LES " POETES » SE DECLARENT POUR REUCHLIN
îionoù la foi est intéressée, ils deviendront de plus en plus insolents, et en viendront jusqu'à attaquer la vérité théologique elle-même1. » Tandis que les premiers et les plus vénérables maîtres de l'humanisme, Jacques Wimpheling, Sébastien Brant *, tout amis de Reuchlin qu'ils fussent, déclaraient ne pas approuver sa conduite, les « poètes », en grand nombre, prirent fait et cause pour le savant helléniste, et l'excitèrent à aller toujours plus avant. Influencé par eux, Reuchlin, autrefois si digne et si grave, changea complètement d'allure et de langage. Ses procédés actuels contre les théologiens de Cologne étaient absolument étrangers à ses habitudes d'esprit comme à son caractère. Les « poètes », se formant pour la première fois en ligue serrée, firent servir les griefs de Reuchlin à leur haine contre l'autorité ecclésiastique et la scolastique, et dirigèrent particulièrement leurs attaques contre les Dominicains, qui représentaient alors dans toutes les Universités les traditions de cette école.
Malheureusement, la guerre contre les Frères prêcheurs fut servie par un crime dont une relation, rédigée en latin et en allemand, répandit partout le scandale. Quatre Dominicains de Berne, ayant abusé le peuple par de soi-disant apparitions miraculeuses, venaient d'expier leur imposture sur le bûcher (1509). Les hauts dignitaires de l'Église, les évêques de Lausanne et de Sion, et le légat investi du pouvoir papal, avaient conduit le procès et prononcé la sentence. Sur la place du marché, les coupables, par l'ordre du légat, avaient été dépouillés de leurs vêtements sacerdotaux, déclarés déchus de leur dignité de prêtres, et livrés au bras séculier. Cet incident scandaleux devint le prétexte d'une grêle d'injures que les « poètes » firent pleuvoir sur les autorités ecclésiastiques et sur le clergé en général. Ils en profitèrent tout d'abord pour flétrir l'Ordre des Dominicains, auquel avaient appartenu les quatre misérables 3.
Tout moine et tout prêtre mentent et trompent », répétaient les humanistes, - et le devoir de tout homme éclairé est de s'opposer à eux*. *
Mutian s'offrit pour diriger la campagne. Déjà, en octobre 1512, il avait écrit à Petrejus qu'en sa qualité de « panégyriste de Reuchlin », il entendait bien prendre sa cause en main. Après que le rapport d'Arnold de Tongres eut été publié, il jugea que le moment était eufin venu de « crever les yeux aux corbeaux 5 ».
1 Voy. Geiger, p. 305.
* Voy. Schmidt, Notice sur Sébastien Brant, Revue d'Alsace, nouvelle série, t. III, p. 41-42.
3 Voy. ce qui concerne le • Bernense srelus » dans Bôcking, Ulrich Huiteni op. Suppl., t. II, p. 305-314.
4 Lucubraliones, p. 29.
i Voy. Kampschulte, t. I, p. 151-156. — Krause, Briefwechsel, xlv H.