‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 358 sur 630 · LES SCOLASTIQUES CONTRE LES HUMANISTES · texte numérisé non relu

LES SCOLASTIQUES CONTRE LES HUMANISTES

nant, comme des histrions ou bien comme des coqs dressés pour le combat, traversent l'Allemagne en tous sens, excitant partout où ils se montrent les inimitiés et les querelles? Leurs mœurs sont relâchées, inconvenantes, pour ne rien dire de plus fort. 11 est extrêmement rare de trouver parmi eux quelque respect pour ce qui est saint et vénérable. Ils n'excellent qu'à railler, à mépriser ce qui est établi, et celui qui ne veut pas aider à leur œuvre de destruction passe à leurs yeux pour barbare. »

L'Allemagne fourmillait de parasites littéraires, de brouillons, de libellistes; tous prenaient un plaisir particulière faire pleuvoir sur les moines une grêle d'injures et de quolibets. 11 était par conséquent dans la nature des choses que les Ordres religieux se montrassent vivement opposés à l'influence des poètes; et si, au milieu de la bataille, rendus méfiants et intolérants par le péril, fréquemment ignorants par crainte d'une fausse science, ils dépassèrent souvent de beaucoup les bornes de la modération, cela n'est que trèsnaturel. Dans les chaires, dans les Universités, les religieux et les théologiens scolastiques tonnaient contre les poètes, leur reprochant de propager une science antichrétienne, de faire plus de cas de l'art de bien dire que de la vérité elle-même, et de se servir de méthodes qui dispensaient la jeunesse de tout travail intellectuel, solide et utile; ils les traitaient d'impies, et les déclaraient entachés de paganisme. Les temps étaient malheureusement venus, disaient à la fois professeurs et prédicateurs, où les hommes, suivant la prédiction de l'Apôtre, las de la vérité, se porteraient vers toutes sortes d'erreurs et de vanités; il était urgent d'arrêter le mal. La prédication de l'Évangile n'avait pas consisté dans les belles paroles de la sagesse humaine; il fallait à tout prix interdire l'étude pernicieuse des poètes et des écrivains païens '.

« Dans l'intérêt de la jeunesse, il faut tarir cette source d'où s'épanche un fleuve d'iniquité », disait en chaire un Dominicain de Cologne (1516). « Ou bien souffrira-t-on plus longtemps que nos jeunes gens soient égarés par des hommes qui ne rougissent pas de mettre entre leurs mains les poètes les plus licencieux de l'antiquité, les expliquent dans leurs cours par des gloses inconvenantes, assaisonnant leurs leçons d'attaques et de satires grossières contre l'Église et la papauté? Veut-on voir notre jeunesse plus longtemps guidée par des maîtres qui assimilent la Bible aux auteurs païens, et osent dire qu'on peut apprendre dans ces derniers plus de vérités utiles que dans la Sainte Écriture? Que tous les anciens poètes, et aussi les

1 c'est ainsi que l'humaniste Hermann van dem Busche, souvent cité déjà, résume, dans son Valium humanitatit (éd. Burkhard, p. 27, 29), les griefs des théologiens de Cologne. — Voy. Kfrker, p. 535.

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