‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 401 sur 630 · LUTHER FAIT ALLIANCE AVEC LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

LUTHER FAIT ALLIANCE AVEC LA REVOLUTION

qu'en n'importe quel prince'. « Je pense qu'ils sont tous devenus fous, à Rome », écrit-il à Spalatin au commencement de juin 1520; « tous sont violents, inconsidérés, sans cervelle! Cène sont que des bûches, des pierres, des démons2! » Lorsque, le 11 juin, le chevalier

contraire lui savoir gré de ne pas s'être arrêté à de vains et subtils scrupules, de n'avoir pas eu horreur des mesures violentes, puisqu'elles étaient nécessaires, et d'avoir été droit aux moyens efficaces et radicaux. L'emploi de ces moyens était inévitable. Sans eux, la patrie allemande, si longtemps opprimée par la cour de Rome, ne pouvait être affranchie. •

1 « ...Se plus confidentiae erga illum gerere, raajoremque in eo spem habere, quam habeat in ullo sub cœlo principe. » Cochljels, De actis et scriptis Lutheri, fol. 86b. Voy. Kampschulte, t. II, p. 74, note 3, et Sybel, Histor. Zeitschrift, 1874, p. 189.

* De Wette, t. I, p. 453. En même temps il écrivait à Crotus Rubianus. Voy. Corp. Reform., t. I, p. 202. — BÖCKING, t. I, p. 434. — Rurkhardt, Luthers Briefwechsel, p. 29. — De Wette, t. I, p. 452. Luther traitait tous ses adversaires théologiques, Sylvestre l'rierias, Latomus, les théologiens de Cologne, de Paris et les autres avec le dernier mépris; tous sont à ses yeux des gredins, des gens sans pudeur, inspirés par le mauvais esprit, et qui s'attachent à lui • comme la crotte aux roues •. A l'entendre, ils déchirent effrontément la sainte Écriture et ne sont pas même dignes de garder les pourceaux. Dans une lettre à Link, 19 août 1520, il en appelle à saint Paul pour excuser la violence de ses attaques, disant que l'Apôtre a comme lui appelé ses adversaires des chiens, des serviteurs du démon, etc. Il n'y a que des « asini asinissimi qui écrivent contre moi », dit-il à un autre endroit; « ego vero corpore satis bene valeo et animo, nisi quod mallem minus me peccare. Et quotidie magis pecco, quod tibi tuisque orationibus conqueror. • De Wette, t. I, p. 474, 479, 553. ■ Les écrits controversistes de Luther -, avoue Kahnis en dépit de tout l'enthousiasme que lui inspire le réformateur (t. I, p. 297), . manquent de logique, de suite, de calme, d'impartialité, de dignité, de mesure. Beaucoup étaient rebutés par le ton acéré, les reproches rudes et grossiers qui, sous sa plume, se changeaient si souvent eu invectives brutales. • • Luther est fortement enclin à mettre toutes les objections de ses adversaires sur le compte de l'ignorance, d'un endurcissement voulu, de vices honteux, d'un manque total de sens évangélique, etc. » — Tiiiersch (p. 58-59) ne dissimule pas davantage ce que lui fait éprouver la violence sans frein de Luther envers ses adversaires : « Au lieu d'attribuer leurs critiques à des erreurs de jugement, à un défaut de science, n'empêchant pas leur loyale bonne volonté, Luther répète constamment qu'ils sont possédés du démon; il les accuse d'aveuglement volontaire; il représente leurs actes comme entachés de péché mortel. Ces exagérations nous révèlent en lui l'absence de cette calme lucidité d'esprit que posède seule l'âme pleinement convaincue de l'équité de ses voies et de la justice de sa cause. Toute sa dialectique repose sur l'idée, érigée par lui en principe, que le Pape est l'Antéchrist. Pour justifier sa conduite, il est obligé de repéter sans cesse cette assertion, et de représenter ses adversaires comme des êtres incorrigibles, desquels il n'y a absolument rien à espérer. » « Son langage violent, l'âpreté de ses jugements, l'amertume de ses paroles ont beaucoup contribué à rendre irrémédiable, et cela de nos jours encore, la scission dont il est l'auteur; car Luther a légué son esprit à ses disciples. Son style acrimonieux a été d'un exemple déplorable pour les théologiens luthériens qui le suivirent. Comme lui, ils s imaginèrent qu'injurier, damner, était le signe d'une foi robuste, prouvail la justice de la cause défendue, et que cet emportement n'était autre chose que le véritable • zelus Lutheri, l'héroïque ardeur du nouvel Élie. » Le Courrier luthérien (p. 380-385) professe les mêmes opinions : ■ La façon dont Luther traite ses adversaires rendait tout accommodement, toute discussion scientifique impossible. ■ D'ailleurs, il avait pour système de jeter ceux qui discutaient

