‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 377 sur 630 · RÉPONSE DES THÉOLOGIENS DE COLOGNE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DES THÉOLOGIENS DE COLOGNE

au lieu que ses continuateurs jettent à leurs adversaires de la boue en pleine figure. Ils vont jusqu'à insulter l'irréprochable Arnold de Tongres, lui attribuant des lettres ignobles où il est fait allusion à un commerce adultère prétendu entre lui et la femme de Pfefferkorn, leur ennemi juré.

Les images, les comparaisons qu'on rencontre dans les Epures sont absolument vulgaires. Jésus-Christ y est comparé à Cadmus; de même que Cadmus redemandait partout Europe, Jésus-Christ cherche en tous lieux sa sœur, l'âme humaine; de même que le Christ a eu deux naissances, l'une avant tous les siècles et l'autre selon la chair, de même Bacchus est né deux fois. Sémélé, mère de Bacchus, est comparée à la Vierge Marie '. Le Pape est traité avec le dernier mépris. Les indulgences, la vénération des reliques sont tournées en dérision. La sainte tunique de Trêves, assure un poète écolier, n'est autre chose qu'une vieille guenille. Les trois saints rois de Cologne sont vraisemblablement trois paysans westphaliens.

La vraie théologie, expression par laquelle on désignait alors l'ensemble des théories religieuses d'Érasme, avait aussi sa place dans les Epîtres. Elle y est célébrée comme un admirable moyen de réformer l'Église, et d'écarter d'elle les abus qui s'y sont glissés. Par des hommes tels qu'Érasme, Dieu avait voulu visiter et châtier ces théologiens obstinés qui restaient attachés à la doctrine sombre, déraisonnable, surannée, mise en honneur par eux plusieurs siècles auparavant. Ignorants de la science philologique, ils n'étaient même pas en état de comprendre la sainte Écriture. Mutian est mis au rang des « grands esprits appelés à réformer les maîtres de cette science stérile* ».

Hochstratteo, en réponse au pamphlet, fit paraître son Apologie. « Nous nous garderons bien », dit-il en commençant, « de parler comme ces hommes qui se plaisent à semer partout l'outrage, dont la bouche est pleine d'une amertume détestable, et qui, dépourvus d'équité et de science, se servent d'injures plus grossières que n'ont coutume d'en employer de vulgaires histrions. Que le Dieu qui est béni dans toute l'éternité juge entre nous et eux! ■■ « Celui dont le trône est au-dessus des nuages », dit-il en s'adressanl à Keuchlin, « connaît le fond de notre cœur; il sait avec quelle patience nous avons souffert les injures et les outrages, bien qu'innocents, nous bornant à invoquer le Seigneur de toute notre âme, et n'imitant pas ces fomentateurs de fausses doctrines qui souillent de leurs

Hermann de Neunar : - Lusimus et nos olim in Moria, sed nullius nomen a nobis perstrictum est. » Op. III, 1622, 1626, App. <p. 160, 168.

1 Voy. d'autres passaj;es analogues dans Bocring, Suppl., t. I, p. 161.

J Epitt. 2, p. 50. — BÖCKINO, t. I, p. 26f-266.

60 DÉFENSE DE PFEFFERKORN.

abominables sarcasmes la réputation d'hommes dignes de respect. Nul ami de la vérité, nous l'espérons, ne pourra dire que les théologiens de Cologne t'aient combattu par la ruse ou la déloyauté ; et tous les hommes sincères seront forcés de reconnaître que nous n'avons parlé que pour défendre la foi chrétienne, agissant non par haine, ni pour satisfaire notre vanité personnelle, mais en vertu du droit que nous donnent les Décrétâtes, lesquelles nous font un devoir de combattre les doctrines d'erreur1. »

Pfefferkorn, pour répondre aux railleries, aux sarcasmes que les Êpîtrcs des hommes obscurs jetaient à pleines mains sur les choses les plus vénérables, et aussi pour se laver des accusations calomniatrices dirigées contre sa personne, écrivit sa Défense, qui parut en latin et en allemand (1516)*, et plus tard le Petit Livre de combat (Streitbiichlein). La Défense est précédée d'un avertissement rimé qui débute par ces paroles.

« 0 vous, princes chrétiens, seigneurs ecclésiastiques,

Combien de temps serez-vous les témoins muets d'une telle insolence?

Prenez garde à Satan ! car, je vous en avertis,

Il conduit avec lui une grande troupe de démons

Avec laquelle il a dessein d'anéantir notre foi. >

L'ouvrage est dédié à Albert de Mayence. Pfefferkorn le conjurait d'intervenir dans la querelle, d'interdire enfin les livres pernicieux des Juifs, d'amener à une heureuse conclusion l'affaire de Reuchlin, depuis trois ans en suspens à Rome, et enfin de travailler à sa réhabilitation devant ses juges spirituels et temporels, car il se voyait atteint dans son honneur. Mais Albert mit le livre de côté sans le lire, et laissa sans réponse celui qui le lui présentait. Non que Pfefferkorn fût allé trop loin dans ses réclamations contre les Juifs. Alors comme autrefois, il se bornait à demander qu'on leur enlevât la possibilité de s'adonner à l'usure, qu'on les astreignit à des travaux manuels et utiles , et qu'on les obligeât à assister aux prédications chrétiennes. Loin d'être d'un autre avis, Albert, à ce même moment, cherchait précisément à réunir les princes et les cités dans une ligue commune, ayant pour but le bannissement perpétuel des Juifs :i. S'il refusait de prendre en main la cause de Pfefferkorn et d'aider à sa réhabilitation, c'est qu'enlacé dans les filets des humanistes, il avait ouvertement pris parti contre les théo-

I Voy. GEIGER, Reuchlin, p. 411-412.

s La Defcnsio J . Pepericorni contra famosas cl criminales obscurorum virorum epiatolat, etc., dans Böcking, Suppl. I, p. 81-176. — Voy. Geiger, p. 378-386.

II Voy. notre premier volume, p. 379.

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