REUCHLIN ET LES THÉOLOGIENS DE COLOGNE
de toute l'Allemagne. Les docteurs qui y étaient alors les plus en renom étaient le régent du collège de Saint-Laurent, Arnold de Tongres1, et les deux Dominicains Conrad Collin * et Jacques Hochstratten 3.
Aussitôt que Reuchlin eut appris qu'Arnold de Tongres était chargé d'examiner son livre, il lui écrivit (18 octobre 1511) : il s'estimait heureux, lui disait-il, qu'un homme de sa valeur lui eût été donné pour juge; éminent dans la science, il saurait être indulgent pour la faiblesse humaine. En exprimant son opinion sur les livres juifs, Reuchlin assurait n'avoir jamais eu l'intention de blesser personne, ni d'empiéter sur les droits d'aucune Université. Il vénérait la science, et en premier lieu la théologie; mais il ne l'avait jamais étudiée à fond, et s'il mêlait à ses ouvrages des citai ions théologiques, c'était à peu près comme un curé de village introduisant la médecine dans ses sermons. S'il avait commis quelques erreurs, il demandait qu'elles lui fussent signalées; il était prêt à les rétracter, car en toutes choses il entendait persévérer dans son obéissance envers l'Église, et garder l'intégrité de la foi *. Écrivant à Collin, avec
1 Sur Arnold de Tongres voy. notre premier volume, p. 79-84. L'humaniste Jean Murmellius se regardait comme très-redevable au célèbre Arnold, et ne savait ce qu'il devait le plus admirer en lui, ou de son caractère ou de son savoir. En 1510, il lui dédia un ouvrage pédagogique. — Bocking, Supp., t. I, p. 392. — Voy. Cornélius. Münsterische Humanisten, p. 29. — L'humaniste Jean Butzbach a dit d'Arnold : « Vir in divinis scripturis egregie eruditus et saecularis philosophiae non infime peritus, sacrae theologiae apud Coloniam modo insignissimus professor, fama doclrinae suae undique notus, quippe qui eruditionis suae magnitudine et christiana: fidei zelo almam illam Coloniensium universitatem magnifiée hoc tempore nostro illustrât. • ■ ...devotus Christi sacerdos et doctor integerrimus. » Et à propos du mémoire d'Arnold intitulé Contra concubinarios presbiteros : • Omnes autorem maledicunt, vitupérant, lacérant et carpunt mali sacerdotes. » Voy. les Auctarium de Butzbach dans la Zeitschrift des Bergischen Geschitscereins, t. VII, p. 260. Les « mali sacerdotes ■ se seront certainement joints aux humanisles de mœurs dissolues, comme Huttcn et Crotus Rubianus, pour attaquer le digne homme. Pourquoi Böcking, qui, dans son commentaire des Epist. obscurorum virorum [Ulrich Hutteni, Suppl., Op., II), se sert fréquemment des Auctarium pour ce qui touche aux amis de Reuchlin, passe-t-il sous silence un passage favorable à Arnold qui se trouve à la p. 147 (p. 151 ? Après trois siècles écoulés, l'esprit de parti doit-il donc encore subsister, même dans les recherches des savants?
- Sur Collin. voy. Veesenmeyeî\, dans les archives historiques de Slâudlin (Halle, 1825), t. I, p. 470-501. Lorsqu'il était professeur de théologie a Heidelberg, collin enseignait avec un tel succès, qu'étant allé se fixer a Cologne eu 1511,1e doyen de la faculté de philosophie d'Heidelberg, a la demande générale, insista pour que ses cours fussent publiés pour le plus grand avantage de leur Université (p. 474). — Le suisse Henri Bullinger, en 1545, longtemps après avoir quitlé l'Église catholique, parlait encore de lui comme d'un egregius Thomista. Voy. Zeitschrift des Bcrgischcn Geschichlsverein, t. VI, p. 265.
3 Voy. H CREMANS, He Jacobire Hochslrati vita et scriptis. Bonnw, 1869.
4 • Quidquid igitur ■, écrit-il, ■ sancta ecclesia, quae est columna et firma-