Sylvestre de Schaumbourglui offre cent cavaliers nobles pour le protéger ', Luther envoie aussitôt sa lettre à Spalatin : « Les dés sont jetés », s'écrie-t-il; « je méprise la colère des Romains aussi bien que leur faveur, et je ne veux point de réconciliation avec eux dans toute l'éternité; non, jene veux avoir rien de commun avec eux! Qu'ils me condamnent ou brûlent mes écrits, peu m'importe! En revanche, dussé-je ne jamais employer d'autre flamme, je prétends brûler et damner publiquement tous les livres du droit papal, cette hydre pédante de l'hérésie. Alors nous en finirons enfin avec l'humilité stérile témoignée jusqu'ici aux Romains, et dont je ne souffrirai plus que les ennemis de l'Évangile continuent à s'enorgueillir. Sylvestre de Schaumburg et Franz de Sickingen m'ont affranchi de toute crainte humaine. » « Franz », écrit-il à un Frère de son Ordre, « m'a fait assurer par l'entremise de Hütten qu'il me défendrait contre tous mes ennemis. Sylvestre en a fait autant, et m'offre l'appui de ses nobles de Franconie; j'ai reçu de lui une belle lettre. Désormais je ne crains plus rien. Je suis en train de publier en allemand un livre sur le Pape et sur la réforme de la société chrétienne. J'y attaque le Pape de la manière la plus violente, et je vais jusqu'à l'assimiler à l'Antechrists. «

Ce livre, publié au commencement d'août 1520, n'était autre que le célèbre manifeste intitulé : A lanoblesse chrétienne dupays d'Allemagne3.

ses doctrines dans une confusion toujours plus inextricable : « Comme je m'aperçois », dit-il dans la Captivité de Babylone, « que mes ennemis ont du temps et du papier, je veux mettre tous mes soins à ce qu'ils aient de quoi criailler, .le prétends courir toujours en avant, et tandis que mes éloquents et glorieux vainqueurs s'imagineront avoir terrassé quelqu'une de mes hérésies, je leur taillerai une autre besogne. » Souvent Luther, accablant de son mépris un adversaire qui jamais et nulle part ne peut avoir raison, est entraîné à soutenir d'étranges sophismes, et semble vraiment se moquer de la logique la plus élémentaire. C'est ainsi que, réfutant la proposition d'Alveld qui avait dit que nulle société terrestre ne peut subsister sans un chef, et que, par conséquent, la société chrétienne . doit avoir un pasteur suprême, il dira : « Une société corporelle ne se fonde pas sans femme ; par conséquent on devrait aussi donner à la chrétienté une vraie femme, une femme en chair et en os, afin que l'Église ne périsse pas; à la vérité, cette femme devrait être une robuste prostituée! • Il faut reconnaître que plus d'un adversaire de Luther imitait sa violence. Sylvestre Prierias l'appelle « un lépreux spirituel, un homme à la tête d'airain, qui sans doute eût été un ardent panégyriste de l'indulgence, si le Pape lui eût donné un bon êvéché, ou bien une indulgence plénière pour l'établissement de son Église ». Dialog. Sih. Prierias, dans les Op. latina, varii argumenti de Luther, t. I, p. 351-365.

1 BurkhaKdt, Luthers Briefwechsel, t. XXIX. Voy. G. LOTZ, Der fränkische Adel, und dessen Einßuss auf die Verbreitung der Reformation, dans le Zeitschrift für die gesammle lutherische Theologie, t. XXIX, p. 465-486.

s De Wette, t. I, p. 466, 469, 475. « A me quidem Jacta mihi alea, contemptus est Romanus furor et favor : nolo eis reconciliari nee communicari in perpetuum. • « Quia enim jam secure me fecit Silvester Schaumburg et Franciscus Sickingen, ab hominum timoré succedere oportet d;rmonum quoque furorem. •

