‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 346 sur 630 · PHILOSOPHIE D'ÉRASME · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE D'ÉRASME

moder, parce que nous n'avons aucun moyen de nous y soustraire. » « Quand bien même elle anéantirait l'homme tout entier, il faudrait encore l'accepter avec insouciance, puisqu'elle met un terme aux peines de la vie! » « Quand la mort délivre l'âme, dont l'origine est si pure, de cette grossière maison de travail et de corruption qui est notre corps, il faut féliciter celui qui dit adieu au monde : il a retrouvé la bieuheureuse liberté. » De Jésus, dispensateur de la vie éternelle, fondement de notre espérance, Érasme ne dit pas un seul mot1.

Telle est la « nouvelle culture », la « philosophie chrétienne », la « science théologique épurée » que propagea cet illustre humaniste, qui fut pendant si longtemps la première puissance intellectuelle de l'Occident et le centre vivant de l'Europe littéraire. Ses écrits étaient l'objet d'un enthousiasme sans exemple3. On les « dévorait » avec une incroyable ardeur. Lui-même raconte avoir été salué des noms de « prince de la science », de « précurseur triomphant de la vraie théologie »,d* «étoile et de parure de l'Allemagne3. » Lorsque, dans l'automne de 1513, il revint d'Angleterre, son retour, regardé comme un événement grand et joyeux pour l'Allemagne, fut célébré comme la fête générale de tous les esprits cultivés. Dans beaucoup de villes, il fut presque reçu en roi. Des députations allèrent au-devant de lui, prononcèrent des harangues, lui remirent des adresses et des présents. Ulrich Zasius lui-même était si épris des dons brillants, de la culture variée, du latin exquis d'Érasme, qu'il l'appelait le plus grand savant qu'ait jamais produit l'Allemagne4.

1 Voy. Stichart, p. 261-266. — Ailleurs il s'exprime sur la mort non eu chrétien, mais en vrai disciple de la philosophie païenne. Dans une de ses épîtres {Op., m, p. 784-787, ep. 671) il dénature complètement la juste crainte qu'éprouve le chrétien à la pensée d'une mort soudaine et imprévue :

• Verum dictu um um, quam vulgus execratur subitam mortem, adeo ut nihil frequenlius, nihil vehementius apud Deum et divos deprecentur quam mortem subitaneam ac improvisam. ■ « Da mihi, inquiunt, veram contritionem et puram confessionem ante mortem. Et hoc petunt nonnunquam a diva Barbara aut Erasmo. Obsecro, quid alii isti petunt, quam, Iiceat mihi male vivere, et da tu bene mori. • Érasme avoue sa préférence pour une mort subite : « quam paucos corrigit longa a'grotalio si (amen ullos corrigit ■ , et répète là encore la maxime païenne : • Ab omni philosophia videtur alienus, qui miserius ducit mori natum quam nasci morituruin. • — Feugère (p. 362-364), comparant les idées d'Érasme avec celles de Montaigne, dit à ce propos : ■ C'est déjà l'esprit philosophique cherchant à dissiper les terreurs religieuses des derniers instants de l'homme. Érasme, comme plus tard Montaigne, n'est pas éloigné d'envier aux anciens cette mort paisible à laquelle ils arrivaient sans chagrin, dans un état de somnolence confuse. •

* Un éditeur de Paris imprima jusqu'à vingt-quatre mille exemplaires des Colloques. Drummond, t. I, p. 179.

3 Op. III, p. 862, ep. 746.

4 • Hoc enim fateri et ex judicio possum •, écrivait-il en 1515 à Érasme,

• sexcentis et amplius rétro annis doctiorem te Germania vel omni nunquam contigisse. • Erasmi op., m, 1540, App. ep. 27. — Zasius s'estimait heureux

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