‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 373 sur 630 · MUTIAN POUR ET CONTRE REUCHLIN · texte numérisé non relu

MUTIAN POUR ET CONTRE REUCHLIN

Cependant il avouait, en secret, il est vrai, à ses plus intimes amis, que la condamnation de Reuchlin lui semblait juste; que Reuchlin, dans son rapport sur les livres juifs, s'était exprimé avec plus de présomption que l'intérêt de tous ne semblait le réclamer; que pour soutenir son opinion il avait accumulé des reproches odieux; que son orgueil était insupportable; qu'il s'était posé avec arrogance en savant de premier ordre; enfin qu'en flattant les Juifs il avait desservi les chrétiens, et donné aux âmes faibles une occasion de scandale '.

Néanmoins, entraîné par sa haine pour les « barbares », Mutian continuait à faire de la propagande parmi les humanistes au profit d'une cause que lui-même trouvait mauvaise : « Puissent les dieux confondre les théologastes! » répétait-il à ses amis; « ils ne méritent pas d'être protégés par les lois; il faut les empêcher d'en recueillir les bienfaits 2. » Le nombre de ses partisans secrets croissait tous les jours, et, plein de joie, il écrivait à Reuchlin : « D'excellents jeunes gens affluent quotidiennement chez moi. Tu vis dans leur cœur et sur leurs lèvres 3. >> Ces nouveaux adeptes s'empressaient, à peine reçus dans l'armée des poètes, d'apporter leur hommage à Reuchlin en de louangeuses épîtres, où ils l'encourageaient à persévérer dans une lutte « devenue inévitable » contre la « race réprouvée ». L'un d'eux débute en ces termes : « Très-saint père, la paix soit avec toi! » Un autre appelle Reuchlin « un Hercule vainqueur, triomphant des

1 Voy. cette remarquable lettre dans Tentzel, p. 137-143. — Krause, Briefwechsel, p. 350-354. Mutian consentait à ce qu'on accordât à l'Église une obéissance extérieure, et sa manière de voir se traduit clairement dans ses paroles : «Auctoritatem ecclesiae refellere, cum sis hujus corporis membrum, et contumeliosum est et plénum impietatis, etiamsi errores deprehenderis. Scimus multa esse ficla a viris sapientissimis et non ignoramus cxpedire vitœ ut hommes religione fallanlur. » En terminant, il recommande à son ami de ne reproduire rien de ce qu'il lui écrit, et de jeter tout au feu. » Est-ce là ce même Mutian ■ , dit Geiger (Reuchlin, p. 351), ■ qui s'indignait en voyant l'Université d'Erfurt condamner le livre de Reuchlin, et entrait en fureur contre les théologiens de Cologne, parce qu'ils avaient livré aux flammes le Miroir des yeux? Ne reconnaissait-il qu'à lui et à ses amis les savants le droit de prononcer en pareille matière? Refusait-il aux illettrés l'entrée du sanctuaire? Est-ce un hypocrite, qui d'une main écrit à tous les savants pour les presser de prendre la défense de Reuchlin, et de l'autre confesse en secret à un ami que la condamnation de Reuchlin lui semble juste? -

4 Voy. Kampschulte, t. I, p. 171. Une lettre de Mutian à l'humaniste Hérébord von der Marthen montre avec évidence le peu de part qu'avaient les motifs moraux dans son attitude agressive contre les théologiens de Cologne, il donne à Hérébord, qu'il cherche à attirer au parti de Reuchlin, un conseil bas et honteux, à propos des théologiens, « ces sophistes, ces moutons imbéciles ■ . — Cette lettre se trouve dans l'ouvrage de Tentzel, p. 97-98, ep., 125. Mais Tentzel a omis le passage où Mutian dissuade Hérébord du mariage : • Audivi aliquid de sponsa. Cave futuas in matrimonio. Contentus sis fututione extraordinaria ■ Frankfurter Codex der Mulianischen Briefe, fol. 98b. Reproduit par KRAUSE, 387,

n° 316. Voy. Strauss, t. l, p. 336, note.

• Reuchlin» Briefwechsel, p. 256.

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