3 Sämmtl. Werke, t. XXI, p. 274-360.

C'est la véritable déclaration de guerre du parti révolutionnaire dirigé par Luther et Hütten. Luther était bien sûr d'être chaudement approuvé par ceux-là mêmes qui ne partageaient point ses opinions sur le renversement total de l'organisation ecclésiastique, lorsqu'il parlait comme il suit de la cessation des abus du pouvoir temporel : < En premier lieu », dit-il, « il serait urgent de faire une loi, du consentement de toute la nation, contre le luxe extravagant de ces habillements coûteux qui ruinent parmi nous tant de nobles et tant de riches bourgeois. Dieu nous a cependant donné comme aux autres nations assez de laine, de crin, de lin, et tout ce qui est nécessaire à l'honnête entretien de chaque état, pour que nous n'ayons pas besoin de gaspiller des sommes énormes dans l'achat de velours, de soie, d'ornements d'or; toutes ces marchandises étrangères que nous recherchons follement nous sont inutiles. Nous n'avons que faire non plus de la masse d'épices dont nous faisons usage; c'est là le grand vaisseau qui conduit tout notre argent hors du pays. Mais la grande calamité de l'Allemagne, c'est évidemment le prêt à intérêt. S'il n'existait pas, plus d'un regarderait à dépenser son argent en soie, velours, ornements d'or, épices, et pour tous ces oripeaux dont il se montre si curieux. Certainement, le prêt à intérêt est la figure et la preuve que le monde avec ses iniquités a été vendu au diable, qui par là veut nous ravir à la fois le bien temporel et spirituel; mais nous ne discernons pas son mauvais dessein. En vérité, il faudrait mettre aux Fugger et autres compagnies un frein dans la gueule. Comment pourrait-il être juste devant Dieu qu'un homme puisse en sa vie amassera lui tout seul les trésors d'un roi? » « Il serait selon Dieu de favoriser le travail des champs et de diminuer les affaires du négoce, et ceux qui travaillent la terre et en tirent le nécessaire pour le soutien de leur vie sont bien mieux inspirés que les commerçants, car ils suivent l'Écriture, qui a dit : « Tu gagneras « ton pain à la sueur de ton front. » Luther, en parlant ainsi, ne faisait que répéter ce qu'avaient tant de fois enseigné les théologiens économistes du quinzième siècle. « Voyez », poursuit-il, < les abus de mangeaille, de boisson, qui nous sont particulièrement reprochés, et nous font un si méchant renom dans les pays étrangers. Les prédicateurs ne parviennent pas à y apporter remède, tant ils sont devenus habituels parmi nous. Le tort fait par là à notre bourse serait un bien petit mal, si le meurtre, l'adultère, le vol, le blasphème et toutes sortes de crimes n'étaient la conséquence de ces excès. L'épée temporelle devrait ici mettre le holà; si elle ne s'y décide, nous verrons bientôt se réaliser ce que le Christ a prédit : le jugement dernier viendra comme un voleur de nuit, pendant qu'ils boiront, mangeront, se marieront, feront l'amour, bâtiront, planteront, achèteront, ven-

dront. En vérité, les choses en sont venues à un tel point que je crois le jugement dernier tout voisin de notre porte; il sera ici au moment où Ton s'y attendra le moins. Enfin, n'est-ce pas une chose déplorante que nous autres chrétiens tolérions parmi nous des maisons de filles publiques? Si le peuple d'Israël a pu vivre sans un tel scandale, comment le peuple chrétien ne le pourrait-il pas? Et comment donc fait-on dans tant de villes, de bourgs, de hameaux, de villages? Pourquoi nos grandes villes ne peuvent-elles se passer d'une pareille abomination? »

Ces réflexions, qui terminent le livre, sont dignes d'être louées; mais là n'est point la vraie portée du manifeste de Luther. Ce qu'il venait y déclarer, c'est que, se rattachant à Jean Huss et à Hütten, il était résolu à combattre l'organisation de l'Église jusqu'en ses plus profondes racines ; il y émettait des propositions, il y posait des principes qui menaient tout droit à la complète abolition du droit traditionnel.

Adoptant entièrement la doctrine hussite sur le sacerdoce universel, il commence par affirmer que tous les chrétiens sont prêtres : « Un chrétien sort à peine des eaux du baptême qu'il est prêtre, et peut se vanter d'avoir reçu l'ordination, et d'être clerc, évêque et pape. » « Ce n'est que par rapport aux fonctions qu'il existe quelque différence entre les chrétiens. Or les fonctions sacerdolales sont conférées à l'individu par le peuple, sans la volonté et l'ordre duquel personne ne doit se charger d'exercer le ministère. Et s'il arrivait qu'un chrétien, élu prêlre de cette manière, fût ensuite révoqué pour avoir abusé de la charge qui lui avait été confiée, il en serait quitte pour redevenir ce qu'il était auparavant. Dès que les fidèles l'ont déposé, il redevient paysan ou bourgeois, comme les autres, car il faut bien se persuader qu'un prêtre n'est plus prêtre à partir du moment où il a été déposé1. »

Tous les chrétiens étant prêtres, il s'ensuit que tous ont le droit de juger la doctrine et de séparer ce qui est orthodoxe de ce qui ne l'est pas. Or, la mesure de ce jugemenl, c'est la sainte Écriture, que chacun doit interpréter selon que la foi lui en donne l'intelligence. Personne ne doit souffrir que les imaginations des papes mettent obslacle à 1'« esprit de liberté » dont parle saint Paul. « Il convient, au contraire, que tout chrétien soit en état de comprendre et de défendre sa foi, et de réfuter toutes les erreurs. »

La communauté chrétienne, dépouillée de son organisation hiérar-

1 Maukenbuecher, Studien und Skizzen, p. 342-347, fait très-bien comprendre comment Luther, par la proclamation du sacerdoce universel et du principe populaire donné pour base à la constitution de la nouvelle société chrétieune, sapait jusqu'en ses racines toute l'organisation de l'Église.

