PREFACE. III
Il existe en effet un grand nombre de travaux isole's, de dissertations, de monographies se'pare'es sur la vie intellectuelle et T économie politique de l'Allemagne pendant cette période de notre histoire nationale. Presque tous ces essais sont dus à des érudits protestants pleins de savoir et d'impartialité'. Mais ce que nous ne possédions pas encore, c'est un ouvrage complet, résumant dans un seul ensemble tant d'études particulières. Or, un tel livre me paraît indispensable à l'appréciation juste et indépendante de la fin du moyen âge. J'ai donc cherché à fondre dans un aperçu général les études partielles déjà connues du public sur l'éducation populaire, l'instruction religieuse, les sciences et les arts, les conditions de l'économie rurale, les métiers, les classes ouvrières, le commerce, l'économie politique à la fin du quinzième siècle, et j'ai complété autant que possible cet aperçu en y ajoutant le fruit de mes recherches personnelles et surtout de nombreuses citations empruntées à des documents précieux jusqu'ici laissés dans l'ombre ou négligés. Le résultat que j'ai ainsi obtenu ne correspond certainement pas aux idées généralement adoptées sur cette époque si décriée, et mon livre a excité de l'étonnement chez beaucoup de mes lecteurs. J'avoue sincèrement que, pendant les longues années consacrées à cette étude, j'ai bien souvent éprouvé la même surprise. Je me suis efforcé d'exposer avee simplicité la vérité historique telle que j'ai pu la saisir en puisant aux sources mêmes de l'histoire. Je me sens indépendant de toute autre « tendance » .
Le grand fait historique de la révolution du seizième siècle ne s'est pas accompli seulement sur le terrain ecclésiastique et religieux : il s'est produit d'une manière peut-être encore plus directe dans le domaine économique, judiciaire et social. Plus, dans le cours de mes études, ce fait s'imposait à ma conviction, plus aussi je m'attachais à l'analyse scrupuleuse des événements qui préparèrent cette révolution, et entraînèrent peu à peu la chute de l'ordre social du moyen âge, fondé tout entier sur la doctrine de l'efficacité des bonnes œuvres pour le salut.
11 fallait avant tout tenir compte de l'influence fatale (si sensible dès la fin du quinzième siècle) exercée en Allemagne par l'adoption du droit romain, droit transplanté d'une terre étrangère et