‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 365 sur 630 · LE MIROIR DES YEUX · texte numérisé non relu

LE MIROIR DES YEUX

comme si nécessaire. 11 s'était exprimé en termes méprisants sur les « fourbes » que des motifs bas et intéressés font passer au christianisme. Pfefferkorn n'eut connaissance de ces attaques, non destinées à la publicité, qu'en sa qualité d'examinateur officiel; cependant, comme s'il eût été atteint comme individu dans son honneur privé, il répondit avec virulence aux accusations de Reuchlin, dans un écrit intitulé : le Miroir à la main (1511). Reuchlin riposta sur un ton plus violent encore dans son Miroir des yeux, où il traite Pfefferkorn de « vulgaire coquin », d' « écrivain déloyal », de « nature diabolique », livrant à la publicité le jugement que Pfefferkorn avait communiqué par écrit à l'Empereur, et le faisant suivre d'un commentaire.

Ces deux écrits n'étaient pas le programme de deux partis, mais seulement l'exposé des griefs mutuels de deux particuliers. Les théologiens de Cologne n'avaient rien à voir dans le Miroir à la main de Pfefferkorn, et les « poètes » rien à faire avec le Miroir des yeux de Reuchlin '.

Cependant, peu de temps après, on voit les « grands partis » se former. Le Miroir des yeux parut pendant la foire de Francfort (automne 1511), et fit une sensation profonde.

Bientôt il se répandit dans l'Allemagne entière. Y découvrant des propositions hérétiques, absolument opposées à l'enseignement de l'Eglise, le curé de Francfort, Meyer, selon les devoirs de sa charge et sur la requête de l'archevêque de Mayence, Uriel, envoya un exemplaire du livre à la faculté de théologie de Cologne. Cette faculté, de par l'autorité papale, possédait en Allemagne un droit souverain de censure. L'Université de Cologne, avec ses deux mille étudiants, son importance considérable, la gloire, la réputation dont elle jouissait, avait alors incontestablement le premier rang parmi les Universités rhénanes2, et sa faculté de théologie était la plus influente

1 De tous les historiens modernes, c'est Geiger qui, dans sa bibliographie de Reuchlin, a jugé cette célèbre querelle de la manière la plus impartiale et la plus sagace. « Aucun des historiens qui racontent l'affaire », dit-il (page 257, note), « ne l'a appréciée équitablement, par les procédés d'une sage critique. Les faits, pris isolément, n'ont point été confrontés dans leurs diverses versions, lorsque ce cas s'est rencontré, ni ensuite appréciés séparément à leur juste valeur. On parcourt sommairement les pièces émanant des adversaires de Reuchlin, puis on prononce une rapide sentence, en ayant surtout égard aux témoignages de ses amis, c'est a tort qu'on pense glorifier la cause de Reuchlin en rabaissant ses contradicteurs. On pèche contre l'histoire et par conséquent confre l'équité en mesurant avec des poids différents amis et ennemis. »

2 Voy. notre premier volume, p. 76-78. Voy. Krafft, Documente und Briefe, p. 117-177,181-202.— . En étudiant les choses de près », ditKr«fft (p. 184), -il est intéressant d'énumérer, d'une part, le grand nombre d'écrivains savants, de professeurs éminenls, de l'autre, les jeunes et militantes énergies qui alors se rencontraient et se combattaient à Cologne » (1512-1514).

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