chique et de son sacerdoce particulier, société libre où chacun peut former sa foi d'après la libre interprétation de l'Ecriture, est assujettie au pouvoir temporel : « Comme la puissance temporelle a été établie par Dieu pour punir les méchants et protéger les bons, on doit lui laisser le libre exercice de son pouvoir dans toute l'étendue du corps chrétien. Elle ne doit jamais avoir égard aux personnes, mais frapper indistinctement le Pape, les évêques, les prêtres, les moines, les religieuses ou n'importe qui. » Ce que le droit ecclésiastique a pu dire de contraire ne procède que du téméraire orgueil de Rome, et n'est que rêverie inventée à plaisir. « Le glaive temporel est rigoureusement obligé, lorsque la nécessité s'en fait sentir, de veiller à ce qu'un concile vraiment indépendant soit convoqué; et dans le cas où le Pape voudrait entraver, par ses excommunications et ses foudres, la réunion d'un tel concile, il faudrait se borner à mépriser le dessein d'un homme insensé, et, se confiant uniquement en Dieu, l'excommunier lui-même, et s'opposer à lui par tous les moyens possibles. »

Ce concile, que le pouvoir temporel a le droit de convoquer en dépit des résistances du Pape, aura pour mission de réorganiser de fond en comble le système ecclésiastique, et de délivrer l'Allemagne des brigands romains et de leur gouvernement scandaleux et diabolique. « Rome pressure le peuple allemand d'une telle manière qu'une seule chose doit nous surprendre, c'est d'avoir encore de quoi manger. » « Le Pape vit à nos dépens avec une si grande magnificence que lorsqu'il se promène à cheval, il est entouré de trois ou quatre mille cavaliers montés sur des mulets; il nargue, par un faste si choquant, tous les empereurs et tous les rois! » -< 11 ne serait pas étonnant que Dieu, dans sa colère, fit pleuvoir du ciel le soufre et le feu de l'enfer, et que Rome fût engloutie dans l'abîme, comme autrefois Sodome et Gomorrhe. » « 0 nobles princes et seigneurs, combien de temps souflrirez-vous que vos terres et vos gens soient les victimes de ces loups dévorants? » Luther imite ici le langage de Crotus Rubianus et de Hütten ', mais il surpasse encore ses modèles dans la description qu'il fait de Rome, « où tout est si corrompu par le vol et le brigandage, le mensonge et la tromperie, que l'Antéchrist lui-même ne pourrait régner d'une manière plus odieuse ». « Et parce qu'un gouvernement si diabolique n'est pas seulement un brigandage public, une imposture et une tyrannie sorties des portes

1 Sur l'influence exercée par les écrits de Crotus et de llutten sur les idées et le style de Luther, voy. Y Index de Kampschulte, t. II, p. 75-I9. Les pamphlets de llutten fournissent à Luther, comme le démontre Kampschulte, une partie de son matériel. Quant à ce qu'il écrivait sur la cupidité du clergé romain, il déclare plus tard le tenir d'un certain docteur VVick. Voy. Köstlin, Martin Luther, t. I, p. 336.

de l'enfer, mais qu'il ruine la chrétienté dans son corps et dans son àme, nous sommes strictement obligés à faire tous nos efforts pour la délivrer d'une telle détresse et d'une pareille dévastation. »

Avant de combattre les Turcs, commençons par châtier les Turcs d'Europe; ce sont les plus malfaisants de tous. »

Le pouvoir temporel (ouïe concile général) aura donc pour devoir d'interdire à l'avenir tout envoi d'argent à Rome; toute commende ou réserve papale doit être abolie; tout courtisan venant d'Italie recevra un ordre sévère, lui enjoignant, ou de retourner sur ses pas, ou de se jeter dans le Rhin ou tout autre fleuve voisin, pour faire prendre un bain froid à la lettre d'excommunication romaine. Les évéques allemands ne seront plus désormais « de purs zéros, de simples idoles ointes par le Pape »; aucun d'eux ne sollicitera plus le pallium et ne demandera plus au Pape la confirmation de son élection. Les cas réservés, les serments que les évoques sont contraints de prêter, tout cela sera supprimé, et toutes les questions se rapportant aux fiefs ecclésiastiques ou aux prébendes seront réglées par le primat de Germanie, assisté d'un consistoire général.

Par des propositions de ce genre, Luther espérait se rendre favorables les évéques allemands, et surtout l'archevêque de Mayence, primat d'Allemagne. Quant au pouvoir impérial, il se flattait de le tenter en lui offrant comme appât la confiscation des États de l'Église et l'abolition des droits de suzeraineté du Saint-Siège sur Naples. La noblesse devait aussi avoir sa part dans les bienfaits promis par le nouvel état de choses. Luther lui promettait que les canonicats continueraient à pourvoir les fils cadets des grandes familles. Quant à l'administratiou intérieure des églises, il déclarait que les jours fériés, les trésors de sacristie, les riches ornements d'église et choses semblables « étaient inutiles et nuisibles ». Les jours fériés seraient abolis, ou remis au dimanche suivant. Les anniversaires, octaves, etc., seraient supprimés, ou du moins considérablement diminués. On démolirait les oratoires et chapelles des champs. Comme il était à craindre que la grande indignation du Seigneur ne fût excitée par les nombreuses messes fondées pour les défunts, il serait nécessaire de ne pas admettre à l'avenir de pareils contrats, et de supprimer beaucoup de fondations de ce genre. Les pèlerinages, en tant qu'œuvres pies, seraient interdits; mais si quelqu'un, dans la visite de quelque sanctuaire, se proposait surtout l'étude d'un pays ou des mœurs d'une nation, il faudrait le laisser libre d'agir à sa guise! Les jeûnes prescrits par l'Église seraient supprimés. Les pénitences ecclésiastiques, l'interdit, l'excommunication, la suspension des fonctions sacerdotales, tout cela n'était que d'horribles vexations et calamités, introduites dans le royaume

