait-il, « dans quelle mesure il pouvait être utile à ses amis et redoutable à ses ennemis! » Tandis qu'il était encore devant Metz, il profita de la mauvaise situation où se trouvaient les possessions du landgrave de Hesse, et résolut de se livrer dans ce malheureux pays à un brigandage grandiose, liest probable que c'est en préméditant ce hardi coup de main qu'il avait enrôlé sa nombreuse bande. Le 8 septembre, il jeta son défi au landgrave Philippe, prince rebelle à l'Empire, et pénétra dans ses États en y portant l'incendie et le pillage. Dès le IG septembre, à l'aide de sa forte artillerie et de trois canons de siège, il commença le bombardement de Darmstadt. Götz de Berlichingen était au nombre de ses alliés. Philippe, qui n'était nullement préparé à une attaque aussi imprévue, et dont les gentilshommes étaient pour la plupart de connivence avec l'ennemi, se vit contraint, pour prévenir la ruine complète

1 Voyez Lb Glay, Négociations, t. II, p. 207. ■ Messire Francisque avait renoncé à sa pension de France au désir de l'Empereur. » < La preuve la plus claire de la faiblesse du pouvoir exécutif ., dit avec raison Cochlaeus, «c'est que Maximilien ait été contraint de pactiser avec d'aussi violents fauteurs de troubles que Sickingen et ses amis, fermant les yeux sur les crimes commis, afin d'éviter autant que possible des forfaits encore plus épouvantables. »

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