‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 353 sur 630 · INFLUENCE NÉ0L0GI0UE DE MUTIAN SUR LES HUMANISTES D'ERFURT · texte numérisé non relu

INFLUENCE NÉ0L0GI0UE DE MUTIAN SUR LES HUMANISTES D'ERFURT

point réformer par eux la théologie. Ils laissaient debout l'ancien ordre de choses, et ne se permettaient point de toucher aux principes fondamentaux du christianisme '.

C'est à dater du jour où Mutian, chanoine de Gotha, entreprit de diriger les jeunes humanistes d'Erfurt, qu'un violent amour pour les nouveautés commença à monter à la tête des « poètes » de l'Université. Dans un certain groupe d'étudiants, dont faisaient partie Eoban Hessus, Crotus Rubianus, Petrejus Eberbach, Georges Spalalin, Juste Jonas, Hérébord von der Marthen, et pendant quelques temps Ulrich de Hütten, Mutian passait pour le « maître intègre de la vertu », pour le « père de la paix bienheureuse ».

Mutian, en Italie, avait été un ardent adepte du néoplatonisme, alors si florissant en ce pays. Il admirait tout particulièrement Politien et Marcile Ficin. Il n'a pas exposé ses idées dans de savants traités, ayant coutume de dire que ni Socrate ni Jésus-Christ n'avaient rien laissé par écrit; mais sa volumineuse correspondance avec ses amis ne laisse subsister aucun doute sur ses tendances, et il est évident que, pendant un certain temps du moins, il rompit complètement avec tout christianisme positif.

Il concevait le christianisme comme la doctrine de l'humanité pure, directement opposée au mosaïsme, mais, au fond, absolument indépendante des faits de la révélation.

« Je vais te proposer », écrit-il à Spalatin, « non pas une énigme tirée des saintes Ecritures, mais une question nette et positive, que les études profanes t'aideront à résoudre. Si le Christ est la voie, la vérité, la vie, qu'ont donc fait tous les hommes qui ont vécu durant tant de siècles avant sa naissance? Se sont-ils égarés? Étaient-ils plongés dans les sombres ténèbres de l'ignorance, ou bien ont-ils participé au salut et à la vérité? Permets-moi de t'offrir ici le secours de mes propres réflexions. La religion du Christ n'a pas commencé avec l'Incarnation, car elle était avant tous les siècles, comme la première naissance du Verbe. Qu'est-ce après tout que le Christ, qu'est-ce que le propre Fils de Dieu, sinon, comme le dit saint Paul, la sagesse du Père? Or cette sagesse n'a pas été exclusivement dévolue aux Juifs; elle n'a pas été reléguée dans un coin étroit de la Syrie; elle a brillé chez les Grecs, les Italiens et les Germains, bien qu'ils eussent des usages religieux fort différents de ceux des Juifs. Cain offrait à Dieu les fruits de la terre, mais Abel composait son sacrifice des plus belles de ses brebis. Quant à ce qui faisait la matière des sacrifices d'action de grâces et d'expiation dans d'autres pays, si tu

1 Pour plus de détails voy. Kampschutte, t. I, p. 27-71.

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