céleste de la chrétienté par l'Esprit du mal. Aussi celui qui décrétait un interdit « commettait-il un plus grand crime que s'il eût égorgé vingt papes > . Mais avant tout, le droit ecclésiastique, « depuis la première lettre jusqu'à la dernière, devait élre aboli, et en particulier les Décrétales ». Tout ce que le papisme avait institué et ordonné n'était bon qu'à propager l'iniquité et l'erreur. - un assure •., ui( Luther, « qu'il n'existe nulle part un meilleur gouvernement temporel que celui des Turcs, et cependant ils n'ont ni droit laïque, ni droit papal, et ne connaissent d'autre loi que leur Alcoran. Pour nous, nous sommes bien forcés de reconnaître qu'il n'est pire gouvernement que celui que nous ont fait le droit ecclésiastique et le droit séculier, nulle classe n'étant régie par une loi naturelle et raisonnable, ou qui soit en harmonie avec la sainte Écriture.

« Que Dieu nous donne à tous l'intelligence de la foi chrétienne! » dit Luther en concluant. Qu'il communique surtout à la noblesse d'Allemagne un esprit vraiment pieux, afin qu'elle soit en état d'agir pour le bien de la pauvre Église! »

Mais ce n'était pas seulement de la noblesse, c'était vraisemblablement de Charles-Quint que Luther attendait alors avec confiance protection et secours : « Dieu nous a donné pour chef », dit-il au commencement de son manifeste, un jeune prince issu d'un sang illustre; et dans bien des cœurs une grande et légitime espérance s'éveille à son sujet. »

Luther fait tous ses efforts pour exciter les Allemands contre les Welches, et cherche à exploiter en laveur de sa cause les antipathies nationales. A l'entendre, les Italiens sont souillés de tous les vices imaginables, et, outre cela, tellement orgueilleux qu'ils ne considèrent même pas les Allemands comme des hommes.

Le Manifeste à la noblesse allemande devint le signal de mesures arbitraires et violentes contre l'Église '.

Luther le fit suivre de la réédition d'un livre publié contre lui : la Mission doctrinale infaillible des papes, par Sylvestre Prierias. Les notes marginales qui les accompagnaient n'étaient que la violente réfutation du texte *. Dans la préface, il appelle la Home des papes la

1 Jean Lance, écrivant à Luther, qualifiait cet appel à la force d'airoce et de féroce. Luther lui répond le 18 août 1520 : « Lihertate et impetu, fateor, plenus est, multis tarnen placet, »ec aulw nostrœ peniius dispiiect. Eßo de me in bis rebus nihil statuere possuin : forte ej;o praucursor sum Philippl, cui exemplo lleliae viam parem in spiritu et virlute, conturbaturus Israel et Achabitas. » Il ajoute que quatre mille exemplaires de l'écrit sont déjà vendus. Le 8 septembre, il écrivait : ■ Classicum meum aculissimuni est et vehementissimum. » L'électeur de Saxe ayant reçu son manifeste, lui envoya du yibier. De Wette, t. I, p. 478, 484.

* De juridica et irrefragabili veritate Romance Ecclcsiœ. Op. latina, t. II, p. 79-

« synagogue de Satan » ; il célèbre le bonheur des Grecs et des Bohèmes qui se sont séparés delà Babylone romaine. 11 anathématise tous ceux qui gardent encore quelque attachement pour Rome, et s'écrie : « Meurs donc, disparais, malheureuse Rome, Rome blasphématrice et dépravée! Que la colère de Dieu fonde sur toi, comme tu l'as mérité! » Dans l'épilogue, il ne craint pas de faire directement appel à la guerre de religion : < Si le délire des romanistes continue, il me semble qu'il ne reste qu'un remède à employer : l'Empereur, les rois et les princes devront se servir de la force, s'armer, s'unir, pour attaquer Rome, cette peste de la terre, afin d'amener le résultat désiré non plus par des paroles, mais par le glaive. Si nous punissons les voleurs par la corde, les meurtriers par l'épée, les hérétiques par le feu, à bien plus juste titre pouvons-nous employer toutes nos armes contre ces docteurs de perdition, ces cardinaux, ces papes, et toute cette engeance de la Sodome romaine, qui ruine sans trêve l'Église de Dieu! Oui, il nous est permis de tremper nos mains dans leur sang1 ! »

