‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 345 sur 630 · PHILOSOPHIE D'ERASME · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE D'ERASME

chrétienne, Érasme affirme que cette éducation consiste surtout dans l'acquisition d'une culture délicate, dans l'observance exacte des conseils suggérés par le bon sens, et dans l'emploi de tous les moyens que nous fournit la prudence humaine pour vivre honorablement. « 11 dit et enseigne dans ses Entretiens », dit Luther, « beaucoup de choses impies qu'il prête à des personnages fictifs, dans le dessein prémédité de combattre l'Église et la foi chrétienne. » Le livre des Entretiens, destiné surtout à la jeunesse, contient néanmoins les railleries les plus acérées contre les moines, la vie religieuse, les jeûnes, les pèlerinages, etc.; on y trouve même quelques passages lascifs1. Il était impossible à Érasme, même quand il offrait au public des remarques sur la sainte Écriture, de dissimuler entièrement une lubricité de faune*.

Voici l'abrégé de sa philosophie : « La sagesse humaine doit régler notre vie. Puisquenousne pouvons éviterlamort, ilnous fautl'accepter avec résignation. » Dans son traité sur le Mépris de la mort, où il s'efforce de consoler un père de la mort de son fils, âgé de vingt ans, il cite différents passages tirés des poètes païens sur la rapidité et la misère de la vie; nous y retrouvons le célèbre axiome : « Ce qu'il y a de préférable, c'est de nepasnaitre; ensuite, c'est de disparaître le plus tôt possible de cette vie. » «Qui pourrait », ajoute Érasme, « ne pas donner son entier assentiment à cette maxime? » « Le sage doit tout supporter avec un courage plein de sérénité. Le deuil ne sert de rien aux morts, et nuit beaucoup aux vivants. » Ce n'est que vers la fin du traité qu'il place quelques réflexions où Ton peut trouver un semblant de christianisme : « Après m'être servi jusqu'ici de tout ce que j'ai pu recueillir dans les auteurs païens de plus propre à vous consoler, je veux maintenant vous expliquer en peu de mots ce que la piété et la foi chrétienne demandent de vous. » Les phrases suivantes doivent donc passer à nos yeuxpour chrétiennes: « Tout en admettant que la mort soit affreuse, nous devons néanmoins nous en accom-

1 « N'a-t-on pas lieu de s'alarmer », dit Kellner (Erziehungsgeschichte, t. I,p. 238- 240), « lorsque dans un écrit destiné à la jeunesse et sorti de la plume d'un savant et d'un prêtre, nous trouvons la conversation légère de deux femmes sur leurs maris, les entretiens d'un amoureux avec sa belle, d'un jeune homme avec une femme de mauvaise vie? » « Érasme, dans ce livre, fait de certains plaisirs voluptueux des descriptions dangereuses, qu'il s'efforce de faire passer en les accompagnant de conseils édifiants. » — Voy. aussi Müller, p. 240-241. Dans la dédicace de la seconde édition de son ouvrage, Érasme affirme que bien des gens, grâce à lui, sont devenus meilleurs latinistes et gens de meilleure vie. Assurément la jeunesse pouvait faire de réels progrès dans la langue latine à la lecture de ces pages écrites d'un style si élégant, si naturel; mais qu'elle s'y soit moralement améliorée, c'est ce qui n'est guère admissible. L'influence des Entretiens fut énorme. Les Colloques, dit Durand de LAUR(t. II, p. 56), « vulgarisèrent la Renaissance et la firent pénétrer dans l'esprit de la jeunesse ». Pour l'histoire de la culture intellectuelle à cette époque, le livre de Laur est une mine féconde. Voy. Peschek dans Y Anzeiger für Kunst deutscher Vorzeit, t. III, p. 139-140.

9 Voy. Stichart, p. 247-248.

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