CERCLE D'HUMANISTES A ERFURT
ils surpassaient les Italiens, qui n'auraient jamais pu lutter avec Eoban Hessus, lequel était en état de vicier d'un seul coup un énorme broc de bière. Aussi était-il célébré en tous lieux comme « un très-illustre buveur ' ».
Quant au triste mélange de vérités chrétiennes et de maximes païennes dont gémissaient tous les esprits sérieux et qu'ils reprochaient à bon droit aux humanistes d'Italie, on en voyait aussi en Allemagne les plus déplorables exemples. Conrad Mutianus Rufus et le cercle des humanistes, dont il était l'âme à Erfurt, en étaient surtout responsables.
Parmi les universités de l'Allemagne du Nord, Erfurt s'était de bonne heure distinguée par son zèle pour les études classiques. Les lettres et les sciences y avaient pris le plus heureux essor, grâce au soutien que leur avaient prêté les trois plus éminents professeurs de l'Université : les théologiens Jodocus Truttefetter d'Eisenach, Barthélemi Arnoldi Usingen, et le légiste Henning Goede. C'est à ces hommes que la haute école d'Erfurt avait dû l'éclat dout elle brilla durant les dernières années du quinzième siècle. Leur fidélité à la foi catholique leur attira des injures et des calomnies de plus d'un genre au début des querelles religieuses; mais avant ces lamentables troubles, ils avaient entretenu les rapports les plus affectueux avec les principaux représentants de l'humanisme. Maternus Pistoris et Nicolas Marschalk étaient de leurs amis. Ces derniers, dans leur enseignement, s'attachaient exclusivement à l'explication des auteurs antiques, estimant que cette étude devait avoir le premier rôle dans l'éducation de la jeunesse; mais néanmoins leurs vues étaient sages et modérées. Ils ne réclamaient point un privilège exclusif pour l'humanisme, et, malgré leur enthousiasme pour les classiques, ils ne prétendaient
1 Voy. Schwf.rtzell, p. 13-1 ï - Lorsque Eoban était a jeun, qu'il n'avait pas encore bu », lisons-nous dans un écrit contemporain, « il y avait in vuku ejus une superbe granitas et modcstia. * Pour cacher la rougeur suspecte de son nez, Eoban emprunta un jour à l'un de ses amis la recette d'une certaine poudre, accompagnant sa requête de ces mots : « Même s'il m'était prouvé que la sobriété est nécessaire à la beauté du nez, je dirais toujours que la routeur rouge m'est infiniment plus chère que la blanche. » Il s'enivrait bien souvent même avant d'avoir déjeuné. Hier il n'a pas pu écrire, mande-t-il à son ami, parce qu'il s'est ■ grisé à fond • ; aujourd'hui il écrit avant le déjeuner, encore complètement à jeun, car pendant le déjeuner il pourrait bien se faire qu'il se laissât aller à quelque faiblesse humaine. Krause, Eobanus Hesse, t. II, p. 106. — Cela ne l'empêchait pas d'écrire des vers contre l'ivrognerie. s<:iiwfi\tzf.ll, p. 24, 29-30.