Aux éclats extravagants d'une passion si violente, nous ne trouvons d'explication que dans quelques passages des lettres confidentielles de Luther à ses amis. Il écrivait à Jean Lange (18 août 1520) : « Je suis fermement convaincu que pour anéantir la papauté, siège

108. En juin, l'ouvrage était déjà sous presse. Voy. la lettre de Luther à Spalatin, de Wette, t. I, p. 454.

1 « Mihi vero videtur, si sic pergat furor Romanistarum, nullum reliquum esse remedium, quam ut imperator, reges et principes vi et armis accincti aggrediantur has pestes orbis terrarum, remque non jam verbis, sed ferro décernant, n « si fures furca, si latrones gladio, si haereticos igné plectimus, cur non inagis hos magistros perditionis, hos cardinales, hos papas, et totam istam Romanse Sodomse colluviem, quae ecclesiam Dei sine fine corrumpit, omnibus armis impetimus, et manus nostras in sanguine istorum lavamus? » (P. 107.) Comment accorder ce qui précède avec ce qu'il écrit le 16 janvier 1621 à propos d'Hutten à Spalatin? « Nollem vi et caede pro Evangelio certari; ita scripsi ad hominem ! » il continue, et alors s'explique l'énigme : « Mitto etiam epistolam meam ad principem » (l'électeur Frédéric de Saxe). (De Wette, t. I, p. 543.) Or, Frédéric ne voulait avoir rien de commun avec Hütten et la guerre de religion méditée par lui. Aussi Luther adresse-t-il à Spalatin sa réponse à Ilutten, afin que Spalatin, en la présentant lui-même au prince électeur, puisse lui persuader plus aisément que Luther a écrit dans le sentiment de son seigneur. Voy. Meineeis, Lebensbeschreibungen, t. III, p. 278. Le 13 novembre 1520, Luther donne toute son approbation aux attaques violentes de Hütten contre les légats du Pape. « Gaudeo Huttenum prodiisse, atque utinam Marinum aut Aleandrum intercepisset. » (De Wette, t. I, p. 523.) — Les lettres de Luther à Hutien ont été perdues; Cochlaeus en avait eu connaissance : « Vidimus », écritil, « certe cruentas ejus litteras ad Huttenum. » Otto, p. 121, note. « La réformation allemande », dit Höfler {Adrien VI, p. 32), « semblait s'ouvrir par la même pensée homicide qui dans la réforme slave entraîna les taborites. Luther exprimait le dé^ir de voir enfin le jeu finir et les luthériens tomber sur les maudits, non plus avec des paroles, mais avec des armes. Tel était l'esprit qui tendait dès lors à dominer en Allemagne. »

EMSER CONTRE LUTHER. 109

du véritable Antéchrist, tout nous est permis, au nom du salut des âmes1. » « La fureur de ses ennemis est telle », écrit-il dans une autre lettre, « qu'il n'est plus maitre de lui », il ne sait « quel esprit le pousse2 ».

Jérôme Emser, autrefois l'ami du prétendu réformateur, aumônier et secrétaire du duc Georges de Saxe, écrivait à Luther à la suite du violent manifeste qu'il venait de faire paraître: « Ton esprit superbe ne peut souffrir qu'on parle ou écrive contre toi ; tu ne veux entendre les raisons de personne et prétends ne t'en rapporter qu'à toi seul; aussi, très-certainement ce n'est pas l'Esprit du Seigneur qui t'inspire ; tu es sous une tout autre influence, car, ainsi que le dit le Prophète, le Saint-Esprit ne se repose que sur les humbles, les pacifiques et les calmes. Est-il donc juste que jour et nuit, comme une mer en furie, tu n'aies ni repos ni trêve avec toi-même, et ne puisses pas davantage laisser les autres en paix? Comme les vagues battent le navire, ainsi tu te jettes tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, cherchant ce que tu pourrais trouver à attaquer. Je t'affirme, sur la fidélité que je dois à mes vœux sacerdotaux, que je n'ai jamais ressenti dans mon cœur ni envie ni haine contre ta personne, et qu'à l'heure où je t'écris, je n'en éprouve pas davantage. Je ne te parle ainsi, sois-en bien convaincu, qu'en me mettant en présence des sévères jugements de Dieu, qui doivent un jour nous atteindre l'un et l'autre. Je suis de plus en plus indigné de ton attitude irrespectueuse envers notre Mère la sainte Église. Je suis choqué au plus haut degré par fa fausse doctrine et ta téméraire interprétation de tous les docteurs chrétiens. J'en suis d'autant plus froissé, que de jour en jour tu agis avec plus de brutalité. Je t'ai averti trois fois fraternellement, je t'ai supplié au nom de Dieu d'épargner le pauvre peuple, singulièrement scandalisé dans celle querelle, et voici quelle a été ta réponse : « Que le diable s'en mêle! la chose n'a pas été -< commencée pour l'amour de Dieu, et ne finira pas non plus pour « l'amour de Dieu3! »

1 ■• Nos hic persuasi sumus, papatum esse veri et germani iilius Antichristi sedem, in cujus deceptionem et nequiliam ob salutem animarum nobis omniu Ucere arbitramur. » De Wette, t. I, p. 478.

i « Compos mei non sum, rapior nescio quo spiritu, cum nemini me maie velle consciussim. -> (Janvier et février 1421, de Wette, t. I, p. 555.)

