‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 398 sur 630 · II · texte numérisé non relu

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98 LUTHER ET HÜTTEN.

donc plus d'honneur? n'a-t-elle point de feu? Si les Allemands en manquent, les Turcs en auraient, car les épées turques finiraient par être nécessaires si les chrétiens, refusant d'ouvrir les yeux, se laissaient encore égarer par la superstition, et ne châtiaient pas les criminels. » Hütten souhaite que trois calamités fondent sur le bourbier romain, siège de toute perversité : la peste, la famine et la guerre. Rome étant la mère de toute impureté, un foyer de corruption, pour s'en délivrer, on devait, comme on en agit dans toutes les grandes calamités publiques, accourir en masse de tous côtés, seller les chevaux, déployer les bannières, porter partout le fer et le feu.

Après la publication de ce libelle, Hütten présida à Bamberg, avec son frère d'armes Crolus Rubianus, une importante assemblée qui devait grandement servir les progrès de la révolution (avril 1520). Les conjurés convinrent entre eux de si bien stimuler Luther qu'il se décidât enfin à prendre vis-à-vis de Rome une attitude plus clairement hostile; leur dessein était de se servir de lui pour la révolution politique et religieuse qu'ils rêvaient.

Après la réunion de Bamberg, Crotus, le 28 avril, se tourne donc une seconde fois vers Luther, « le plus grand des théologiens », le < très-excellent Polyclète », l'exhortant à poursuivre hardiment son entreprise. Que les créatures du Pape vantent et célèbrent l'infaillible mission doctrinale de l'Église; pour Luther, il doit s'en tenir à cette parole des saints Livres : « Tu seras, Seigneur, le flambeau qui éclaire mes pas, et la lumière de mon chemin. » Mais qu'il ne tarde pas à mettre à profit le secours de ce flambeau divin; qu'il donne suite aux avances de Sickingen, < cet illustre chef de la noblesse allemande » ; Luther voit ses jours menacés par de nombreux ennemis; mais, grâce à Sickingen, il sera protégé contre tous ceux qui lui dressent des embûches. « Aie souci de l'avenir », lui dit-il en terminant, « voilà mon conseil; écris à Sickingen, et songe à entretenir sa bonne volonté1. »

Luther souffrait dès lors d'une angoisse maladive qui lui faisait redouter partout la persécution et le meurtre. Cette disposition, après de tels avertissements, ne fit que s'exagérer encore. Le 16 avril 1520, il écrit à Spalatin qu'il a été secrètement informé qu'un docteur en médecine, ayant le don de se rendre invisible, a été envoyé pour le mettre à mort2! Ses terreurs sont soigneusement entretenues par Hütten. « Hütten », écrit-il, « ne se lasse pas de me mettre sur mes gardes, tellement il redoute pour moi le poison 3. >

1 Dans BöcKiNG, Hutteni Op., t l, p. 337-339. — Voy. Kampschulte, t. II, p. 68- 71, et sa dissertation intitulée : He Johanne Crolo Rubiano. Bonna1, 1862. * De Wette, t I, p. 441.

3 De We'I 'te, t. I, p. 487. — Voy. I-ulheri Nachstellung durch eine Ziindbùchsc, durch

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