MUTIAN CONTRE LES HUMANISTES
nouveaux, peut-être plus dangereux encore, soient donc bannis de nos écoles ' ! »
Les humanistes et les hellénistes qui cherchaient, à la manière d'Érasme, à transformer la science théologique et à discréditer la scolastique tout en affectant des sentiments de piété, passaient à juste titre pour les propagateurs les plus dangereux du mouvement qui se produisait alors2.
Mutian était au nombre des contempteurs les plus acharnés de la scolastique. Il appelait la lutte que l'humanisme soutenait contre elle le combat de la lumière contre les ténèbres, et faisait partager à toute la ligue des poètes, entièrement sous son influence, sa profonde horreur pour « les sophistes, race haineuse, arrogante et cupide ». Une partie des compositions poétiques dont il gratifiait ses élèves respire la haine la plus passionnée pour la scolastique. Il voulait le complet anéantissement des anciennes écoles, et de toutes les institutions qui en dépendaient. Les grades académiques, par lesquels les « sophistes » maintenaient leur empire, lui paraissaient « burlesques, pour ne rien dire de plus ». « Là où la raison préside », disait-il, « on n'a que faire des docteurs. Les hommes véritablement cultivés n'ont aucun besoin de se tourmenter pour acquérir le titre barbare et creux de bachelier ou de magister 3. » « L'école est le domaine des grammairiens, et le théologien n'y est d'aucune utilité. Aujourd'hui, les singes théologiens remplissent l'école, et mettent au jour une foule d'impertinences. » « Dans les hautes écoles, un sophiste, deux mathématiciens, trois théologiens, quatre juristes, cinq médecins, six maîtres d'éloquence, sept professeurs d'hébreu, huit hellénistes, neuf grammairiens et dix philosophes sensés suffiraient amplement pour représenter et régir toutes les sciences1. » La plupart des disciples de Mutian imitaient leur chef, et se répandaient en violentes invectives contre les « sophistes » et les anciens
1 Voy. Lucubratwnes 43. Le prince de carpi demandait aussi que les poètes latins fussent interdits dans les écoles. Érasme lui-même, dans sa vieillesse, témoin de leur mauvaise influence sur la jeunesse, était de la même opinion. Dans une lettre au recteur du collège de Louvain (14 août 1527), il recommande qu'on lise aux écoliers des auteurs chrétiens, par exemple le Babylas de Saint Jean Chrysostome. "Ethnicos autores », ajoute-t-il, • ob sermoniselegantiam professoribus legendos arbitror potius quam adolescentibus pra>legendos. » Op. III, p. 996, ép. 580. — Voy. aussi son opinion sur les cicéroniens qui remettent le paganisme en honneur, dans Durand de Laur, t. II, p. 121-126.
s Voy. le dialogue composé par Latomus, professeur de Louvain. Il appartient aux écrits les plus importants alors composés contre les humanistes. De tribus linguit et ratione studii tkeologici. Lovaniae, 1519. Latonus avait d'abord été partisan de l'humanisme, comme Érasme lui-même l'avoue. Op. III, p. 405, ép., 380.
3 Kampschulte, t. I, p. 112-115.
* Dans Tentzel, p. 161; Krause, Brie/wecksel, p. 331.