3 Anden Scier zu Wietienberg, Bl. As. Sur la protestation de Luther, assurant qu'il n'a pas dit ces paroles en parlant de lui-même, mais en faisant allusion a ses

« Pour le peuple allemand », écrit Emser vers la fin de 1520, « voici donc venir le moment de la visite de Dieu! O vous, dignes Allemands, Dieu vient vous éprouver d'une manière toute singulière! Il veut sonder la fidélité, la fermeté avec lesquelles chacun de vous va prouver son attachement à la sainte foi et à l'Eglise chrétienne! Jusqu'à présent, il faut le dire à l'honneur éternel de l'Allemagne, jamais aucun empereur, aucun roi, prince ou population ayant embrassé la foi chrétienne avec sincérité, n'avait, depuis, ni apostasie, ni adopté l'hérésie, comme l'ont fait tant de princes des autres nations, rois et empereurs d'autres peuples; car ceux-là se sont laissé si misérablement séduire par les hérétiques, qu'ils ont apostasie la foi du Christ, adorant les idoles, détruisant les églises et les monastères, persécutant et massacrant les prêtres, les évêques et les papes, l'un ici, l'autre là, comme les chroniques en font foi. C'est pourquoi, au temps de la visite du Seigneur, des pays, des empires, des royaumes entiers ont été séparés de la sainte foi par la perfide influence d'une doctrine étrangère et nouvelle, et depuis ils se sont endurcis dans leur péché, de sorte que les deux plus grandes parties du monde, l'Asie et l'Afrique, ont été séparées du royaume romain et de l'Église, et que très -peu de chrétiens s'y trouvent actuellement. Outre cela, dans la troisième partie du monde, un grand nombre de chrétiens se sont laissé séduire; et maintenant, voilà que notre tour est venu, à nous autres Allemands. Une prédiction nous avait avertis, il y a bien des années, qu'un moine entraînerait la nation allemande dans de grandes erreurs; au reste, Jésus-Christ nous avait fait le premier pressentir cette épreuve, et nous avait tous mis sur nos gardes en nous avertissant, dans l'Evangile, que des loups déguisés en brebis viendraient vers nous. »

Et maintenant, comme il est bien avéré que publiquement, au grand jour, pour tout de bon, violemment et de propros délibéré, Martin Luther, moine augustin, a depuis longtemps l'audace, par d'étranges et nouvelles doctrines, disputes, prédications, écrits de tout genre, de mépriser les chefs suprêmes et les premiers pasteurs de l'Église, de légitimer le péché, de séduire ainsi le peuple et d'amener la division entre la nation allemande et l'Église romaine, il est vraiment fort à craindre qu'il ne soit le précurseur du séducteur annoncé par la prophétie, ou même peut-être cet imposteur en personne, celui dont le Christ et les Apôtres nous ont recommandé de nous méfier. » L'attitude de Luther, selon Emser, est en contradiction flagrante avec l'Evangile : « L'Évangile ne nous apprend nulle part

adversaires (Auf des Docks tu Leipsig Antwort, Sämmtl. Werke, t. XX VII, p. 207), VOV. ECK, Auf de* Stieres zu Wiellenberg mietende lieplica. Bl. A3...

que nous devions ainsi ouvertement outrager, insulter et calomnier nos premiers pasteurs, seraient-ils même répréhensibles. De plus, une telle manière d'agir est contraire au droit naturel, et même au droit impérial écrit, qui châtie et condamne de pareilles calomnies et injures envers le pouvoir. Jamais l'Évangile ne uous a enseigné à fomenter parmi le peuple chrétien de semblables discordes, des révoltes si funestes. Saint Cyprien a dit : « Celui qui trouble la

paix du Christ et la concorde du peuple de Dieu n'est pas avec le « Christ, mais s'oppose au Christ. » L'Évangile ne dit nulle part que nous devions mépriser les commandements, les ordonnances et les préceptes de l'Église, ni nous révolter contre elle avec tant de fureur et de rage; encore bien moins nous autorise-t-il à causer du scandale à nos frères. Or qu'y a-t-il de plus scandaleux, de plus funeste, de plus pernicieux pour le peuple allemand, que la doctrine, les livres et les écrits de Luther? En bien peu de temps, ils ont engendré de telles querelles, de telles dissensions, qu'il n'est pas une ville, pas une contrée, pas un village, pas une maison, où les chrétiens ne soient entre eux séparés de sentiments, et où l'un ne combatte l'autre, et cela non sur des points de peu d'importance, mais à propos des dogmes les plus essentiels de cette foi chrétienne que nos ancêtres nous avaient léguée, se montrant si fidèles et si persévérants à la conserver, et la confessant plus encore par leurs actions que par leurs paroles '. »

