LUTHER ET LE NOUVEL EVANGILE
tance de la question soulevée. « Les nouveautés de Luther », écrivaitil au Pape le 5 août 1518, « mettront, si l'on ne s'y oppose énergiquement, l'unité de la foi en péril; aux vérités traditionnelles du salut, on substituera bientôt les opinions privées '. »
Luther, dès le début, regarda sa cause comme étant celle même de Dieu. Toutes ses opinions lui semblaient autant de vérités acquises, dont jamais il ne devrait se désister. En envoyant à son ami Jean Lange (11 novembre 1517) ses premières thèses sur les indulgences, il lui écrit qu'on lui reproche sa légèreté, son orgueil, sa manie de condamner; mais ■■ sans orgueil, ou du moins sans apparence d'orgueil et sans dispute, aucune nouvelle doctrine », selon lui, « ne peut être annoncée au monde ». Il appuie cette opinion sur l'exemple du Chri-t et des martyrs : « Pourquoi Jésus-Christ et tous les martyrs ont-ils été mis à mort? Pourquoi les saints docteurs se sont-ils attiré la haine et l'envie, si ce n'est parce qu'ils étaient considérés comme les orgueilleux contempteurs de la sagesse ou de la prudence antique partout en honneur, et que, sans se préoccuper des maîtres de l'ancienue sagesse, ils prêchaient une nouvelle doctrine2? » Il écrit à Spalatin, peu de mois après (14 janvier 1518), qu'il méprise de tout cœur ses vaines terreurs au sujet de l'excommunication, ajoutant qu'il craint si peu les arrêts de l'Église et ses axiomes purement humains, qu'il se propose d'entreprendre bientôt une guerre ouverte contre eux. La miséricorde de Dieu saura bien le protéger 3.
A l'entendre, il euseigne la plus pure théologie : « Elle parait, il est vrai, aux plus saints des Juifs, un scandale; aux plus sages des Grecs, une folie »; cependant, tout ce que Luther tient pour vrai et tout ce que ses adversaires attaquent dans ses écrits, Dieu lui-même le lui a révélé 4.
1 HayNAI-DI Annales eccl. ad annum 1518, 11° 90. — Lutheiu Op. latina, II, p. 349-350.
2 Voy. de Wette, t. I, p. 72-73.
3 De Wette, t. I, p. 86. Voy. la lettre de Luther à Spalatin, 15 février 1518, et ce qu'il y dit de son adversaire, qu'il accuse d'avoir jeté le soupçon d'hérésie sur l'Université de Wittemberg. Pour la première fois, dans la préface de la seconde édition de la Théologie allemande, Luther parle de « quelques savants docteurs qui se sont exprimés avec mépris sur les théologiens de Wittemberg, et prêtent à Luther et à ses amis le dessein d'introduire en Allemagne des nouveautés religieuses ». Dans la préface de la première édition (1505) ce passage ne se trouve pas. Voy. Sämmtl. Werke, t. LX1II, p. 235-238. — Surce point, Dôllinger est à rectifier {Reformation, t. III, p. 11-12). L'ouvrage de Staupitz, cité par Luther dans sa lettre du 31 mars 1518, n'est pas, comme le pense'de Wette, la Théologie allemande, mais le Livret sur l'imitation de l'oblation volontaire du Christ. — Voy. Staupitii Opera, t. F, p. 50 et suiv.
* • Ego autem, ut mihi conscius sum, non nisi sincerissimam theologiam me
i docere, ita jam diu praescius fui fore ut sanctissimis Judaeis scandalum et
sapientissimis Graecis stultitiam predicarem. Sed spero me dehitorem esse Jesu
l Christo, qui et mihi forte dicit : Ostendam ei quanta opporteat eum pati prop-