ALLIANCE DE LUTHER ET DE HÜTTEN
»lus tard, ces sortes de craintes devinrent chez lui une véritable nonomanie.
Entrainé par la force de l'impulsion donnée, Luther se décida enfin i suivre les conseils de son ami Crotus; il écrivit à Sickingen et à ïutten, avant même que ce dernier eût encore osé s'adresser lirectement à lui *. En mai 1520, le chevalier Sylvestre de Schaum- >urg lui offrit son appui a, et le 4 juin Hütten lui écrivit directenent de Mayence. Il le pressait de se joindre à ses amis au cri de i Vive la liberté! » puis, abandonnant soudain le style païen qui lui »tait familier, il se transformait en défenseur de l'Évangile, et preîait un ton biblique3: « Nous n'avons pas travaillé jusqu'ici sans résultat; Christ, sois avec nous! Christ, aide-nous! C'est pour toi que îous combattons; c'est pour remettre en lumière ta doctrine obscurcie par les ténèbres papistes que nous luttons, toi, Luther, îvec succès, moi selon mes forces! » « Nous détestons les assemblées les insensés, et nous ne nous sommes pas assis avec les impies. Cependant sois prudent, et tiens tes yeux et ton esprit fixés sur eux. » « Sois mâle et fort, n'hésite pas ! Tu as en moi un allié fidèle, prêt à te servir en toute occasion; ne crains donc pas de me confier tes plans d'avenir. Nous défendrons ensemble la liberté, et nous délivrerons la patrie, asservie si longtemps. Sickingen t'engage à venir à lui; il te traitera avec tous les égards qui te sont dus, et te défendra vaillamment contre tes ennemis de toutes sortes. Aujourd'hui, je me mets en route pour aller trouver Ferdinand, et je tenterai tout pour servir notre cause auprès du prince *. »
Dans l'entourage de Luther, on fondait sur ce voyage les plus grandes espérances. « Hulten », écrit Mélanchthon le 8 juin 1520, « se rend près de Ferdinand, frère du roi Charles; il va frayer la
Giß, durch einen Juden mit gelben Haaren. Il croyait que les Chaires OÙ il prêchait avaient été plus d'une fois empoisonnées, mais que Dieu l'avait toujours protégé miraculeusement. Il était aussi convaincu que souvent il avait bu du poison sans qu'il lui ait fait aucun mal. — Keil, Lulher's Lebensumstände, t. I, p. 88-92. 1 Le 5 mai, il avait déjà écrit à Hütten. Voy. cette lettre dnns de Wette, t. I, p. 445. — Voy. aussi la lettre du 31 mai, de Wette, t. I, p. 451.
* Voy. la lettre de Luther à Spalatin, 13 mai 1520, dans de Wette, t. I, p. 448. J Straus remarque à propos du langage biblique employé par Hütten à dater
de ce moment (t. II, p. 52) : ■ Ce style ne convient ni au caractère ni au genre ie talent de llutten. Son instruction avait été assez superficielle, à moitié clas- ;ique, à moitié politique; même lorsqu'il traite les questions religieuses, il raionne en « poète« et en homme du monde. Or les paroles de la Bible ont une »ortée autrement élevée, et ne sauraient être heureusement associées à des endances qui leur sont si étrangères. Malgré l'art avec lequel Hutten les met n œuvre, elles font un contraste désagréable avec l'ensemble, elles dérangent s lecteur au lieu de le persuader. Parfois on s'imagine voir la figure de Hutten rimacer sous un capuchon. • Cela est vrai, mais ces momeries semblaient à Hüten nécessaires ù son rôle, et indispensables pour séduire et entraîner le peuple.
* BÖCKING, t. I, p. 355.