« Luther », continue Emser, ne tire pas ses erreurs de son propre carquois, mais des livres de ses prédécesseurs, Wiclef et Huss. Ce sont eux qui lui ont enseigné à appeler le Pape l'Antéchrist, les chrétiens romanistes, les hérétiques chrétiens; c'est d'eux qu'il a appris à rejeter les sacrements, la messe, l'ordinal ion des prêtres, les consécrations et ordonnances de l'Église s. Luther repousse l'autorité de l'Église, la tradition des saints Pères; il nous renvoie tous à la sainte Écriture; mais si chacun interprète l'Écriture à sa guise, il y aura bientôt plus de manières de l'expliquer que l'hydre n'avait de têtes, et il deviendra impossible de s'entendre! En méprisant l'autorité, la hiérarchie ecclésiastique, on éteindra la crainte de Dieu dans les âmes. Or, tout homme sensé peut se rendre compte par lui-même de l'obéissance qu'on montrera au pouvoir dirigeant, dès que cette crainte salutaire aura disparu. » Emser rapporte ensuite les axiomes de Luther qui portent particulièrement atteinte à l'obéissance que les sujets doivent à l'autorité : « Jésus-Christ nous a affranchis de toute loi humaine. Tout ce que l'homme a

1 ll/'ider das unchrisleidiche Buch M. Lulher's an den Tewtschen Adel, Bl. A 2-3. 9 Wider das unchristenlichc Buch, etc., Bl. S3.

institué étant purement humain, on peut en faire l'usage qu'on veut, car il n'en sortira jamais rien de bon. » « La liberté que réclame ici Luther », dit Emser, « saint Pierre l'appelle un manteau propre à couvrir l'ancienne malice, et saint Paul, une source d'iniquité. Il est dangereux de dénigrer à ce point les institutions humaines; les rabaisser ainsi devant les peuples, aller jusqu'à dire que jamais rien de bon n'est sorti ou ne sortira de ce que les hommes ont institué ou ordonné, c'est commettre une grande imprudence; que deviendront, en effet, les réformes, les ordonnances, les lois qu'établiront l'Empereur ou n'importe quel concile futur, si nous donnons au peuple la fausse opinion que jamais rien de bon ne saurait sortir de leurs déterminations1? Les réformes sont urgentes, il est vrai2; mais Luther ne parle nulle part de réformer les abus et les scandales existants ; il semble ne viser qu'au renversement de la chose publique elle-même, qu'à la destruction totale des divins fondements de l'Église et des institutions ecclésiastiques, de sorte qu'en admettant que son plan vienne à triompher, il s'ensuivrait, dans toutes les parties de l'Église et de la société, une révolution semblable à celle de Bohême. » « Ouvre enfin les yeux, je t'en supplie », dit Emser en concluant et s'adressant à Luther; « considère la déplorable affliction, l'hérésie, les erreurs, les meurtres, les assassinats, l'oubli du service et de la gloire de Dieu, qui, en Bohême, ont été les conséquences des doctrines de Jean Huss; souviens-toi de la dévastation d'un si noble royaume, maintenant ruiné, humilié, comme tous les jours les Bohèmes le seotent et l'avouent davantage. Prends garde de nous entraîner daus le même chemin, car les choses prennent exactement la même tournure. Ne perds pas de temps, n'épargne point tes peines, emploie tout le zèle imaginable pour détourner un pareil fléau de l'Allemagne. Que le ciel nous préserve de tes doctrines 3 ! »

1 Wider das unchristenlicke Buch, etc., Bl. C. Es. M3. 0*.

2 Voy. sur ce sujet la page G* N2 R. 0. Voy. aussi Auf des Stieres zu ll'iettenberg wielcnde Replica, Bl. B.

3 Auf des Stieres zu Wietlenberg wietende Replica, Bl. B* et C. A la fin de l'écrit intitulé Bedingung auf Lulers ersten Widerspruch (Leipzig, 1521), il dit : « Adjuro te per Christum filium Dei vivi, da honorem Deo et ecclesia: ejus sanctae. Non cupit Emser mortem tuam, sed ut convertaris ac vivas. « Voy. Waldau, Emser, p. 49. Dans son Antwurt auf die Warnung , réponse à une critique de ses opinions publiée sans indication d'auteur, de lieu et de date, et intitulée Warnung an den Hock Emser (voy. Waldau, p. 49), Emser s'écrie :

Je ne suis pas très-enclin à guerroyer;

Mais dès qu'il s'agit de la foi,

De l'Eglise, de la sainte Écriture,

Je suis prêt à tout braver pour les défendre,

Et à la mort et à la vie!

Infortuné et maudit celui qui les attaque

Et s'oppose a eues dans son délire!

Je n'ai pas soif du sang de Luther,

Page 1