‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 378 sur 630 · ALBERT DE MAYEN'CE ET SA COUR · texte numérisé non relu

ALBERT DE MAYEN'CE ET SA COUR

logiens de Cologne, et ne voulait accorder ni à eux ni à leurs amis le droit de demander justice devant les tribunaux. « Je voudrais », écrivait à Reuchlin le médecin ordinaire de l'archevêque « que la terre s'entr'ouvrit pour engloutir ce Juif'baptisé, ainsi que la troupe venimeuse de ces faux théologiens, de cette bande de moines, qui le soutiennent et le protègent ' ! »

Albert de Mayence, prince rempli de vanité, rêvait de faire de son palais un centre d'humanistes et de poètes en renom, et d'être pour l'Allemagne un autre Médicis. « Quel est parmi nous le savant qu'Albert ne connaisse? » écrivait Hütten; a quel homme instruit et cultivé l'a jamais célébré sans recevoir aussitôt la preuve de sa libéralité, et sans être honoré de sa protection? » Des peintres comme Albert Dürer, Mathieu Grünewald, des miniaturistes comme Beham et Glockendon, recevaient les nombreuses commandes de l'Electeur. Des orfèvres, des sculpteurs de talent, princièrement récompensés, enrichissaient la cathédrale de Mayence et son trésor de splendides œuvres d'art s. L'archevêque était aussi un amateur passionné de musique. 11 faisait venir de tous côtés, même d'Italie, les musiciens les plus célèbres, pour relever l'éclat de ses fêtes, auxquelles, bien souvent, les dames prenaient part. De riches tapis, d'étincelants miroirs ornaient les salles et les appartements particuliers du palais; les tables étaient chargées de mets délicats et de vins exquis. Lorsqu'il se montrait en public, l'Électeur se plaisait à étaler un faste imposant. Il entretenait une garde du corps composée de cent cinquante cavaliers armés. Une troupe de valets, magnifiquement vêtus, formait sa suite, et les jeunes nobles du pays passaient pour recevoir à sa cour et sous sa direction la « véritable éducation chevaleresque. » Le train magnifique de cette cour brillante, l'esprit qui y régnait, excitaient naturellement l'enthousiasme de plus d'un flatteur; mais il faut convenir que ce qui faisait l'objet de leur admiration correspondait fort peu à la vocation et aux devoirs d'un archevêque, et surtout d'un primat de l'Eglise d'Allemagne. Au reste, les convictions religieuses d'Albert n'étaient ni profondes ni raisonnées, et sa conduite morale était loin de mériter le respect. Il n'avait pas fait

1 • Utinam ima tellus dehiscat et tinctum Judaeum devoret, atque etiam atram pseuilotheologorum aciem et aerumnosam fraterculorum conventionem •, etc. Ce médecin se vantait d'avoir si bien arrangé les choses, - aidé par d'autres amis des savants •, qu'Albert n'avait pas même ouvert le mémoire à lui envoyé par Pfefferkorn. « L'archevêque", assurait-il, > était du parti de Reuchlin, et soutenait sa cause. Reuchlin t Briefwechsel, p. 254-256.

sLa plus grande partie de ces chefs-d'œuvre fut pillée parles Suédois pendant la guerre de Trente ans, et l'on croit qu'ils sombrèrent dans la traversée qui devait les amener en Suède. On voit encore au Musée des médailles, ù Stockholm, une crosse d'argent artistement ciselée ayant appartenu à Albert. Voy. la lettre

de .F. D. Passavant, dans HENNES, Albreeht von Brandenbourg, p. 336.

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