‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 392 sur 630 · LUTHER ET LE NOUVEL ÉVANGILE · texte numérisé non relu

LUTHER ET LE NOUVEL ÉVANGILE

Dès lors il estimait que son nouvel « évangile » de la justification par la foi sans le secours des bonnes œuvres, et son opinion sur la non-liberté de la volonté humaine, étaient des dogmes tout aussi importants que les plus grandes vérités du christianisme; aussi le voit-on souvent renouveler la déclaration qu'il avait faite dès les premières années de la lutte, et affirmer qu'il ne se soumettra au Pape et à l'Église que dans le cas où le Saint-Père et l'Église tiendront ses opinions personnelles pour orthodoxes, et se convertiront à son nouvel évangile. Il est donc facile de comprendre que ni les écrits de controverse, ni les négociations entamées par le cardinal Caietan sur l'ordre du Pape (Augsbourg, octobre 1518), ni les timides essais de conciliation de Charles de Miltitz, ne pouvaient avoir aucune influence sur son esprit. Persuadé que les foudres du Vatican allaient l'atteindre, Luther, dès le mois de juillet 1518, prêche sur l'excommunication et sur ce qu'il en faut penser. Niant la doctrine catholique, il pose alors un nouveau principe : L'Église, en lant que société, n'est pas un corps visible, mais une communauté invisible, et nul ne peut en être séparé par l'excommunication, car le péché seul rend indigne d'en faire partie '.

Luther, fermement convaincu que Dieu lui a confié la mission d'annoncer le dogme essentiel du christianisme, obscurci et défiguré depuis les Apôtres, va bientôt jusqu'à dire : « Je n'admets pas que ma doctrine puisse être jugée par personne, même par les anges. * « Celui qui ne reçoit pas ma doctrine ne peut parvenir au salut 3. « La même conviction lui fait adopter des termes depuis longtemps employés par les hussites et autres hérétiques du seizième siècle 3 : le Pape devient pour lui l'Antéchrist, et l'Église languit dans un état de captivité babylonienne.

Sa doctrine lui avait été révélée par Dieu même, seule elle conduisait au salut, le Pape était l'Antéchrist; ces assertions passèrent bientôt à l'état d'idées fixes dans l'esprit de Luther, et devinrent les moteurs de toute sa vie et de tous ses actes.

Le 11 décembre 1818, en envoyant à un de ses amis, à Nuremberg,

ter nomen meum. Si enim id non dicit, cur in officium verbi hujus me invictissimum posuit? Aut cur non aliud docuit, quod loquerer? fuit voluntas sua sancta. ■ 10 juillet 1518, à Wenceslas Link. « ...Id mihi reliquum est et cordis et conscientiae, ,quod omnia quae habeo, quœque ipsi impugnant, ex Deo me habere cognoscam et confitear. • 21 août 1518, lettre à Spalatin. De Wette, t. I, p. 129 voy. t. VI, p. 537, note 5) et 132.

1 Sermo de virtute excommunicationis. Op. latina, II, p. 306-313. « Quid futuri mali mihi incombât ■, écrit Luther en juin 1518 à propos du sermon cité ci-dessus, « omnes expectamus novum ignem succendi, sed ita jacit verbum veritaiis signum, ( ui contradicitur. » De Wette, t. I, p. 130

»Sämmtl. Werke, t. XXVIII, p. 144.

3 Voy notre premier volume, p. 581-582.

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